CHAPITRE VII
CawneBt Fantagracl Tint à Paris , et «et beavx llrres et la ll1Mnilrl« é€ Saint Ylcfor.
Apres que Pantagruel eut fort bien estudié à Orléans \ il se délibéra de visiter la grande université de Paris: mais, devant que partir, fut adverty que une grosse et énorme cloche estoit à Saint Aignan du dit Orléans , en terre, passés deux cens quatorze ans ^ : car elle estoit si grosse que, par engin aucun, ne la pouvoit on mettre seulement hors terre, com* bien que Ton y eust appliqué tous les moyens que mettent Fitruvius de archUectura , Alhertus de re edificatoria , EucUdeSy TheoHy Archîmedes, et Hero de ingeniU, Car tout n'y servoit de riens. Dont , voluntiers encline à l'humble requeste des citoyens et habitans de la dite ville, délibéra de la porter au clochier à ce destiné. De fait, vint au lieu où elle estoit; et la leva de terre avec le petit doigt, aussi facilement que feriez une sonnette d'esparvier 8. Et, devant que la porter au clochier, Pantagruel en voulut donner une aubade par la viUe, et la faire sonner par toutes les rues en la portant en
* Noos trouvons cette orthogra- réellement une pareille cloche avait phe dans Tédit. de 0. Noorry. La existé. Les annalistes d'Orléans même forme se rencontre dans l'é- fout mention de deux grosses clodition de 1534 , quelques lignes ches données à l'église de Saintplus bas. — Ou lit dans d'autres Aignan, Tune (du poids de 11,600 jéurelians. liv.), en 1039, par le' roi Robert,
^ Près de irais cens ans y avoii. Tautre en 1 466 par Louis XL (Éd. de C. Nourry et de Marnef). ^ On attachait des clochettes
Rabelais mêlant souvent des aux pattes des faucons et des au-
faits historiques à ses inventions, très oiseaux de proie dont on se
r^ons avoqs çl^erché à vérifier si servait poqr la chiisae.
288 LIVRE n, CHAPITRE VII.
sa main; dont tout le monde se resjouist fort : mais i] en advint un inconvénient bien grand; car, la portant ainsi, et la faisant sonner par les rues, tout le bon vin d'Orléans poulsa * , et se gasta. De quoy le monde ^ ne s'advisa que la nuyt ensuivant : car un chascun se sentit tant altéré d'avoir beu de ces vins poulsés, qullz ne faisoient que cracher aussi blanc comme cotton de Malthe 3, en disant : Nous avons du Pantagruel, et avons les gorges salées.
Ce fait, vint à Paris avec ses gens. Et, à son entrée, tout le monde sortit hors pour le voir, comme vous savez bien que le peuple de Paris maillotinier^ est sot par nature, par bequarre, et par bémol *; et le regardoient en grand esbabissement, et non sans grande peur qu'il n'emportast le palais ailleurs, en quelque pays a temotiSy comme son père avoit emporté les campanes • de NostreDame, pour attacher au col de sa jument. Et, après quelque espace de temps qu'il y eut demeuré , et fort bien estudié en tous les sept ars libéraux, il disoit que c'estoit une bonne ville pour vivre, mais non pour mourir; car les guenaulx'' de Saint Innocent se cbauffoient
' Poussé se dit encore en parlant da Tin qne le ballottement ou la chaleur ont &it fermenter hors de saison.
^ Le populaire de la ville (Éd.
Mamef.)
* Ce dernier mot ne se trouve ni dans l'éd. de G. Nourry, ni dans celle de Mamef; il a été ajouté dans celle de F. Juste, 1534.
Le coton, du reste, est encore un article considérable d'exportation à Malte et dans les tles de la Méditerranée.
* Ce mot manque dans Véd. de C. Nourry et de Pr. Juste, 1534.
Celle de Mamef est la première qui le donne aTec une petite variante d'orthographe. On y lit mailloti/lien, MaiUotin, avec le sens d'émentier, se trouve dans Cotgrave , dans Duez.
Rabelais, qui se montre le constant ennemi des séditions, fait ici alltasiqp à celle de 1 382. *
Le nom de maifloHn fut donné à ses auteurs, parce qu'ils s'armèrent de maillets de fer qu'ils prirent par milliers à Thôtel-deville, après en avoir brisé les portes.
Mézeray rapporte que ce fut à l'occasion de l'impôt nouveau d'un denier réclamé à une herhiere pour une botte de cresson , que le peuple s'insurgea. Un vieux poëte a dit:
Pour poy de cresson nouvelet Fut prins en Grève le mailtet.
* Ces mots par bequarre et par bémol ne se trouvent pas dans l'éd. de C. Nourry.
« Cloches.
^ Les gueux qui se tenaient aux
le cul des ossemens des mors. Et trouya la librairie de Saint
Victor < fort magnifique, mesmement d'aucuns livres qu'il y
trouva, desquelz s'ensuit le répertoire, ei primo :
Bigua salutis,
Bragîietajuris.
Pantoufla decretorum.
MalograTiatum vîtiorum.
Le Peloton de theolc^e.
Le Yistempenard des prescheurs, composé par i^urelu'
La Couille barrine des preux.
Les Hanebanes des evesques.
Marmotretus^ de babouynis et cingis, cum commerùo Dût* bellis 3.
cliarnierg da cimetière des Innocents.
* Rabelais prend ici pour type d'une bibliothèque théologique et monastique la fameuse librairie de Tabbaye Saint-Victor.
Dans l'énumération qui va suivre, il se moque dès titres bizarres de plusieurs écrits du temps, principalement sur la théologie et la scolastique. Quelques-uns de ces titres sont réels ou légèrement modifiés : le Chariot de salut, la Grenade desviceSj etc. La plupart sont de l'invention de Rabelais, mais forgés de manière à rappeler certaines particularités relatives à Tautenr ou à la matière.
Fischart, suivant sa coutume, a imité librement Fauteur français en donnant une énumération de livres supposés; mais il Ta placée à la suite de ceux qui servent à l'éducation de Gargantua. En voici quelques échantiibns pris au hasard : Senere von den vierfiisigen viftutibus cardtnalibus ; grammatica grœca abêque titellis, per Tilrum Ckarita-
tiSf Baccalaureum ai vellet, etc.
Le professeur Henri Geldorp, dans son JHaloguê epiikaliunicHêf inséré par Abbes Gabbema à la p.
205 de ses Epistolarum ah illustribus vins scriptarum eenturim tres^ Harlingve, l6A4,in-12, et plusieurs autres depuis, ont, à l'imitation de Rabelais, donné des listes d'oHvrages imaginaires, dans une intention satirique. On s'est même amusé à en composer quelques-uns sur les titres forgés à plaisir par Rabelais, tels que le Moutardier spirituel, etc. Or les commentateurs ont prétendu se servir, pour expliquer le texte de Rabelais, de ces imitations faites après coup, tandis que c'est an contraire Rabelais qui sert à les expliquer.
> On lit Pépin dans l'éd. de Cl.
T^oarry, Pepim dans celle de 1534.
Guillaume Pépin était un prédicâf teur du xiv« siècle, dont on disait : '^ Qià nescit Pepinartf nescit pre^ dicare,
^ Nicolas de Orbellis»
tateur de P. Lombard.
260 UVRE II, CHAPITRE Vil.
Decretum univeriitatis Parisiensis super gorgiasitate mu-liercularum, ad ptacitum.
L'apparition de Sainte Geltrude à une nonnain de Poissy estant en mal d'enfant.
Ars honeste petandi in sodeiate, per H. Ortuinum \
Le Moustardier de pénitence.
Les Houseaulx, alias les bottes de patience.
Farmicarium artium.
De Brodiorum usu^ et honestate chopinandi y per Siloes trem Prieratem^, Jacopinum.
Le Beliné ^ en court.
Le Cabat des notaires.
Le Pacquet de mariage.
Le Creusiou de contemplation.
Les Fariboles de droit.
L'Aguillon de vin,
L'Esperon de fromaige.
Decrotatorium scholurium,
Tartaretus*y de modo cacandL
Les^ Fanfares de Rome.
Bricot^^ de differentiis souppartim.
Le Culot de discipline.
La Savate d'humilité.
Le Tripier de bon pensement.
Le Chaudron de magnanimité.
Les Hanicrochemens des confesseurs.
La Croquignolle des curés.
Reverendi pairis fratris Lubini, provincialis Bavardie, de croquendis lardonibus libri très.
* Orthaînns Craiîus, docteur de < Rabelais veut désigner sans
Cologne, dont il est question dans doute Pierre Tartaret , docteur de
les Litterœ obscurorum virorum. Sorbonne.
^Sylvestre de Priero Jacobin, dé- > ^ Il y a eu plusieurs théologiens
fendit les indulgences contre Lu- de ce nom , entre autres Thomas
ther. Bricot, qui figura aux états de
Déçu, trompé. Tours,
Pasquiiliy doctorU marmorei, de capreolU cum chardo-
neta comedendis, tempore papali ab Ecclesia inter-
dicto.
L'invention Sainte) Croix, à six personnages^ jouée par les
clercs de finesse.
Les Lunettes des Romipetes*.
MaioriSf de modofaciendi boudinos, La Cornemuse des prelatz.
Beda^y de optimUate tripa^^um.
La Complainte des advocatz sus la reforraation des dragées 3. Le Chatfourré des procureurs.
Des Pois au lard, cum commerUo.
La Profiterolle* des indulgences.
Preciarissimijuris utriusque doctoris Maistre Pilloti Ha-
quedenari, de bobelinandis glosse Accursiane baguenau-
dis repetitio enuçidilucuiidissima.
Stratagemata francarchieri de Baignolet^.
Franctopinus j de re militari y cumfiguris Tevoti, Deusu et utUitate escorchandi equos et equas, authore
M, nostro de Quebecu, La Rustrie des prestolans®.
^f. n. Rostocostojambedanesse ^ de moustarda post pran-
dium servienda, lib. quatuordecim , aposUllctH per
M. raurrillonis.
Le Gouillage des promoteurs^.
JàbolenuSy de cosmographia purgatorii, Questio subUUssima, utrum Chimera, in vacuo bonU>inanSy
' Pèlerins qai vont à Rome. * Espèce de galette (Nicot).
' Noël Beda , principal du col- ^ Le Frano-Archer de Bagnolet^
lége de Montaigu. Il tfbtint du pape pièce imprimée à la suite des poé->
Léon Xf en 1513, quelques adou- sies de Villon, cissemenis, surtout en ce qui re- ^ Juges de village, garde la nourriture, aux statuts '' H. Estienne, ch. 2t de son
rigoureux que Jean Standoo , son j^pohgie pour Hérodote, parle de
prédécesseur, ayait dressés en 1501 cette prétendue redevance, eW/a*
pour le* collège de Montaigu. gium^ moyennant laquelle les ecclé-
> Allusion Mt épices des geus siastiques anraient pa avoir des'
de loi. femmes dans leur maison.
S62 LIVRE n, CHAPITRE Vil.
possit eomedere secundas infentiones : et fuit debatuta per decem hebdomadas in concilio Constantiensi, Le Maschefain des advocatz.
BûtrbouUlamenta Scoti.
La Ralepenade * des cardinaux.
De Calcaribus removetidis décades undecim , per 3f. Mbe»
ricum de Rosata 2.
Ejusdem, de castrametandis crinibus lib, très. L'entrée d'Anthoine de Leive es terres du Brésil ^» Mar/orU , bacalaHi cubantis Rome , de pelendis mascaren-
disque cardinalium mtUis, Apologie d'iceluy, contre ceux qui disent que la mule du
pape ne mange qu'à ses heures.
Profiostictztio que indpily Silvii Triquehille, batata per
M. N, Songecrusyon.
Bondarini, episcopi, de emulgentiarum pro/ectibus enneades novemy cum privilegio papali ad trienniumy etpostea non.
Le Chiabrena des pucelles.
Le Cul pelé des Yefves.
La Coqueluche des moines.
Les Brimborions des padres celestins.
Le Barrage de manducité.
Le Clacquedent des marroufles. La Ratouere des théologiens.
L'Ambouchouoir des maistres en ars.
Les Marmitons de Olcam , à simple tonsure. Magistri N, Fripesaulcetis ^ de grabellationibus horarum
canonicaruMy lib* quadraginta, Cullebutatorium confratriarum , incerio authore, La Cabouroe des briffaux.
* Chauve-souris (Langaed.). teur se moque en d^autres endroits.
' Junsconsulte de Bergame. Ce ^ Alias , es terres des Grecs. Ce traité de la suppression des épe- passage, ajouté après 1536, parait roM«, que Rabelais lui attribue, pa- une allusion à l'entreprise du gérait être une critique de l'usage des néral de Charles -Quint, qui eut moines d'aller à cheral , dont l'an* lieu en Provence Fan i 536.
Le Faguenat des Espagnolz, supercoqueUcanlicqué par Frai
Inigo.
La Barbottine des marmiteux.
Poltronismus rerum Italicarumy authore magUtro Bnis-
lefer*.
R, LuUius, de bati/olagiis principum,
CaUibistratorium caffardiCj actore M. Jacobo Hocstratem
hereticometra.
Chaultcouillonis, de magistronostrandorum magistronos-
tratorumque bemetiSy Ub, octo galantissîmi. Les Petairades des bullistes, copistes, scripteurs, abbreviar
leurs, référendaires, et dataires, compillées par Régis 2. Almanaeh perpétuel pour les goutteux et véroles. Manerîes ramonandi foumellos , per M. Eccium^. Le Poulemart* des marchans.
Les Aises de vie monachale.
La Gualimaffrée des bigotz.
L'Histoire des farfadetz.
La Bellistrandye des millesouldiers.
Les Happelourdes^ des officiaux.
La Bauduffe des thesauriers.
Badinatorium Sorboniformmm •.
^ntiperieatametanapenrbeugedamphier^rationes merdi--
cantium.
Le Limasson des rimasseurs.
Le Boutavent des alchymistes.
La Nicquenocque des questeurs, eababezaeée par frère Ser-
ratis.
Les Entraves de religion.
La Racquette des brimbaâeurs.
L'Accoudouoir de vieillesse.
1 EUieiuie Bralefer, cenieUer giesalleoMiul, adversaire de Luéher.
MUS Loais XI, conlesta le pouvez* ^ f*ici^le.
du pape et de& eoaciles. ^ Kspèces de meoeétes. Oa a fartt
^ Kente ftéps, de Moa4pel(ter, plus haut à' entraves.
prédicateur du xvi'eièete. ^ Éd. de lÂ^. Itoui d'autres 4
* IL dbit »*a^ d'EofiÎMii tbéolo* étipkUiarimK
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