LIVRE 11, CHAPITRE XXX
lion, disant : Gaignez les pardons, coquins, gaignez, ilz sont à bon marché : Je vous absouls de pain et de soupe S 6t vous dispense de ne valoir jamais rien ; et appella Caillette et Triboulet ^^ disant: Messieurs les cardinaux, depeschez leurs bulles, à chascup 'in coup de pau^ sus les reins. Ce que fut fait incontinent.
Je vis maistre Francoys Villon, qui demanda à Xerces combien la denrée de moustarde. Un denier, dist Xerces ; à quoy dist ledit Villon : Tes fièvres quartaines, villain ! la blanchée^ n'en vault qu'un pinart, et tu nous surfais icy les vivres? Adonc pissa dedans son bacquet, comme font les moustardiers à Paris. Je vis le franc archier de Baignolet^, qui estoit inquisiteur des hérétiques. Il rencontra Perceforest* pissant contre une muraille , en laquelle estoit peint le feu de saint Antoine. 11 le declaira hérétique , et Teust fait brusler tout vif, n'eust esté Morgant, qui, pour son proficiat, et autres menus droits, luy donna neuf muys de bière.
Or, dist Pantagruel , reserve nous ces beaux contes à une autre fois. Seulement dis nous comment y sont traictés les usuriers? Je les vis, dist Epistemon, tous occupés à chercher les espinglesrouillées et vieux doux parmy les ruisseaux des rues, comme vous voyez que font les coquins en ce monde.
Mais le quintal de ces quinquailleries ne vault que un boussin de pain ; encores y en a il mauvaise despesche : par ainsi les pauvres raalautrus sont aucunes fois plus de trois sepmaines sans manger morceau ny miette, et travaillent jour et
soDveiit dans les auteurs du xve Un pinart ^ quelle que soit Tétysiècle, écrite en un seul mot ou mologie de ce mot (peut-êti-e la en deux, pourrait bien venir de même que l'allemand pfenning, gros m, gros visage, et , par suite, et l'anglais pcnny^ était une trèsgros personnage. petite monnaie. An exceedtng smàU
* Travestissement de la formule pièce ofmoney (Cotgrave).
ordinaiie de i*absolution : .le vous ^ On sait que c'est une espèce
absous de peine et de conlpc. de milicien poltron et fanfiiron, mU
' Deux fous de cour. en scène par Villon.
3 Pieu. ^ Géant converti par Roland, qui
^ Vie blanc valait cinq deniers, lui sert de second et d'écuyer dans
et la blanchée^ c'était ce qu'oji la Chronique de Turpin et dans
donnait ordinairement pour ce prix, la D/orifanlc maggîore de Pulci.
vGooQle
gl
nuyt, attendans la foire à venir : mais^ de ce travail et de malheureté il ne leur souvient^ tant ilz sont actifz et maudits , pourveu que, au bout de l'an, ilz gaignent quelque meschant denier. Or, dist Pantagruel, faisons un transon* de bonne chère, et beuvons, je vous en prie, enfans : car il fait beau boire tout ce mois. Lors dégainèrent flaccons à tas, et des munitions du camp firent grand chère. Mais le pauvre roy Anarche ne se pouvoit esjouir. Dont dist Panurge : De quel mestier ferons nous monsieur du roy icy, afin qu'il soit ja tout expert en Tart quand il sera de par delà à tous les diables? Vrayement , dist Pantagruel , c'est bien advisé à toy ; or fais en à ton plaisir; je le te donne. Grand mercy, dist Panurge, le présent n'est de refus, et l'aime de vous.
' Uu morceau , mortel (Coigrave).
SS
38e UVRE H, CHAPITRE XXXI.