‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 19 sur 296 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

U pr^lNM «€8 iMiTcuni.

Puis entrèrent en propos de reciner * on propre lieu *. Lors flaccons d'aller, jambons de trotter, goubelets de voler, breusses ^ de tinter. Tire*, baille, tourne, brouille. Boutte à moy sans eau ; ainsi , mon amy ; fou^te ^ .moy ce verre galantement; produis moy du clairet, verre pleurant*. Trêves de soif. Ha, faulse fièvre, ne fen iras tu pas? Par ma foy, commère, je ne peux entrer en bette ^. Vous estes morfondue, m'amie. Voire. Ventre saint Quenet, parlons de boire : jç ne boy qu'à mes heures, comme la mule du pape. Je ne boy qu'en mon bréviaire *, comme un beau père guardian. Qui fut premier, soif ou beuverie? Soif : car qui eus! beu • sans soif durant le temps d'innocence ? Beuverie : car privalio presupponît habitum ®. Je suis clerc. Fœcundï ca-

' Faire collation. — JRessieuner^ (édit. 1535), ressiner (édit. Dolet).

Les BoHandistes se servent de reci^ nium dans le même sens. En messin on dit encore resséné; en franccomtois, recye, ressie^ resaion.

Toutes ces formes se trouvent dans les chartes. Montaigne écrit ressiner. Math. Cordier dit qu'à Paris « le goûter s'appelle reciner, »>

^ Dans Tendroit même.

^ Un brosseron était une sorte de vase versant la liqueur par un tuyau ou robinet. (DuCange.) Nous pensons que les mots brosseron ,

èreussèf broc^ sont de la même famille.

* Voyez dans Pétrone (J»a/yrtco«, c. 4) des propos de table qui ont pu fournir à Rabelais l'idée première et le ton de ce chapitre.

* Fouetter un verre y c'est lai frapper sur le fond après l'avoir vidé, et en le renversant.

^ Si plein qu'il déborde légèrement.

^ Me mettre en train.

' Allusion aux flacons faits en forme de bréviaire.

^ La privation suppose Tnsage.

lices quem non fecere disertum * f Nous antres hinooens ne beavons que trop sans soif. Non ^ moy pecfaenr sans soif : et^ sinon présente , pour ie moins future ^ la prerenant comme entendez. Je boy pour la soif advenir. Je boy éternellement. Ce m'est éternité de beuverie , et beuverie d'éternité. Chantons^ beuvons ; un motet : entonnons. Où; est mon enton* noir? Quoy ! je ne boy que par procuration.

Mouillez vous pour seicher, ou seichez voqs pour mouiller? Je n'entends point la théorique. De la practique je m'en aide quelque peu. Baste. Je moudie > je humeete , je boy ; et tout de peur de mourir. Beuvez tousjours, vous ne mourrez jamais. Si je ne boy, je suis à sec, me voila mort. Mon ame s'enfuira en quelque grenôillere. En sec jamais Tame ne habite^. Sommeliers, o créateurs de nouvelles formes, rendez moi de non beuvant beuvant. Perannité d'arrousement par ces nerveux et secs boyaux. Pour néant boit qui ne s'en sent. Gestuy entre dedans les venes, la pissotière n'y aura rien. Je laverois voluntiers les tripes de ce veau que j'ay ce matin babillé ^. J'ay bien saburré^ mon stomach. Si le papier de mes schedules ^ beuvoit aussi bien que je fais^ mes créditeurs auroient bien leur vin quand on viendroit à la formule de exhiber ^, Geste main vous gaste le nez ^ ! 0 quantz antres* y entreront, avant que cestuy cy en sorte J Boire à si petit gué, c'est pour rompre son poictral. Ceci s'appelle pipée à flaccons. Quelle différence est entre bouteille etflaccon? Grande : car bouteille est fermée à bouchon, et flac con* à vitz. De

' A qui les Cotipeê inspiratrices • Cédaies. nW-dlcs pas donné de Télo- * C*est-à-dir(e à la prodiictioa

qnence? ( Horace, !iv. I, ép. 5. ) des pièces.

* Passage de isaitit Axigustin , ^ Ces mots sont adressés sans déjà imité dans la Nef des fols, doute à on manvais buvenr qui (1497): portoit la mafn à son nez, an lieu

(l'âme) jamais ne se contient, de la porter à son verre.

Ain» qae lisons, en sec lieu. « Combien d'autres.

' Plaisanterie de Rabelais sur ® Cette orthographe , que noi|^

le double sens du moikaèiliér. emi)rnntons à Téd. ant. à 1535 et

* Lesté : de sabure , gros sable à celle de 1635 , fait encore mieux <tent on lestait les navires, ressortir l'équivoque.

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