LIVRE I, CHAPItRE V
belles. Nos pères beurent bien et vuiderent les potz '. C'est bien chien chanté ^, beuvons. Voule/ vous rien mander à la rivière? Cestuy cy va laver les tripes. Je ne boy en plus qu'une esponge. Je boy>eomme un templier : et je ^ tanquam sponsus *; et moi, si&ut terra sineaqua *. Un synonyme de jambon, c'est un compulsoire dé beuvettes, c'est un poulain. Par le poulain on descend le vin en càvie ; par le jambon , en Testomac. Or ça à boire , boire ça. 11 n'y a point charge. Respice persanam, pone pro duos ^ : bus non est in usu. Si je montois aussi bien comme j'avalle*, je fusse pie- Ça''f haut en l'air.
Ainsi se fit Jacques Cueur riche, Ainsi profitent bois en friche ; Ainsi conquesta Bacchus l'Inde; AiDsi Philosophie Méiinde '.
Petite pluye abat grand vent : longues beuvettes rompent le tonnoirre. Mais, si ma couille pissoit telle urine, la, voudriez
^ C'est un vers d'une très-vieille cbanson. Le causeur vient de se permettre un propos par trop égrillard. Il entonne un air bachique pour détourner l'attention.
' Ces termes reviendront souvent. On Ut chien chanté dans certaines éditions ; dans d'autres, ckié chanté, — Nous avons rencontré chien chié, (Ane. Th. franc,), A notre avis , il ne faut voir, dans ce rapprochement de mots formant assonance qu'un moyen plaisant de tenir un instant le lecteur indécis entre deux sens, dont l'un est ordnrier.
Nous pouvons citer de pareils exemples chez les modernes ;
Vlà-t-i pas qu*e«t bien chié (chante) !
(fteaunuirchais, Couplets pour im fc ^ de ii, UmormMt d'Étiolés.)
^ Comme an fiancé.
* Comme la terre sans eau.
^ Ayez égard à la personne : mettez pour deux. H aurait fallu pro duoàut; mais Rabelais retranche bus, qui, dit-il, n'est pas eu usage.
C'est un jeu de mots sur la terminaisou de duohus et sur le participe passé ^N«, pour exprimer que beire doit s'employer au présent et non au passé.
* Equivoque fondée sur le. double sens à^àvaler,
^ Depuis longtemps.
* On ne voit pas trop ce que la philosophie peut avoir en à faire dans la conquête de l'Inde pm les Portugais, 'as moins que, comme le veut Le Duchat, l'auteur n'entende par ce mot l'adresse dont ils usèrent vis-à-vis des natureU, et dans laquelle l'attrait du vin et des liqueurs fortes entra pour beaucoup. Il s'agirait donc de la philosophie pantagruélique.
vous bien sugcer ? Je xetieas après. Pagc> baille : je finsinue ma nomination en mon tour *.
Hume Giiillot, Encores y en a il oq pot ^
Je me porte pour appellant de soif ^ comme d'abus. Page^ relieve mon appel en forme. Geste roigneure ! Je soulois jadis boire tout^ maintenant je n'y laisse rien. Ne nous bastons pas , et amassons bien tout.
Yoicy tripes de jeu> gaudebùlaux d'envy^ de ce fauveau à la raye noire.
0^ pour Dieu^ estrillons le à profit de mesnage. Beuvez^ ou je vous... Non, non, beuvez, je tous en prie. Les passereaux ne mangent sinon qu'on leur tappe les queues. Je ne boy sinon qu'on me flatte.
Lagona edatera ^, 11 n'y a raboulliere ^ en tout mon corps où cestuy.vin ne furette la soif. Cestuy cy me la fouette bien. Cestuy cy me la bannira du tout. Cornons icy, à son de flaccons et bouteilles, que quiconques aura perdu la soif n'ait à la chercher céans. Longs clysteres de beuverie l'ont fait vuider hors le logis. Le grand Dieu fit les planètes., et nous faisons les platz netz. J'ay la parole de Dieu en bouche : SU
^ C*est<i-dire, je me mets en mesure de profiter de mon droit , quand vienditi mon tour. — Allu* uoji à la loi béuéfîciale. <« Les gra- « dues qui auront omis d'insinuer...
« seront privés de requérir ott aç- « cepter les bénéfices qui vaqueront « esdites années quMls n'auront in* • sinné. » (Louis XII, Lyon, 1610).
L'insinuation était une inscription nir des registres publics, comme est aujourd'hui l'inscription hypothécaire.
' Au pot. (édit. de 1536) ; d'autres éditions ont un pot, mais à tort.
On dit encore aulc enfants :
lénifie, PielTot,
Y a du beurre au pet.
^Compag^non, à. boire {en ôas" que), Cçs deux mots ne se trouvent pas dans l'éd. de 1536. On doit éci*ire laguna , du moins c'est ainsi que nous le lisons dans les plus anciens textes basques ; Vu se prononce différemment, suivant les dialectes. Mais dans la plupart, et ainsi que le dit Liçarrague en tête de son édition du Nouveau Testa* ment basque, « U voyelle se prononce à pleine bouche, tomme si c'estoit ou. »
Edatera {ad bibendum, à boire), est le gérondif accusatif du verbe edatea (boire).
* Creux habilement dissimulé oà la Upioe fait ses petits.
26 LIVRE I, CHAWTRE V.
fto ^ La pierre dite asbestos n*est p\m iBextit^ible que la soif de ma paternité. L'appétit vient en wattgeant, disoit Angeston ; mais la soif s'en va en beuvant. Remède contre la soif ? Il est contraire à celuy qui est contre morsure de chien : courez tousjours après le chien ^ jamais ne vous mordera ; beuvez tousjours avant la soif, et jamais ne vous advieivdïa. Je vous y prends. Je vous resveilie. Sommelier éternel, garde nous de somme. Argus avoit cent yeulx pour vofr : cent mains fault à un sommdier, comme avoit Briâreus, pour infatigablement verser. Mouillons, hay, il fait beau seicher. Du bknc , verse tout, verse de par le diable : Versé deçà, tout 0eiii. La langue me pelle. Lans tringue * : à toy, compaing, de hait, de hait. La, la, la, c'est morfiâillé ' cela. O lacrymaCkristi! c'est de la Devihiere* : c'est Vîn pineau. 0 le gentil vin blanc! et, par mon ame , ce n'est que vin de taffetas. Hen , hen , il es^ à une oreille*, bien drappé
«J'aiaoif.
' Pays, camarade^bois. — Trinl tandsmatm.
• C'est bien ûTâlé (argot).
^ Nom de la propriété deRabe* lais, près Chinon.
' Le irin à une oreille était le bon vîn; celui à deait, le mauvais.
Ce double sens est paHaitemént constaté chez nous. On pourrait Gondare de dénie passages de Cervantes qu'il en était cb même en Espagne : En acahando de èe6er, dexé caer la cabeza à un hdo, y dando un gran suspiro, dixâ : O kideputa hellacù , y cofno e$ eatôlico, (D.Qu^., II, 13.)
El mesonero a coda trago, que envasahà , éolvia y derrU>€tba lu cabeza sobre el hombro izquierdoy y alababa el vino.
(Las Dos Doncellas.)
D*un antre côté , i^Italien Fortîgnerra ( Ricdârdetto , XXX- 82, ▼.4) admet ira sens opposé.
E dcl Ca«s«rQ aneor m'arreca ua pouo ' Ch' egli è per Dio da l*uno a PaUro orteekio.
dit le poëte, en parlant d'an excdlent vin.
B'on vient en France cette îo»
cation ? — De ce que le bon vin fait pencher une oreille en signe d'approbation , saivant Le Oncbat
C'est bien ainsi qne Cervantes l'entend pour l'Espugne.
Serait-ce de ce qne le bon vm se mettait dans des craches à une oreille?
On fit dans là Léifênde de Fatfeu:
Si à lliostel y avoit de bon tin f Croire bien fauU qu'au service divin JNe Je mettoiènt ; mais lai ttroient l'oreUte , Puis emportoient chascun nne bouleille.
Enfin on dit dans quelques provinces, d'un vin généreux (vi asaomen , dans la Creuse) , ^u'il vous mettra sor une oreille.
Cette explication n'est pent-étre pas la plus mauvaise.
et de bonne laine *. Mon compagnon , courage ! Pour ce jeu nous ne volerons > pas^ car j'ay fait un leyé'. Ex hoc in hoe*. Il n'y a point d'enchantement : diascun de tous Ta yeu. Je y suis maistre passé. A brum^ a brum^ Je suis prèstre Macé^. 0 les heuyeura ! 0 les altérés ! Page, mon amy, emplis icy et couronne le vin •, je te prie. A la cardinale. Natwpa abhorre^ vaetntm \ Dirtez vous qu'une mousche y eust beu? A la mode de Bretaigne. Net, net, à ce pyot. Avaliez , ce sont herbes ^. .
* Allusloa aox çxpr«&|îoo8 du fflarchand de drap dans la Farce de PaièUn,
' Nom ne seroos pu voléa.
' Da coade.
* De ceci en cela. — Du \erre daas Vestomac.
^ Ge|l9 ^nîvoqae, fioencnt amenée entre maûtre foâftf^Ffesire Macéy est très-probablement à l'adresse du moine René Mac^, continaatewr de la chronique de Cffé« tin. En oatre nous ferons remarquer qn'au xvi* siècle Macé était synoïï^mcàt simple, niais.
OnlîtdnuCotuainrl:
Jo im pauvre Jemn «a Macé,
* Verse à ronges bords, à h cardinale. — Kpr^T^paç intoré- «l'avTO itOToto (Homère ). — CorO' nani vina (Virgile).
^ li« nnUiro a horvear dn lide.
* En Languedoc et en Danphiné^ quand un malade répugne à prendra une potion , on lui dit, suivant Le Dvckat : « Avalez, ce soKt herbes, » C^est-à-dire herbes «médicinales qui TOUS feront du bien.