FRANÇOIS RABELAIS
A l'esprit de la ROTNE de NAVARRE.
Esprit abstraict, ravy, et ecstatic.
Qui, fréquentant les cieulx, ton origine,
' C'est- en 1546, et en tète de rédition priuceps de ce livre III , que Rabelais a, pour la première fois, signé son œuvre. Il y tait suivre son nom du titre decalloier, etc.
Calloier est formé sans doute de xaXoç Upsu; (beau prêtre), de xaXo; Yspcov (beaa père), ou de xa- >.ofy]pô;, que H.'Éstienne traduit par monae^us, quasi bellus senex.
Cette qualification a été donnée dans le Levant à des moines de certains ordres.
Rabelais, qui s'intitule ici caloyer des isles jffieres, au chap. 50 de ce livre se sert encore de ces mots : «« Mes isles Hieres. » Cette persistance à les appeler siennes a fait croire à M. A. Denis , auteur des Promenades à Hyeres (3^ éd., Toulon, I8d3, p. 192), que Rabelais pourrait bien avoir fait quelque séjour dans ces lies renommées pour leurs plantes médicinales.
Il est à remarquer que Jean de Nostradamus, frère de l'astrologue qui a dû étudier la médecine à Montpellier avec Rabelais, et dont les centuries ressemblent tant aux
Fanfreluches anlidotées de notre auteur, prenait le titre de moine des îles d* Hyeres.
^ Cette prière , que nous lisons sur le titre de Téditfon de 1552, n*a jamais été écoutée par personne.
^ Voici un dizain qui a fait écrire dix pages de commentaires.
Le Duchat, qui n'avait point assez consulté les éditions anciennes, préteud que Rabelais s'adresse ici aux mânes de la reine de Navarre; nais il a été réfuté par nu argument sans réplique. Marguerite de Valois (le fait est constant) n'est morte qu'en 1 549 , et ce dizain se lit dans l'édition de 1546.
Remarquons d'ailleurs que Rabelais s'adresse, non à l'Ame de Marguerite, mais à son esprit.
C'est ainsi que Baïf dit , dans les vers suivants, à son ami le Roy, Téditeur du Verger de musique de Janequin i
Où est-rc qu'on n'oit point Janequin rG»on- [ner ?
Janequin qui n bien fait les voix s'cntre- [suivre Que d'un plaidant neciar les oians il enivrv, Et eonircint les rsp'its tej corps abandonner.
i(n LIVRE m.
As délaissé ton hoste et domestie, Ton corps concords , qui tant se morigine A tes edietz, en vie peregrine, Sans'sent«ai«Di, et comiae en ftpatkie, . VoQdrois tu point faive ({uel^ue sorti» De ton manoir divin, perpétuel; Et ça bas voir une tierce partie Des faits joyeux du bon Pantagruel ' ?
Rabelais représente FeAprit de Marguerite comme fréquentant les cieux , et lui propose de descendre de ces hautes régions pour lire son livre ; proposition qui ne peut s'adresser à une personne morte.
D'ailleurs les mots, " Ton corps 1401 fie morigine à tes édits, » c'està-dire , qui se soumet à tes lois , aux lois de Fesprit, suppose Texistence du corps, la vie. On sait que Marguerite, vers la fin de sa vie, se retira du monde et se livra à un mysticisme exalté. C'est à cette circonstance que Rabelais fait allusion. Notre auteur parle là le langage des platoniciens, comme on peut le voir par ce passage traduit de Macrobe : « .... L*homme meurt lorsque Tâme , sans abandonner le
torps, docHe aux leçons de la sagesse, renonce aux plaisirs des
sens Voilà Fe^pèce de mort que,
selon Platon, le sage doit désirer. »
(Macrobe, Songe de Scipion, 1. 1, ch. 13.) '
* heB éditeirs modernes, à la suite de ce dizain, en placent un second que nous nous contentons de reproduire en note, parce qa'il ne se trouve dans aucune édftioo contemporaine de Rabelais :
JEAN FAVRE AU LECTEfB.
Ja n'osl bcsoing, amy lecteur, t'escrire Par \e menu te proHt et piaint Que recevras si ce livre veux lire • Et d'iceluy le sens prendre as désir ; Vueille donc prendre i le lire loisir.
Et que ce soit avec intelligence.
Si tu le fais, propos de grand plaisance Tu y verras, et monit profiteras.
Et SI tiendras en grand resjooissance Le tien esprit, et ton temps paa.«enàs.