‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 196 sur 296 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

tm conelittloii eu prêtent livre , et l'cxease de Taiiteiir.

Or, messieurs, vous avez puy un commencement de l'histoire horrifique de mon maistre et seigneur Pantagruel. Icy je feray fin à ce premier livre : car * la teste me fait un peu de mal, et sens bien que les registres de mon cerveau sont quelque peu brouillés de ceste purée de septembre. Vous aurez le reste de l'histoire à ces foires de Francfort^ prochainement venantes, et là vous verrez comment Panurge fut marié , et coqu des le premier mois de ses nopces; et comment Pantagruel trouva la pierre philosophale ^, et la manière de la trouver et d'en user; et comment il passa les monts Caspies^, comment il na- Tîga par la mer Atlanticque, et desfit les Cannibales, et conquesta les isles de Perlas; comment il espousa la fille du roy (findë dit prestre Jean^; comment il combattit contre les

* Ou Ht car dân6 Téciition de C. Nourry ; dans les autres , Ce mot est supprimé.

' On vendait des livres aux foires dé Fraucfori comme aujourd'hui à Leîpsick, et c'était une époque pour rapparition des nouveautés littéraires.

° Quelle belle réclame pour les livres à venir! Mais Rabelais n'y Si pas donné suite.

-* Caspiens.

^ Édition de Marneff. — Dans les autres, sans en excepter celle de C. Nonrry, au lieu de ces mots ifii presifâ Jean, on lit nopimée

PresthaH. Nommée t%i évidemment une faute. On aurait dû imprimeH* nommé f quoique la fille portât le même nom ique le père. C'est uniqufiment pour éluder la réimpression de cette faute que nous avons préféré la leçon de l'édition de Poitiers, 1533.

Mais il faut se garder de croire qfxt Presthan soit ici un nom corrompu par les compositeurs.

On lé trouve souvent écrit aini^i.

L'orthographe du nom de ce roi fantastique variait au gré de l'imagination et suivant la langue de ses divers historiens , témoin ce

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m LIVRE II , Cft^lTEE XXXIV.

diables, et fit brusler cinq chambres d'enfer, et mit à sac la grajide chambre noire, et jetta Proserpine au feu, et rompit quatre dents à Lucifer, et une corne au cul ; et comment il visita les régions de la lune, pour savoir ^ à jta yerité la lune n'estoit entière, mais que les femmes en avoiçnt trois quartiers en la teste * : et mille autres petites joyeusetés toutes véritables; Ce sont beaux textes d'évangiles en françois^. Bon soir, mespi6urs. Perdonnate mi, et ne pensez tant à mes faultes que ne pensez bien es vostres ^.

Si vous me dictes : Maistre , il sembleroit que ne fussiez pandement.sage de nous escrire ces balivernes et plaisantes mocquettes^; je vous responds que vous ne Testes gueres plus de vous amuser à les lire. Toutesfois, si pour passetemps joyeux les lisez^ comme passant temps les escrivois, vous et moy pommes plus dignes de pardon qu'un grand tas de sarrabaites^, cagotz, escargotz, hypocrites, caffars, frapars, botineurs, et autres telles sectes de gens qui se sont déguisés con;me moques pour tromper le monde. Car, donnans entendre au populaire commun cjuMlz ne sont occupée sinon à contemplation et dévotion^ en jeuanes et macération de la sensualité, sinon vrayement pour sugtanter et alimenter la petite fragilité de leur hupianité^ au contraire font chère, Dieu sçait qyelle, etçurios simulunt, s€ç[ bacchanalia viount^. Vous le pouvez

ptif^sage extrait de Glaiiide Duret .: temps populaire. — ^oas Usons

« Qaant à ce mot .de Prestre daps une vieille pièce (T Influence

Jean, Pre&t Jan, Prestan, ou Près- de la lune sur la teste des femmes

tegi4n, nom cpmmitn et familier à obstinées); tous les rois d'Ethyopie, Paul Jove Dans ces femmes, chose certaine,

Givre I de se» £%«) maintient X'ôôt Sot'ï;.''ïir,î,ir

OU il est corrompu entre nous , et Dessous leur Bonnet loiit entier.

quH le vray nom de roi*^ de cett^ ' Ces mots des premiçre/s éditions

^rqvin^^estBeloIgiam, lequel o^tott pi^t été remplacés par : ce sont beî-

coijimun à tous les rois de ce pays, les hespignes.

c*e|t-à-dire perle de grand pris et ^ C'est ici que finit le livre dans

exaell^nce incomparable, ... e^. » Tédition de C. Nourr^.

(nistoire de l'origine des !lan^tes ^ Plais^atçn^«

(le cçst univers, Cologne., \ pi 3 f ^ Moines égyptiensqui mpnaienj

p. &87.) i|ne vie déréglée. .

'Cette pla:saiUcrjp a été loii^- ' ^ Vers de Jnvénp.l. «Qui font, les

I^ANTAœUËL.

lire en grosse lettre, et enluminenre de leurs rouges museaut, et ventres à poulaine *, sinon quand ik se parfument de soolphre ^. Quant est de leur estnde, elle est tonte consummée à ]à lecture des livres P^ntagrue^ues; non tant pour passef temps joyeusement, que pour nuire à quelqu'un mescbante^ ment; savoir est articulant, monorticulant, torticulant, culletant, couilletant, et diabliculant, c'est à dire, calumniant \ Ce que faisans, semblent es coquins de village qui fougent et escharbottent^ la merde des petits enfans en la saison des cerises et guignes , pour trouver les noyauk , et iceux vendre es drogueurs qui font Thuile de Maguelet'. Iceux fuyez, ab-

anstères, et mènent une TÏe de bacchanales. »

* Énormes (a gulch, orbigbelly; gorbdly, grosse bedaine, Cotgrave).

A I^appui de cette ezpiicatiou on pourrait invoquer les deux citations suivantes de Du Cange, au mot Poulainiay poulaine, pellis species :

« Deux pannes âe poulaine neuve. » (Lettres de Remis, an 1 393.)

« Un seurcot de violette fourré de ventre de poulaines, » (Lettre de 1409.)

On voit que la poulaine désignait une étofTe épaisse, une sorte de fourrure.

C'est par cette raison, et non pas> comme le veut Jofaanneau, parce qu'ils formaient la pointe, à l'imitation des souliers de ce nom, que les gros ventres ont pu être nommés ventres à poulaine.

Quant à Le Dncliat, il va cliercher nous ne savons quelle analogie avec le mot ponards , qu'il trouve dans un ancien sermonnaire, et qui n'a rien à faire ici.

Nous devons ajouter qu'on a donné le nom de poulaine à la proue des vaisseaux. Cette pou-

laine avait la forme arrondie qui se remarque ^core aujourd'hui dans les navires hollandais.

Enfin, nous trouvons dans Oudin le mot poulaine avec le sens de jument poulinière, et poulainer pour pouliner, Cotgrave donne aussi à poulainer la même signification.

Cette dernière explication, malgré sa simplicité, pourrait bleu être la meilleure.

' Il est vrai que la vapeur de soufre blêmit momentanément le teint. Rabelais a-t^il voulu dire que les moines eussent recours à ce moyen pour masquer leur joie et leur santé? on bien fait-il allusion au besoin qu'ils pouvaient avoir dTétre soufrés?

3 Édit. deF. Justy 1534.

* Fouillent et éparpillent. Ces deux mots sont encore usités dans ce sens en patois charcutais , poitevin et berrichon. Fouger se dit surtout des porcs qui fouillent avec leur grouin. On trouve ybu^'er dans nos vieux auteurs, yb«^<;/* en rotacfai.

^ Mahahb en arabe, magaleppo en italien, désignent une espèce de baie dont on tire de l'huile.

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