‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 199 sur 296 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

noient derenses^ ordonnoient plates formes^ vuidoient chasmates * , rembarroient faulses brayes 2, erigeoient cavaliers, ressapoient contrescarpes *, enduisoient courtines, produisoient moineaux ^, taluoient parapetes ^ , ençlavoient barbacanes «, asseroient mâchicoulis ', fènouoient herses sarrazi* nesques et cataractes ^, assoy oient sentinelles*, forissoient *^ patrouilles. Chascunestoit au guet, chascun portoit la botte **.

en portagaîs, ont le seiis dVbscurcir, masquer. Du Caiige donne à etcuratus la signification de assuré.

Escurer pour nettoyer se trouve dans une foule de vieux lexiques , et c*est le sens que Cotgrave lui donne ici {make clean). On dit encore écurer la vaisselle.

' Cotgrave confond chasmates avec casemates. Le Duchat les distingue, avec raison suivant nous.

Chasmates (du grec xàa|J.aTa) signifie effondrements t creusements.

^ Garnissaient de balustrades les murs extérieurs. Rembarré, cancelRs cireumseripius ( Dîct.

franc.- lat.f 1539). Fausses àrayeSy outwall (Cotgrave).

3 Couvraient de mortier la plateforme du rempart.

^ Construisaient, ou, suivant Johanneau , poussaient en avant des sortes de guérites. Cotgrave traduit moineau par raveîin in for»

Hficatitm,

Le passage suivant de Commines ( livre VII , chap. 7 ) vient à l'appui de cette interprétation :

« Le roy Louis XI , estant malade « au Plessis du Parc, fit faire qua- « tre moineaux, tons de fer bien « espoîs , en lieu par où Ton pou-

«< voit tirer à son aise et y

« mit 40 arbalestriers qui jour et « nuit estoient en ces fossez. »

Du Cange donne à moineau les deux sens, également inapplicables

ici , de cloche et de trompette de guerr».

^ Donnaient du talus, de la pente aux parapets.

^ Évidemment hartmcane n*a pas ici le sens ordinaire de meurtrière, que lui donne Le Duchat; quand on se prépare au combat, on ne ferme pas les meurtrières, on les ouvre plutôt. Ce mot signifie ici défense extérieure, casemate, sens que lui donnent Du Cange et Cotgrave. On conçoit dès lors qu'on eût besoin de les enclaver^ de les clôturer.

'' Armaient de piquants de fer ou à* acier les ouvertures des murailles, des tourelles on des portes, suivant l'explication que donne Le Duchat.

* Ces herses des Sarrasins et ces cataractes étaient des sortes de râteaux à coulisses suspendus au haut des portes, et qu'on laissait tomber sur les assaillants. Cata^ racta porta, en latin, avait le même sens. Les Grecs disaient aussi xa- TapàxTT); ou xarafjSàxtvic.

^ Plaçaient sentinelles.

*• Faisaient sortir patrouilles.

L'édition originale et celle de 1552 portent forissoient ; on trouve dans d'autres florissoient, fortifioient.

Ce sont des fautes évidentes.

" On lit ainsi dans Tédition originale. D'autres portent à tort botte pour hotte.

Les uns polissoient corseletz *, yemissoient alêcretï *, net* toyoient bardes^, chanfrains*, aubergeons*, brigandmes*, salades"', bavieres*, capelines •, guisarmes*®, armetz **, morions *^, mailles, jazerans **, brassalz -<♦, tassettes *s, goussetz ^* y guorgeris *'^ , hoguines **, plastrons, lamines *«, auberà 2®, pavoys 2*, boucliers, calîges 2^, gteves ^3, soleretz **, «sperons. Les autres apprestoient arcs, fondes ^^^ arbalestes^

' * De petits corsets de fer (corseius, cursetus, Du Cange).

; * Grands corsets de fer.

^ On appelait ainsi autrefois «ne sorte d'armure qui couvrait le poitrail et les flftncs d'un cheval de combat {barda^ Du Cange). De là le mot bardé.

^ C'était l'armure qui protégeait la tête d'un cheval de bataille.

^— Ce nom est encore donné aux imrnais eu cuir dont on orne la tète des chevaux de service.

^ Cottes de maille.

^ Sorte de vêtement de guerre ainsi nommé parce qu'il était surtout à l'usage des soldats pillards et indisciplinés, auxquels on donnait le nom de brigands, Yoy. Du Cange, Brîgandi et Briganteê.

' Sorte de casque et habillements de tête {Dict. de VAcad.),

^ La partie antérieure du casque {baveria^ Du Cange)» la visière {the bever of a kelmet, Cot* jgrave).

. ^ Armure de tête (de caput) , sorte de casque (capellania). Cetfe coiffure avait pu être celle de quelque troupe de renom , des zouaves du temps; car on disait en proverbe : ** Il est homme de cappeline, » dans le sens de : « Il est homme de cœur. »

' ** Ou bisarme, petite pique ou lance (gisarma, gumarma. Du Caiige).

^^ Heaume& de cavalier (Cotgrave).

*' Sorte de casque (murrion^ en anglais).

^3 Sorte de cotte de mailles.

* * Brassards (v. Cotgrave).

^^ Cuissards {tastei, Cotgrave).

* ® Cette partie de l'armure qui protégeait les aisselles.

*^ Sorte de collier à mailles, pour protéger la gorge.

'^ Partie de l'armure couvi-ant les armes, les cuisses et les jambes, suivant Cotgrave.

Hogttttter, en rouchi , s'est dit pour violer. Les Picards emploient aussi hogwner dans le sens de/ar' Vatto, Les hoguines n'auraientelles pas désigné plus spécialeraeot la partie de l'armure qui protégeait les parties sexuelles ?

^ ^ Sorte de corset ou de cuirasse formé de petites lames d'acier adaptées l'une à l'antre.

^° Cottes de mailles {havherga^ Du Cange).

^ ' Bouclier de très-grande dimension {pavetium. Du Cange).

22 Sorte de bottines dont se chaussaient les soldats romains {caiiga, ea latin).

^3 Armures protégeant le devant des jambes.

^* Armures pour protéger les pieds, peut-être de sol, parce que les pieds touchent le sol , ia terre.

" Frondes.

PHOLOGUE.

glands % catapultes, phalarices ^, migraines ^ potz, cercles et lances à feu ; balistes , scorpions et autres machines bellicques, repugnatoires , et destructives des helepolides *. Esguisoient youges s, picques , rançons ^ , hallebardes , hanicroches '^, volains, lances, azes gayes ^, fourches fieres », parthisanes *®, genitaires**, massues, hanches, dards, da^:delles, jayelines, javelotz, espieux. Af liloient cimeterres, brands d'assier*^^ badelaires ^^ , paffuz <*, çspées, verduns^^^ es-

* ^QKles, 1k)u14s d'artillerie (Àu/lef , Cotgrave).

' C'est le mot espagnol falancm, pkalarica {arma enaitada MToJadisç, Dict. de TAtu esp.).

^ Grenades d'artillerie {migraha^ Du Caage) , tniouffrana , en proyeiiçal.

* Machine de siège pour battre les remparts d*qne ville (éXénoXiç , en grec).

* Le vouge étoit une arme d'une grande longueur; nous lisons dans une vieilk chansou :

Coalteani loags comme un vtfuge.

C'était en outre une arme trancbante, témoin ces vers d'un aocieo romaa :

HADce nn voug-e que entre se? mains tint Le hnà {«iieiMlre li a «opé parmi.

Mais quelle en était la forme?— Da Cange avoue qu'il n'en sait rien.

Peut-êUe était-ce la faux de guerre, la faux des paysans polonais.

* Sorte de crochet à triple pointe, qu'on emmanchait à l'extrémité des jpertuisanes , comn^e une baïonnette (y. Cotgrave).

' Arme à fer recourbé.

■ Zagaies, sorte de lance ou de flèche à l'usage des Maures (Cotgrave); azagajfa^ eu esj^gool.

téanza 6 dardo pegucno aj'roja-

dîJfOy missile lelum, dit l'Acadéipie espagnole , qui prétend que le mot est arabe. Dans les environs d'A^ vallon» zagmr s'emploie dans U aepis de piquer, darder.

^ Long bâton armé d'un fer de lance à une extrémité, et d'une fourche k l'autre. La Fon,iaine. s'est servi de ce mot :

... Épieux et fourches fiere* L'arrêtent de toutes manières.

'• Pertuisanes. Ce mot, suivant Du Cange, vient de l'espagnol partesafia, sorte de hallebarde dont le' fer se compose de deux lames tran< chantes, surmontées, au milieu, d'une lame formant demi-Iuue (Dict.

de l'Ac. esp.).

' ' Lance, javeline pour la cavalerie {geneie^'ia, Du Cange). Par ginete , on désignait , en espagnol , le cavalier habile à se servir de cette arme.

'^ Coutelas {cousielas , Cotgrave).

' 3 Sabre recourbé comme les cimeterres turcs, suivant Cotgrave.

Ce mot est usité en blason.

, '* Sorte d'arme dont il nous parait difficile de préciseï' la nature {pafurtum^ pafurtum ferreum^ une grant paffus a inUianU, dans Du Cange)

'"^ Petite rapière, suivant Cotgrave.

tocz *, pistoletz^^ viroletz^, dagues, ttiandosîaneà*, poignards, cousteaux, allumelles s, raillons*. Chascun exerçoit son penard'^, chascun desrouilloit son braquemard. Femme n'estoit, tantpreude ou vieille fust, qui ne fist fourbir son harnois : comme vous savez que les antiques Corinthiennes eâtoient au combat courageuses.

Diogenes , les voyant en telle ferveur mesnage remuer, et n'estant par les magistratz employé à chose aucune faire , contempla par quelques jours leur contenance sans mot dire : puis, comme excité d'esprit martial, ceignit sonpalle* en escharpe, recoursa® ses manches jusques es couldes, se troussa en cueilleur de pommes, bailla à un sien compagnon \ieux sa besasse, ses livres et opistographes *® ; fit ** > hors la ville, tirant vers le Cranie *2, (qui est une colline et promontoire lez Corinthe) une belle esplanade ; y rouUa le tonneau tîctil *3 qui pour maison luy estoit contre les injures du ciel, et en grande véhémence d'esprit, desployant ses bras , le tournoit, viroit, brouilloit, barbouillolt, hersoit, versoit, ren-

* Épéeâ et pieux acérés.

' Nous croyons, avec Le Du* chat, qiie les pistolets désignent ici , non pas Tarme à laquelle nous donnons aujourd'hui ce nom , mais de petits poignards ainsi appelés de la ville de Pistoia , où on les fabriquait.

^ Cotgrave traduit ce mot par arrow-head, tête de flèche. C'est probablement le même mot que l'espagnol virole^ sorte de flèche garnie d'un anneau en tête , guav' necîda con un casquillo (Dict. de l'Ac. esp.).

* Épée à large lame (a broad short-sword, Cotgrave), de Mendozaj nom propre espagnol , à ce

^que prétend Le Duchat.

^ Lames d'épée.

^ La pointe de fer qu'on vissait à la tête d'une flèche.

C}*gi8t et dort en ee solier Qu'Amour occist de son raiUon Un pauvre escolter...

(Vition, Grand lettamjnt.)

^ Grand couteau , poignard (ud constel à deux taillans, nonkmé pé« nart^ au mot PenarduSy Du Cange).

On donnait aussi le nom de peuart à la nature de l'homme (v. Cotgrave). Ou croira facilement que Rabelais joue ici sur la double acceptioivdu mot, surtout après avoir lu les deux lignes qui suivent.

* Manteau (jpaîliumy en latin).

^ Retroussa.

* ^ Cahiers écrits des deux côtés.

*• (Édition originale.) Et non

^9Afuit, comme on l'a quelquefois imprimé à tort.

'* Du coté du Cranie.

* ' De terre. Ce mot est pris du latin fictilis.

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