‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 220 sur 296 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Connenc Panufracl rcnontcre le sort des et* estrc llllcllc.

Ce scroit^ dist Panurge^ plus lot fait et expédié à trois beaux dez. Non, respondit Pantagruel, ce sort est abusif, illicite, et grandement scandaleux. Jamais ne vous y fiez. Le maudit livre du passe temps des dez * fut, long temps a, inventé par le calomniateur ^ ennemy, en Achaïe près Boure : et , devant la statue d'Hercule Bouraique ', y faisoit jadis, et de présent en plusieurs lieux fait maintes simples âmes errer, et en ses lacz tomber. Vous savez comment Gargantua, mon père, par tous ses royaumes Ta défendu , bruslé avec les moules et protraictz, et du tout exterminé, supprimé et aboly^ comme peste très dangereuse ^. Ce que des dez je vous ay dit, je dis semblablement des taies ^. C'est sort de pareil abus. Et ne m'alléguez, au contraire, le fortuné ject de taies que fit Tibère dedans la fontaine de Apone à Toracle de Gerion®. Ce sont ha-

* Oir a prétendu que Rabelais avait Toala désigner ici an Tolnme de Laurent TEsprit , intitulé le Passe-temps de la fortune des dez, dout il existe une édition în-4® de lô83. Mais notre livre date de

^ Aid6oXoc, en grec, signifie en même temps diable, calomniateur.

— C'est ce ca/omnta^«ui* Je démon, qui, suivant Platon (m Pkœdro)^ apprit au roi égyptien Thamus à jouer aux dés.

^ 11 existe eu effet, a dit Johan*

neau , des inscriptions : HercuU Buraico, à Hercule de Bura (en Acbaie). Bura était célèbre par un oracle d'Hercule, que Ton interrogeait au moyen de quatre dés iauces au liasarc'.

* Ce trait peut s'appliquer h François I"", qui a porté eu effet des lois spéciales contre les jeux de hasard.

^ Des dés {fait, en latin).

* Voici en effet ce que Suétone dit de Tibère, c. 11 :

« Allant en Illyrie, il visita To-

4^6 LIVRE m, CHAPITRE XI.

messons par les quelz le calumniateur tire les simples âmes à perdition éternelle.

Pour toutesfois vous satisfaire, bien suis d'advis que jettez trois dez sur cette table. Au nombre des pointz advenans nous prendrons les vers dû feuillet qu'aurez ouvert. Avez vous icy dez en bourse? Pleine gibbessiere, respondit Panurge. C'est le verd du diable, comme expose Merl. Coccaius, Hbro secundo depatria diabolorurn *. Le diable me prendroit sans verd 2, s'il me rencontroit sans dez.

Les dez furent tirés et jettes, et tombèrent es pointz de cinq, six, cinq. Ce sont> distPanurge, seize. Prenons le vers seiziesme du feuillet. Le nombre me plaist, et croy que nos rencontres seront heureuses ^. Je me donne à travers tous les diables , comme un coup de boulle à travers Un jeu de quilles> ou comme un coup de canon à travers un bataillon de getis de pied ; guare diables qui voudra, en cas qu'autant de fois je ne belute ma femme future la première nuyt de mes nopces. Je n'en fais doubte, respondit Pantagruel, ja besoing n'estoit en faire si horrifique dévotion ** La première fois sera une faulte^^ et

racle de Géryon, auprès de Padoue ; le sbrt l'avertit de jeter des dés d*0r dans la fontaine d*Apene, pour obtenir une réponse à ses consbliatiotis : or il amena tout d'abord le nombre le plus élevé. On voit encore aujourd'hui ces dés au fond de Teau. »

Rabelais songeait peut-être à ce dernier trait, en ajoutant : ce tont hameçons, etc.

* Notre auteur répète ici le titre qu'il a inventé dans le catalogue de la bibliothèque Saint- Victor. — Merlin Coccaie (Folengo) a donné en effet une description de l'enfer dans ses Macaronées.

^ Rabelais fait allusion au trèsancien jeu du vert, qu'on nomme aujourd'hui Je te prends sans vert.

Les dés sont le vert du diable,

c'est-à-dire qu'un diable les porte toujouts «ur lai pour ne pas être pris.

^ Rabelais a probablement indiqué le nombre seize sans malice.

Il fallait nn nombre : celui-là s'est trouvé sous sa plume.

Johanneau prétend que c'est une allusion à l'âge de seize ans qu'avait Henri II quand il s'est marié»

LeDuchat voit là une réminiscence de ce que dit HorapoUon , que les Égyptiens exprimaient la volupté par le nombre seize, parce que c'est à cet âge que les jeunes gens songent à l'amour.

* De faire un voeu accompagné de formules aussi effrayantes.

* Le premier coup ratera et comptera pour quinse. Allusion probable à un jeu ou l'on comptait

PANTAfiRUEL. 407

vauldraquinzej au desjucher* vous ramenderpz,parcomoytîn seront seize. El aiûsi, distPanurge, l'cnteudez? Cliques ne fut fait solécisme par le vaillant champion, qui pour moy fait sentinelle au bas ventre. M'avez vous trouvé en la confrairie des faultiers^? Jamais, jamais, au grand fin jamais. Je le fais en père, et en beat père, sans faulte. J'en demande » aux joueu rs. Ces paroles achevées, furent apportés les œuvres de Virgile. Avant les ouvrir, Panurge dist à Pantagruel : Le coeur me bat dedans le corps comme une mitaine ♦. Touchez un peu mon pouls en ceste artère du bras gauche : à sa fréquence et élévation vous diriez qu'on me^ pelaude en tentative de Sorbonne *. Seriez vous point d'advis, avant procéder oultre, que învocquions Hercules, et les déesses Tenites •, lesquelles on dit présider en la chauïbre des sors? Ne l'un, respondit Pantagruel, ne les autres : Ouvrez seulement avec Tongle.

un certain nombre de points pour vne faute. — Vous la réparerez (cette faute) en remplissant mieux iroire devoir auprès de votre femme.

Ainsi 1^ sei^ prouesses dont Panurge se fait fort s« réduiront à une seule.

* An réveil; au moment , pour les volailles, de despendre du lÀtoa où elles se sqnt juchées la nuit.

' Des faiseurs de fautes. Il y a probablement un jen de mots sur la corporation des ftmirierê ou Jm * tiers^ fabricants die feotre.

' J'en appelle.

* Que signifient ces mots : comme une miUUn^f Le Pucbat prétend que mitaine est 1^ pour misaine , voile toujours agitée par le vent; puis il ajoute que Rabelais a dit mitaine plutôt que misaine^ par allusion à un ancien usage du Poitou, où les gens d'une noce se donnaient entre eux, après avoir ganté

. leurs mitaines, d'inoffensifs coups de poing.

tt*usage, en effet, a existé dans le Poitou, dans la Vendée, dans la Saintonge, etc. Sans citer k Vappui

du fait ni J. Yver, ni Villon, nous nous contenterons de l'autorité de Rabelais loi-mênte. « Telz coups (fait-il dire au seigneur de Basché, liv. IV, ch. 12) seront donnés en riant , selon la coustume oiservép en toutes fiançailles. » Mais, pour cela, Texplication de Le Duchat ne nous en paraît pas meilleure. — ^ou^ avons entendu dire : hattrê la mitaine, pour exprimer un amusement des enfants qui consiste à se frappef par un mouvement croisé Vextrémité des épaules avec la paume des mains, comme les marins le pratiquent.

Ce mouvement régulier et trèsprécipité nous semble, mieux que les coups de poing des gens de noces, donner une idée des pulsations fréquentes du cœur.

^ Qu'on me batte, qu'on me roule^ comme on dirait vulgairement aujourd'hui, dans une épreuve de Sorbonne.

* On lit dans Festus que les Tenites (Teuita) passaient pour les divinités du sort, «< quod tenendi potestatem haberent ».

468 UVRE m, CHAPITRE XII.

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