‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 264 sur 296 · LIVRE m, CHAPITRE XXXVIl · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXXVIl

issir hors de soy mesmes^ yuider ses sens de toute ternenne affection^ purger son esprit de toute humaine sollicitude, et mettre tout en non chaloir. Ce que vulgairement est imputé à folie.

En ceste manière, fut du vulgue imperit * appelé Fatuel le grand yaticinateur Faunus^, fik de Picus, roy des Latins.

En ceste manière , voyons nous , entre les jongleurs , à la distribution des rôles, le personnage du sot et du badin estre tousjours représenté par le plus périt et perfaict joueur de leur compagnie.

En ceste manière, disent les mathématiciens un mesme horoscope estre à la nativité des rois et des sotz. Et donnent exemple de Eneas et Choroebus ', lequel Euphorion * dit avoir esté fol, qui eurent un mesme genethliaque ^.

Je ne seray hors de propos, si je vous raconte ce que dit Jo. André ^, sur un canon de certain rescrit papal, adressé au maire et bourgeois de la Rochelle : et, après luy, Panonne en ce mesme canon, Barbatia sus les Pandectes, et recentement Jason en ses conseilz , de Seigny Joan '', fol insigne de Paris, bisayeui de Caillette. Le cas est tel.

' Vulgaire igoorant, vulgns imperitum,

^ Servius, sur le vers 47 du VII* livre de V Enéide, dit en effet que ce nom fut douoé à Faunus parce qu'il prédisait raveuir,/a/«»*.

^ Fiancé de Cassandre, qui périt au siège de Troie.

^ Poëte grec dont ou a quelques vers dans V anthologie.

'" Horoscope.

^ Jo. Audré (Giovanni Andréa), Panorme (Niccolo Tedeschi, plus connu sous le nom de Panormita»

no), Barbatias (Andréa Barbazio) , Jason (GiasonedelMa'ino) sont des canonistes et jurisconsultes italiens des xiv^ et xv*^ siècles.

' Du seigneur Joan, fou dont on sait assez peu de chose, en dehors

de ce qu'en dit Rabelais. Il en fait le bisaïeul de Caillette, et La Mon« uoye (note sur la 2« Nouvelle de Bonav. des Périers) remarque qu'il aurait pu en faire son quadrisaïeol, puisque Giov. Andréa, qui en parle, était mort dès 1348. Eu tête des feuillets 3 et 4 de la Nef des fous, imprimée eu 1497, on voit lespor« traits de Seigni Joan et celui de Caillette^ donnés comme représentants, celui-ci des modes nouvelles et le premier des anciennes modes.

Quant à Caillette, il en est question dès 1494 ; mais il est principalement connu comme fou de François r*". La Nouvelle II de Bonaventure des Périers est intitulée :

des Trois folzy Caillette, TribouletetPolite.

I»AM'AGKLKL. 397

A Paris, en la routisserie du petit Chaslelet, au devant de ' i'ouvroir^ d'un routisseur, un faquin^ mangeoit son pain à la fumée du roust, et le trouvoit, ainsi parfumé, grandement savoureux. Le routisseur le laissoit faire. En fm, quand tout le pain fut baufré, le routisseur happe le faquin au collet, et vouloit qu'il luy payast la fumée de son roust. Le faquin ilisoit en rien n'avoir ses viandes endommagé, rien n'avoir du sien pris, en rien ne luy estre débiteur.

La fumée dont estoit question evaporoit par dehors , ainsi comme ainsi se perdoit elle; jamais n'avoit esté ouy que, dedans Paris , on eust vendu fumée de roust en rue. Le routisseur repliquoit que, de fumée de son roust, n'estoittenu nourrir les faquins, et renioit, en cas qu'il ne le payast, qu'il luy osteroit ses crochetz. Le faquin tire son tribart^, et se mettoit en défense.

L'altercation fut grande, le badault peuple de Paris accourut au débat de toutes parts. Là se trouva à propos Seigny Joan le fol citadin de Paris. L'ayant apperceu, le routisseur demanda au faquin: Veulx tu sus nostre différent croire ce noble Seigny Joan? Ouy, par le Sambreguoy *, respondil le faquin. Adonc Seigny Joan, avoir leur discord entendu, commanda au faquin qu'il luy tirast de son baudrier quelque pièce d'argent. Le faquin luy mit en main un tournoys pbilippus *. Seigny Joan le prit, et le mit sus son espaule gauche, comme explorant s'il estoit de poids; puis le timpoit* sus la paulme de sa main gauche , comme pour entendre s'il estoit de bon alloy; puis le posa sus la prunelle de son oeil droit, comme pour voir s'il estoit bien marqué. Tout ce fut

^ La boatiqne. dit à la page 106. (V. Cotgrave.) . * Ce mot avait autrefois chez * Par la face de Dieu. « Sam^

nous le sens qu'il a encore dans Ti- hre pour samble, dit Du Gange,

talien , facchino. « Fachinus, dit face, visage. Par la sambre Diett,

Du Gange, idem qui nostris porte- sorte de jurement. » èaile. » ^ Gros denier valant un sou, ou

^ Un tribart ( autrefois Tépée douze deniers tournois, des manans) était un bâton gros et * Faisait sonner. Nous avons

court, ainsi que nous l'avons déjà déjà vu Hmpant au ch. 26.

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