CHAPITRE XLI
Commeiii BrMoyc narre rhtstoire de l'appoineteor ée pr«ee«.
Il me souvient à ce propos, dist Bridoye continuant, qu'au temps que j'estudiois à Poictiers en droit, sous Brocadium jnris *, estoit à Semerué * un nommé Perrin Dendin', homme honorable, bon laboureur, bien chantant au letrain*, homme de crédit , et aagé autant que le plus de vous autres Messieurs : lequel disoit avoir ycu le ^and bon homme Concile de Latran, avec son gros chapeau rouge; ensemble la bonne dame Pragmatîcque Sanction *, sa femme , avec son large tissu de satin pers*, et ses grosses palenoslres de gayet^. Cestuy homme de bien appoincloit^ plus de procès qu'il n'en estoit vuidé en tout le palais de Poictiers, en l'auditoire de Monsmorillon*, en la halle de Parlhenay le vieux. Ce que le Faisoit vénérable en tout le voisinage de Chauvigny, Nouaillé, Croutelles, Aisgne, Legugé, la Motte, Lusignan, Vivonnc,
' Le$ hrocards de droit sont des espèces de proverbes juridiques dont on avait pnbh'é an recueil soos le titre de Brocardia juris, Bridoye .
en fait le non d'un professeur de droit.
^ C'est an village des environs de Poitiers.
* Remarquez que le Perrin Dendin de Rabelais , qui «< juge ne fut, mais homme de bien, >' est un bonhomme qui concilie les plaideurs, tandis que celui de La Fontaine et de Racine, juge de profession, aime
la chicane et ne vit que de procès*
* Au lutrin.
* La pragmatique sanction est de 1439 et le concile de Latran de
« Bleu foncé.
* Jais.
' Appointer c'est prendre acte de raccord des parties sur le point qui était controversé.
^ Montmorillon est une petite ville sur la frontière du Poitou et du Limousin, où François F'' établit un présidial.
614 LIVRE Ul, CHAPITRE XLl.
Mezeaulx, Estables et lieux confins. Tous les debalz, procès et difierens estaient par son devis vuidés, comme par juge souverain^ quoy que juge ne fust, mais homme de bien, arg. in /. sed si unius/f, de fureur- et de ver^^. obi L continuus.
Il n'estoit tué pourceau en tout le voisinage dont il n'eust da 1» has&illâ* el de» boudins. Et eatoil prasque tous les jours de banquet, de festin, de nopces, de commérage, de relevailles, et en la taverne, pour faire quelque appoinctement, entendez. Car jamais n'appoinctoit les parties qu'il ne les fist boire ensemble I par symbole de reconciliation ^ d'accord parfaiçt, et de nouvelle joye; ut not, p^r, doct. ff, deperic, et com. rei. vend. L /. Il eut un filz nommé Tenot Dendin, grand bardeau^ et gallaot homme, ainsi m'aist Dieu , lequel §emblableraent voulut s'entremettre d'appoincter les plaidoyans, comme vous savez q\xe^
Saepe solet similis filius esse patri»
Et sequitur leviter filia matris iter.
Vt ait gloss. 6^ qu. 1^ c. Si g^is- gloss* de consec. dht. 5, c, 2, fin et est not. per Poçt. Ç. impub. et aliis subst. L tUt et /, légitime, ff. de sfat. kom, gloss. in l, quod si nolit. ff. de edll. edict. L quisquis.C. ad leg. JuL majestat.Excipio filios a moniali susceptos ex monacho, per gloss. in c. inipuUicas. 37. qu. I . Et se nommoit en ses tiltres : Uappoineteur des procès. En cttstuy négoce tant estoit actif et vigilant. Car vigilanttbusjura subveniunt ex leg. pupillus.ff quae iaframl. cred, et ibid. L non enim, et lasU in. proemio, que incontinent qu'il sf^iitoit ntff $i qumi. paup.fec. L Jgaso. gloss, in verb, olJeciL id est, nastim ad culunï posuit, et
' Nous diriong des abatî^. Ce ' C'est , suivant La Monuoye,
mot appartient encore au patois de un grand brin de garçon , de hart
la Saintonge et d'nne partie du on Âar(/, d'oà l'on aurait formé aaMÎ
Poitou. kardelle^ dans le $ens de jeune 61)e.
vGooQle
igl
entetidoit par pays estre meu probes ou dcbat, il s'ingcfoit d'appoincter les parties. H est escrit :
Qui non laborat non manige ducat :
Et le dit glos^, //. de durAn, infect, L quamvi$y et curreré plus que le pas veiulam compelHi egestas* gloss, ff, de lib» agno$c. L si quis. pro quafacit. L si plures, c, de condU, incerti. Mais> en tel affaire, il fut tant malheureux que ja« naais n'appoincta différent quelconques, tant petit fust il que sauriez dire. En lieu de les appoincter, il les irritoit et ai-» grissoit davantage. Vous savez Measieuni que,
Sermo datut cunctis, animi sapientia paucis.
gloss. ff, de alien, jud. mut, caus.fa, L 2. Et disoient les tavemiers de Semerué que, sousluy, en un an, ilz n'avoient tant vendu de vin d'appoinctation (ainsi nommoient ils le bon vin de i^ugé) , comme ils faisoient sous son père, en demie heure.
Advint qu'il s'en plaignit à aon pere> et refsroit les causes de ce meshaing en la perversité des hommes die son temps s franchement luy objectant que , si au temps jadis le monde eust esté ainsi pervers, plaidoyart, detravé et in^ppoifctable, il, son père, n'eust ai^uis l'honneur et tiUre d'ap-» poinoteur tant irréfragable, comme il avoit. En quoy faisoit Tenot contre le droit, ()ar lequel est es enCans défendu re* procher leurs propres pères, f?er glo^s, et Mari. Hb* a^ §< si guUsff, dp candit. ob caus, et Authent. de nupt^ $• sed guod sancUum, coi. 4,
11 fault, respondit Perrin, faire autrement, Dendin, mon filz. Or,
Quand oportet vient en place , U convient qu'ainsi se face*
gioss, c. de appel, L eo$. etiam. Ce n'est là que gist le lièvre. Tu n'appoinctes jamais les differens. Pour quoy? Tu les prends des le commencement, estans encore vwds et cruds.
(>I6 LIVKb: m, CHAPITRE XLI.
Je les appoincte tous. Pour quoy? Je les prends sus leur lin, bien meurs et digérés. Ainsi dit gloss.
Dttlcior est/ructus poU muUa pericula duclus,
L non morUurv», e. de contrahend. et commit, sUpe, Ne sçais tu qu'on dit en pi'overbe commun : Heureui estre k médecin qui est appelle sus la declination de la maladie? I^a maladie de soy criticquoit et tendoit à fin , encores que le médecin n'y survint. Mes plaidoyeurs semblablement de sov mesmes declinoient au dernier but de plaidoirie : car leurs bourses estoient vuides, de soy cessoient [poursuivre et solliciter : plus d'aubert n'estoit en fouillouse * pour solliciter et poursuivre.
Déficiente pecu, déficit omne, nia.
Manquoit seulement quelqu'un^ qui fust comme paranyniphe^ et médiateur^ qui premier parlast d'appoinctement^ pour soy sauver Tune et l'autre partie de ceste pernicieuse honte qu'on eust dist : Cestuy premier s'est reiidu ; il a premier parlé d'appoinctement ; il a esté las le premier; il n'avoit le meilleur droit; il sentoit que le bas le blessoit.
Là, Dendin, je me trouve à propos, comme lard en poys^. C'est mon heur. C'est mon gaing. C'est ma bonne fortune. Et te dis, Dendiu, mon filz joly, que, par ceste méthode, je pourrots paix mettre, ou trêves pour le moins, entre le grand poy et les Vénitiens*, entre Tempereur et les Suisses, entre les Angiois et les Escossois, entre le pape et les Ferrarois. Iray je plus loing? ce m'aist Dieu, entre le Turc et le so-
* Plus d'argent n'estoit en poche. Onq lard en pois n'escheut si bien.
(Argot.) (PoikeUn,)
^ C'était, chez les Grecs, celui * Mdière, s'esoparant de cette
qui conduisait la mariée, le garçon idée, lui a donné une forme «icore
d'honneur, et, par extension, toute plus piquante. «Et, je crois, si je me
personne qui servait de guide, d'iu- ï'étois mis en tête, que je marierob
troducteur. le Grand Turc avec la république
3 C'est une vieille lo<Jtition : de Venise. » L'Jvart, act. II, se. 6.
phy ; entre les Tartres et les Moscovites. Entends bien. Je les prendrois sus l'instant que et les uns et les autres seroient las de guerroyer, qu'ilz auroient vuidé leurs coffres, expuisé les bourses de leurs subjectz, venda leur dommaine, hypothéqué leurs terres, consumé leurs vivres et munitions. Là, de par Dieu, ou de par sa mère, force forcée leur est respirer, et leurs felonnies modérer. C'est la doctrine t» gloss. 37. d. c. si quando,
Odero si potero : si non, invitas anuibo '•
' Je haïrai si je puis ; sinon , je serai ami malgré moi.
fiiS LIVRE 01, CHAPITRE XLII.