‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 285 sur 296 · CHAPITRE LL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LL

PWÊt %9»j est «ce FaaUfraclH», et dct «diairaMes verim «*iceiie.

Par ces manières (exceptez la fabuleuse; car de fafolç ja Dieu ne plaise que usions en ceste tant Ycritable histoire) , est dite l'herbe Pantagrnelion. Car Pantagruel fut d'icelle inventeur : je ne dis pas quant à la plante , mais quant à m certain usage ^ lequel plus est abhorré et hay des larrons, plus leur est contraire et ennemy que n'est la teigne et cus' cute au lin; que le rouseau à la fougère , que le presle aux faulcheurs, que orobanche aux poys chiches^ œgilops à l'orge^ securidaca aux lentilles , antranium aux febves, Ty vraye au froment , le lierre aux murailles ; que le nenufar el nymphœa Heraclia aux ribaux moines^ que n'est la férule et le bouUas ^ aux cscoliers de Navarre ^ que n'est le chou à la vigne, Tail à Taymant^ Toignon àlaveue, la graine do fougère aux femmes enceinctes^la semence de saule aux non-< nains vitieuses , Tombre de if aux dormans dessous^ le aoonito aux pards et loups > le flair du figuier aux taureaux indignés, la ciguë aux oisons, le pourpié aux dents, Thuile aux arbres. Car maintz d'iceux ^ avons veu par tel usage fmer leur vie haut

* Bouleaa. M. le comte Jau1)ert vont criant dans les mes lenrs bons

nous atteste, dans son Glossaire du halait de boulas. Mais ils ne sont

centre de la France, qu*aujourd*hui pas destinés aux écoliers berricbons.

encore les balaisiiers de Bourges ' Ces mots se rapportent aax

et court; à l'exemple de Phyllis^ royne des Thraces; de Bonosus S empereur de Rome ; de Amate , femme du roy Latin 2; de Ipbis^ Auctolia, Licambe, Aracbne, Pheda^ Leda, Acbeus^ roy de Lydie ^^ et autres : de ce seulement indignés que > sans estre autrement malades^ par le Pantagruelion on leur oppiloit^ les conduictz par lesquelz sortent les bons motz et entrent les bons morceaulx , plus villainement que ne feroit la maie angine^ et mortelle squinance ^.

Autres avons ouy^ sus l'instant que Alropos leur coupoit le filet de vie 9 soy grièvement complaignans et lamentans de ce que Pantagruel les tenoit à la gorge. Mais^ las ! ce n'estoit mie Pantagruel. 11 ne fut onques rouart^; c'estoit Pantagruelion^ faisant office de hart, et leur servant de cornette ^. Et parloient improprement et en solécisme. Sinon qu'on les excusast par figure synecdocbique^ prenans f invention pour finventeur. Comme on prend Ceres pour pain^ Baccbus pour vin. Je vous jure icy, par les bons motz qui sont dedans ceste bouteille là^ qui refraicbit dedans ce bac*, que le noble Pantagruel ne prit onques à la gorge, sinon ceux qui sont negligens de obvier à la soif imminente.

Autrement est dite Pantagruelion par similitude. Car Pantagruel, naissant au monde, estoit autant grand que fberbe dont je vous parle, et en fut prise la mesure aisément, veu qu'il nasquit au temps d'altération , lorsqu'on cueille ladite herbe, et que le chien de Icarus ®, par les aboys qu'il fait au

larrons, dont Ténumération précé- ^ Bourreau, qui fait métier de

dente a un peu éloigné le lecteur. rouer.

' Favori de Probus, qui se fit ^ Ou dirait maintenant de cra-

proclamer empereur par l'armée du vate. La cornette, après s'être por«

Rhin , mais fut vaincu et mis à tée sur la tête, se porta ensuite

mort. autour du cou.

Sur cette femme du roi Lati-

II ne te fault qu'une cornette

. ,. „,, , ..J, ... Il ne m; luuii 4u u)

nus, voy. le llV. XII de lEnctae, De beau chanvre.

» Voy. sur ces divers personna- ^^ '*'"""' "" J^'^'-Cbrist à personnages,)

ges les Métamorphoses d'Ovide. * Baquet.

* Bouchait. * Fils d'Œbale et père d'Éri-

^ Esquinancie. gone, dont la chienne Méra fut mise

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soleil^ rend tout le monde troglodyte , et contminct habiter es caves et lieux soubterrains.

Autrement est dite Pantagruelion par ses vertus et singularités. Car, comme Pantagruel a esté l'idée et exemplaire de toute joyeuse perfection (je croy que personne de vous autres beuveurs n'en doubte), aussi en Pantagruelion je recognoy tant de vertus, tant d'énergie, tant de perfections, tant d'effectz admirables, que si elle eust esté en ses qualités cogneue, lors que les arbres (par la relation du prophète) firent élection d'un roy de bois pour les régir et dominer, elle sans doubte eust emporté la pluralité des voix et suffrages. Diray je plus? Si Oxylus, filz de Orius, l'eust de sa sœur Hamadryas engendrée, plus en la seule valeur d'icelle se fust délecté qu'en tous ses huit enfans tant célébrés par nos mythologes * , qui ont leurs noms mis en mémoire éternelle. La iille aisnée eut nom Vigne, le fllz puysnéeutnom Figuier; l'autre, Noyer; l'autre, Chesne; l'autre. Cormier; l'autre, Fenabregue; l'autre. Peuplier; le dernier eut nom Ulmeau, et fut grand chirurgien en son temps.

Je laisse à vous dire comment le jus d'icelle, exprimé et instillé dedans les oreilles, tue toute espèce de vermine qui y seroit née par putréfaction , et tout autre animal qui dedans seroit entré. Si d'iceluy jus vous mettez dedans un seilleau^ d'eau, soudain vous verrez l'eau prise, comme si fussent caillebotes^, tant est grande sa vertu. Et est l'eau ainsi caillée remède présent aux chevaulx coliqueux, et qui tirent des flans. La racine d'icelle , cuicte en eau , remollit les nerfz retirés, les joinctures contractes, les podagres shirrhotiques, et les gouttes nouées. Si promptement voulez guérir une bruslure, soit d'eau, soit de feu, appliquez y du Pantagruelion crud , c'est à dire tel qu'il naist de terre, sans autre appareil

au nombre des const^Uations , et signent autant d'espèces d*arbres

forma ce qu'où appela la Canicule, énumérées dans la phrase suivante.

' Ces huit entants reçurent, ^ Seille, sceau, suivant Athénée, des noms qui dé- ^ Lait caillé.

ne composition. Et ayez esgard de le changer aiiii$i que le verrez desseichant sus le mal *,

Sans elle, seroient les cuisines infâmes, les tables détesta*blés, quoy que couTertes fussent de toutes viandes exquises; les lictz sans délices, quoy que y fust en abondance or, argent, electre, yvoire et porphyre. Sans elle, ne porteroient les meusniers bled au moulin , n'en rapporteroient farine. Sans elle , comment seroient portés les plaidoyers des advocatz à l'auditoire? Comment seroit sans elle porté le piastre h Tastelier? Sans elle, comment seroit tirée l'eau du puitz? Sans elle, que feroient les tabellions, les copistes, les secrétaires et escri vains? Ne periroient les pantarques et papiers rentiers? Ne periroit le noble art d'imprimerie? De quoy feroit on chassis? Comment sonneroit on les cloches ? D'elle sont les isiac-^ ques ornés, les pastophores revestuz, toute humaine nature couverte en première position. Toutes les arbres laniticques des Serres * , les gossampînes de Tyle ' en la mer Persicqoc, les cynes des Arabes*, les vignes de Malte, ne vestissent tant de personnes que fait ceste herbe seulette. Couvre * les armées contre le froid et la pluye, plus certes commodément que jadis ne faisoient les peaulx. Couvre les théâtres et amphithéâtres contre la chaleur, ceinct les bois et taillis au plaisir dés chasseurs, descend en eau tant douce que marine, au profit des pescheurs. Par elle sont bottes, bottines, botasses, houzeaulx, brodequins, souliers, escarpins, pantoufles, savates, mises en forme et usage. Par elle sont les arcs tenduz, les arbalesles bandées, les fondes faites. Et, comme si fustrhcrbé sacrée , verbenicque • et révérée des Mânes et Lémures, les corps humains mors sans elle ne sont inhumés.

Je diray plus. Icelle herbe moyennant , les substances in-

' La plupart de ces receltes sont dem iosulae laiiigeras arbores «ocant

tirées de P]îne. gossampiiios. m

^ Aocieos peuples de l'Asie, * «Arabise arbores ex quibut

qu'on croit être les Chinois. vestes faciant, <^nus vocari. » Plioei

^ Ceci est encore tiré de Pline, ièid.

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