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UVRE 1, CHAPITRE XIII

(le merde qui y estoient^ m'escorcherent tout le derrière. Que le feu Saint Antoine arde le boyau cuiller de Forfevre qui les fit ^ et de la damoiselle qui les portoit! Ce mal passa^ me torchant d'un bonnet de page^ bien emplumé à la suisse.

Puis y fianlant derrière un buisson y trouvay un chat de mars % d'iceluy me torchay; mais ses gryphes m'exukererent tout le périnée. De ce me guéris au lendemain , me torchant desgands de ma mere^ bien parfumés de maujoin^.

Puis me torchay de saulge^ de fenoil^ de aneth ^y de marjolaine^ de roses ^ de feuilles de courtes S de choux ^ de bettes, de pampre j de guy mauves^ de verbasce ^, qui est escarlatte de cul; de lactues, de feuilles d'espinards. Le tout me fit grand bien à ma jambe; de mercuriale, de persiguiere , d'orties, et de consolde; mais j'en eus la cacque sangue* de Lombard. Dont fus guery me torchant de ma braguette.

Puis me torchay aux linceulx ^, à la couverture,aux rideaux, d'un coissin, d'un tapis, d'un verd *, d'une nappe •, d'une ser- Yiette, d'un mouschenez *®, d'un peignouoir. En tout je trouvay de plaisir plus que n'ont les roigneux quand on les estrille.

Voire, mais, dist Grandgousier, lequel torchecul trouvas tu meilleur? J'y estois, dit Gargantua, et bien tost en sçaurez le tu auiem, Je^me torchay de foin, de paille, de bauduffe **, de bourre, de laine, de papier : mais,

Tousjours laisse aux écaillons esmorche ' ' Qui son bord cul de papier torche *'.

' Martre. Martes caitee. (Da Unceux s'emploie pour draps de

Cange.) lit.

3 Plaisanterie sar Benjoin et * Verd ou voir, tapis de table

Maujoin. ou étoffe. — Unam roèûm de viridif

Tondre Haujoint ou raser Priapus. dans Du Cange.

(Cl. Harot» RoNde des Bariien.) » Dans l'édit. antéf. à 1535 et

* Ou anet^ herbe odoriférante, dans celle de 1535» on lit maf»j»e,

* Courge, suivant Le Buchat, . qui avait le même sens.

diaprés Ondin. ** Mouchoir. — On dit encore

' Bouillon blane. en Saintonge, mouchenez,

* FIui de sang. ' ^ Lavette d*étoapes. ^ En vieux français, et aujour* '' Amorce.

d'hui encore dans les provinces, ' ^ Ces vers sont de Bfarot.

Quoy^ dist Grand^ousier^ mon petit eoiiillon> as tu pris au pot^ Teu que tù rimes * desja? Ouy dea, respondit Gar* gantoa^ mon roy , je rime tant et plus^ et, en rimant, sou vent m'enrime^.

Escontez que dit nostre retraict aux fianteurs ' :

Ghiart, ' .

Foirart, Petart, Brenous, ToD lard Chappart S*espart Sus nous.

Hordous , Merdous , EsgQus, * Le feu de Saint Antoine Vard , Si tous Tes trous Esdous Tu ne torche avant ton départ.

En voulez tous davantage? Ouy dea, respondit Grandgou lier. Adonc, dist Gargantua ;

BOMDBAV.

En chiant, Tautre hier senty La gabelle qu'à mon cul doibs;

» Jm de mot* sur le double vers patois, s'enrimer poar »'eo-

KBS de rimer. — Himar ta pro- rbamer.

vençal , rimer , en saintongeois, ae m ea rithnant biea MHiTeai je «'«irtair. disent des viandes oa légomes qui , , . . «/"^ ,.

par suite d*one caisson trop ar- * On dirait aujourd bat : cabinet

dente, adbèreot aux parois du vase d aisance. ^

oàon les a mis cuire, qui nrtmumi , OulitdansleBM#o»deiacA«ii.

HK pol bre secrète ou reinucl :

» On* dûjit autrefois «français, Jrr;^rpV';:u^r.o^%1S«. * et anjonidlmi encore on dit eu di- (iieci..« rf« »/«•« ; Puris isw, ïk-s.)

S« LIVRE ï , CHAPITRE XIIL

L'odeur fot «utre que cuidois :

J'en fus du tout empuanty.

01 si quelqu'un eust consenty M'amener une qu'attendois , En çhiant )

Car je lui eusse assimenty ' Son trou d'urine, à mon lourdoys *, Ce pendant qu'eust avec ses doigts Mon trou de merde garanty, En chiant.

Or, dictes maintenant que je n'y sçay rien. Par la merdé, je ne les ay fait raie : mais, les oyant reciter à dame grand que voyez cy, les ay retenu en la gibbessiere de ma mémoire.

Retournons , dit Grandgousier, à nostrc propos.

Quel? dist Gargantua, chier? Non, dist Grandgousier, mais torcher le cul. Mais, dist Gargantua, voulez vous payer un bussartde vin breton 3, si je vous fais quinault^ en ce propos? Ouy vrayement, dist Grandgousier.

Il n'est, dist Gargantua, point besoing torcher cul, sinon qu'il y ait ordure. Ordure n'y peut èstre , si on n'a chié : «hier donc nous fault davant que le cul torcher. 0 ! dist Grandgousier, que tu as bon sens; petit garsonnet ! Ces premiers jours, je te feray passer docteur en Sorbone s, par Dieu, car tu as de raison j)lus que d'aage.

• Assimenté, en bas Poitou, si- trefoîs et est encore aujourd'hui un

gnifie assaisonné. Cotgrave expli- cépage très-renommé du'Chinonaîs.

que assimenty par bouché. Rabelais dit ici vin breton , comme

^ Ces mots , qui reviennent plu- il dit ailleurs , vin pineau. siears fms dans Rabelais , semblent Le pays de Yerron ou Vierrou ,

signifier , à ma manière lourdaude , c est toute cette langue de terre qui

tout bonnement. Mathurin Cordier aboutit au confluent de la Loire et

traduit Je le dirai en mon lourdoisy de la Vienne, par rustice dicam, *• Faire quinault quelqu'un , c'é-

^ Bussart , en Anjou , signifie tait le rendre honteux , le forcer à

une demi-pipe. Le Dnchal croit s'avouer vaincu, que le vin breton a été ainsi nommé ^ (Edit. ant. à 1535, de là35

parce que les Bretons s*en servaient et de Dolet.) Les autres portent en

ordinairement. Le Breton était au- gatfe tcience.

Or poursuis ce propos toreheculatif^ je t'en prie. Et, par ma barbe , pour un bussart , tu auras soixante pipes , j'entends de ce bon vin breton lequel point ne croist en Bretaigne , mais en ce bon pays de Verron.

Je metorchay aprefe, dist Gargantua^ d'uti couvrechief, d*un oreiller, d'une pantoufle, d'une gibbessiere, d'un panier, mais, o.le malpkisant tôrchecul! puis d'un chappeau. Et notez que, des chappeàux, les uns sont ras, les autres à poil, les autres veloutés , les autres taffetassés , les autres satinizés. Le meilleur de tous est celuy de poil; car il fait très bonne abstersion de la .matière fécale.

Puis me torchay d'une poulk, d'un ooq , d'un poullet, de la peau d'un veau, d'un lièvre, d'un pig^n, d'un cormaran, d'un sac d'advocat , d'une barbute % d'une coypbe, d'un leurre 2.

Mais, concluant , je dis et maintiens qu'il n'y a tel torchecul que d'un oizon bien dumeté ^, pourveu qu'on luy tienne la teste entre les jambes. Et m'en croyez sus mon honnevir. Car vous sentez au trou <lu cul une volupté mirifiqile , tant par la douceur d'ioeluy dumet que par la chaleur tempérée de l'oizon , laquelle facilement est communiquée au boyau culier et autres intestins *, jusques à venir à la région «h» cœur et du cerveau.

£t ne pensez que la béatitude des heroes et semidieux, qui sont par les champs Elysiens, soit en leur asphodèle ou ambroisie, ou nectar, comme disent ces vieilles icy. Elle est, selon mon opinion, en ce qu'ilz se torchent le cxA d'un oizon. Et telle est l'opinion de maistre Jean d'Escosse *.

' Barbute ftigoifiait armore de rappeler les oiseaux. C'est en ce

tête ou capùce de moiue. Nomiii sens qu'il est pris ici.

portent capucîum magnum sine * De dumet ^ employé plus loin

cauda^ quod noa vocamus barbu- dans le »ens de d^us^ {dumetum),

l<tm. (Du Cange.) — Ce second s^ < Intettineê (édit. an t. à 1 535

est évidemment préférable ici. et édit. de (^35).

' Leurre, de lorum ^éisiïi pro- * Cette dernière ligne n'est ni

prement un morceau de cuir dont dans l'édit. ant à lâ3ô, ni dans

"OD se servait en fauconnerie pour celle de 1535. ..

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