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LIVRE I, CHAPITRE XXVII

coul, es autres demolloit * les reins, avalloit le nez ^y poschoit les yeiilx, fendoit les mandibules, enfonçoit les dents en fa gueiîlle j descrouUoit ^ les opQoplates, sphaceloit les grèves 4, desgondoit les ischies ^^ debezilloit les faucilles *.

Si quelqu'un se vouloit cacher entre les seps plus espes'', à iceluy froissoit toute Tareste du dos , et Tesrenoit ® comme un chien.

Si aucun sauver se vouloit en fuyant , à iceluy faisoit voler la teste en pièces par la commissure lambdoide ». Si quelqu'un gravoit ^^ en une arbre, pensant y estre en seureté, iceluy de son baston empaloit par le fondement.

Si quelqu'un de sa vieille cognoissance luy crioit. Ha, frère Jean monamy, frère Jean, je me rends; Il t'est, disoit il, bien force ** ; mais ensemble tu rendras Tame à tous les diables. Et soudain luy donnoit dronos * 2. El si personne tant fut espris de témérité qu'il luy voulust résister en face, là monstroît il la force de ses muscles; car il leur transperçoit la poictrine par le mediastine *3 et par le cœur : à d'autres, donnant sus la faulte ** des costes, leur subvertissoit l'estomac, et mouroient soudainement : es autres tant fièrement frappoit par le ' nombril, qu'il leur faisoit sortir les tripes; es autres, parmy les couillons, perçoit le boyau cullier. Croyez que c'estoit le plus horrible spectacle qu'on vist onques. *

Les uns crioient. Sainte Barbe; les autres. Saint George; les autres. Sainte Nytouche*^; les autres, Nostre Dame de Cu-

* Rompait les reins. ^ Sutnre du crâne, ayant la forme ^ Faisait descendre , tranchait du A (lambda) des Grecs.

le nez. *" Grimpait.

^ Désarticulait les omoplates. M Tu y es bien forcé.

* Meurtrissait le devant des ** Des coups. En gascon, rfrowo^j jambes. en provençal, dronos. Ce mot parai t

* Faisait sortir des gonds, dé- dérivé du celtique. Eu armoricain, boitait les hanches, rfoùrn, rf<îrn, signifient main, c^orna,

* Ébesilîer, en saintongeois, si- battre, et en gaélique, t/dm, frapgnifie briser en miettes. Les fau- per à coups de poing.

cilles, les faciles^ ce sont les deus '^Cloison membraneuse qui sé-

os de Tavant-bras. pare la poitrine en deux parties.

' Épais. '* Au défaut des côtes.

* L'^reintait. •* Dans les poèmes du moyen

nault ^, de Laurette ^, de Bonnes Nouvelles ^y dfe la Lenou *, de RWiere 5. Les uns se vouoient à saint Jacques , les autres au saint suaire de Cbambery : mais il brusla trois mois après, si bien q^u'on n'en peut sauver un seul brin : les autres à Cadouyn *, les autres à saint Jean d'Angely "'j les autres à saint Eutrope de Xainctes ^, à saint Mesmes de Chinon, à saint Martin de Candes ®, à saint Qouaud de Sinays *^ es re liques de Jaurezay^*, et mille autres bons petits saints. Les uns mouroient sans parler, les autres parloient sans mourir, les uns se mouroient en parlant, les autres parloient en mourant. Les autres crioient à haute voix. Confession, confession , Confteor, miserere , in mantes.

âge, les combattants en détresse ne manquent pas d'invoquer la Vierge on les saints. Rabelais ne s*écarte point de la tradition, mais il a bâte de dérider par un jeu de mots le front du lecteur. A côté de la patronne des bombardiers , il .. glisse le nom de sainte Nytouche.

Ob dit : Geste femme o'y touche.

{Coqûillart»)

* Célèbre prieuré de TAnjon.

^ Obapelle près d'Angers,

. ^ Abbaye près d'Orléans.

* Ancienne paroisse, entre ChinoB et Richeliea.

^ Notre-Dame de Rivière était une paroisse de la Touraine.

* Cadouin (Cadoulnum , Cadununiy Cadonium, é^p.), aujourd'hui chef-lieu de canton de Tarrondis* sèment de Bergerac. Dans Tune des chapelles de Téglise^ on conserve encore un des suaires qni ont servi à couvrir la ièie de Jésus- Cbrist dans le tombeau. Cette sainte relique, que Tévéque Eymard, mort de la peste dans une croisade, avait en 1098 obtenue du clergé d'Antiocbe , est en tissu de Kn très-fin, d'nne longueur de près de trois mètres. Elle présente

encore les traces du sang et des aromates. Quatorze bulles des papes Font autorisée.

^ Du temps de Rabelais, ou conservait dans cette ville une tête qu'on croyait celle de saint Jean- Baptiste; mais en 1572, les huguenots, maîtres de la ville, comprirent la sainte relique dans l'un de leurs autodafés.

* Saint Ëutrope exerça, att xiL« siècle , le ministère évaugélique dans la Saintonge, où son nom est vénéré. La cathédrale de Saintes est sous son invocation. Le 30 avril, sa fête attire des lieux voisins une foule plus joyeuse que dévote , et aussiquelquescroyantsqni viennent, comme autrefois , lui demander des miracl&s. Le saint en fait encore, si nous ajoutons foi à ce qui nous a été dit dans le pays.

^ Saint Martin, archevêque de ïonrs , mort et enterré à Candes.

^^ Ce saint, qu'on nomme saint Ciouaud dans l'Anjou et la Touraine, saint Kliau dans la Saintonge, est le même que saint Cloud. Sa fête se célèbre dans les premiers jours de septembre.

' ' Jaurezay, suivant tAlpha&ei

ne LIVRE !, CHAPITRE XXVII.

Tant fut grand le cry des navrés, que le prieur de l'abbaye avec tous ses moines sortirent. Lesquelz , quand apperceurent ces pauvres gens ainsi rués* parmy la vigne et blessés h mort , en confessèrent quelques uns; Mais , ce pendant que les prestres s'amusoient à confesser, les petits moinetons coururent au lieu où estoit frère Jean, et luy demandèrent en quoy il vouloit qu'ilz luy aidassent.

Aquoy respondit qu'ilz esgorgetassent ceux qui estoient portés par terre. Àdonc, laissans leurs grandes cappes sus une treille, au plus près, commencèrent esgorgeter et achever ceux qu'il avoit desja meurtris. Savez vous de quels ferremens *? A beaux gouetz, qui sont petits demy cousteaux, dont les petits enfans de nostre pays cernent les noix.

Puis , a tout ' son baston de croix, gaigna la brescbe qu'avoient fait les ennemis. Aucuns des moinetons emportèrent les enseignes et guidons en leurs chambres pour en faire des jartiers ^. Mais quand ceux qui s'estoient confessés vouleurent sortir par icelle brescbe, le moine les assommoit de coups, disant. Ceux cy sont confés et repentans, et ont gaigné les pardons : ilz s'en vont en paradis aussi droit comme une faucille, et comme est le chemin de Faye ^. Ainsi, par sa prouesse, furent desconfis tous ceux de l'armée qui estoient entrés dedans le clos , jusques au nombre de treize mille six cens vingt et deux, sans les femmes et petits enfans, cela s'entend tousjours. Jamais Maugis hermite ne se porta si vaillam^ ment a tout son bourdon contre les Sarrasins, desquelzest escrit es gestes des quatre filz Aymon, comme fit le moine à rencontre des ennemis avec le baston de la croix.

de l'auteur y était une boargade ^ Jartiers. (Édition de 1535

du Poitou qui possédait, depuis et édition de-Dojet.) — Jartieres

1506, entre antres reliques ,. les (dans d'autres) ; on disait les deux.

os de saint Cbarlier. « Une jartiere sur un tissu de.

' Renversés. « soye Inde (inv. d. D. deNorm.) .»

? Tout instrument de fer, et plus Sous le souple iarret la peinte banrierolle

spécialement instrument trancliant. D'unyVimtrr ondoyant. ( a. de Baif.)

Farremenl a conservé celte accep- ^ Faye-la-Vinense , bourg situé

tion dans la Charente. sur une hauteur. On n'y arrive que

' Avec. par de nombreux détours.

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