LIVRE 1, CHAPITRE XXXIII
rie. Puis ont donné fièrement ensemble sus Lubek, Norwerge, Sweden, Rich, Dace, Gotthie^Engroneland, lesEstrelins, jusques à la mer Glaciale. Ce fait, conquesterent les isles Orchades, et subjuguèrent Escosse, Angleterre, et Irlande. De là, navigans par la mer sabuleuse et par les Sarmates; ont vaincu et dompté Prussie, Polonie, Lithuanie, Russie, Valachie, la Transsilvane, Hongrie, Bulgarie, Turquie, et sont à Constantinoble. Allons nous, distPicrochole, rendre à eux le plus tost, car je veulx estre aussi empereur de Trebizonde.
Ne tuerons nous pas tous ces chiens Turcs et Mahumetistes? Que diable, dirent ilz, ferons nous donc? Et donnerez leurs biens et terres à ceux qui vous auront servy honnestement. La raison, dist il, le veult, c'est équité. Je vous donne la Carmaigne, Surie, et toute Palestine. Ha, dirent ilz, sire, c'est du bien de vous, grand mercy.Dieu vous face bien tousjours prosp^^rer.
Là présent estoit un vieux gentil homme, esprouvé en divers bazars, et vray routier de guerre, nommé Echephron ; lequel oyant ces propos, dist : J'ay grand peur que toute ceste entreprise sera semblable à la farce du pot au laict ; duquel un cordouanier se faisoit riche par resverie ; puis le pot cassé , n'eut de quoy disner. Que prétendez vous par ces belles conquestes? Quelle sera la fin de tant de travaux et traverses? Ce sera, dist Picrochole, que nous, retournés, reposerons à nos aises : dont, dist Echephron , et si par cas jamais n'en retournez? Car le voyage est long et périlleux. N'est ce mieulx que des maintenant nous reposons, sans nous mettre en ces hazars? 0! dist Spadassin, par Dieu vôicy un bon resveux; mais allons nous cacher au coing de la cheminée : et là passons avec les dames nostre vie et nostre temps à enfiler des perles, ou à filer comme Sardanapalus. Qui ne s'adventure, n'a cheval ny mule, ce dit Salomon. Qui trop, dist Echephron , s'adventure, perd cheval et mule, respondit Malcon.
Baste , dist Picrochole, passons oultre. Je ne crains que ces diables de légions de Grandgousier : ce pendant que nous sommes en Mésopotamie, s'ilz nous donnoient sus la queue,
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quel remède? Très bon^distMerdaille, une belle petite commission^ laquelle vous envoîrez aux Moscovites, vous mettra en camp pour un moment quatre cens cinquante mille combattans d'eslite. 0 si vous m'y faites vostre lieutenant, je renie la cbair *, la mort et le sang , je tuerois un pigne pour un mercier 2! Je mors, je rue, je frappe, j'attrape, je tue, je penie. Sus, sus, disiPicrocbole, qu'on despescbe tout, et qui m'aime si me suive.
' Je renie la chair^ la mort et le sang. Ces mots, qui se trouvent dans l'édition antérieure à 1535, n'ont pas été reproduits depuis. — ' Bien que Rabelais les place dans nne boache de mécréant , il aura jo^é prudent de les effacer.
^ Rabelais , suivant son habi-
tude , fait ici une plaisante inversion ; il dit : tuer wï peigné pour un mercier^ au lieu de : tuer un mercier pour un peigne. — Cette locution proverbiale, qui se comprend sans qu'on l'explique, est usitée de nos jours dans leBerry. C'est ainsi qu'on dit: Il se ferait pendre pour un sou.
I3t> LIVRE 1, CHAPITRE XXXIV.