‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 103 sur 219 · DE L ESPBIT) PUB. — 11^ PARTIE · texte numérisé non relu

DE L ESPBIT) PUB. — 11^ PARTIE

môme pour apercevoir les objets , et qu'il peut , en se considérant et ses propres perfections , découvrir toutes les choses qui sont au dehors.

il est certain que 1 ame voit dans elle-même et sans idées toutes les sensations et toutes les passions dont elle est capable^ le plaisir^ la douleur^ le froid , la chaleur ^ les couleurs^ les sons , les odeurs ^ les saveurs ^ son amour , sa haine , sa joie^ sa tristesse et les autres ; parce que toutes les sensations et toutes les passions de l'âme ne représentent rien qui soit hors d'elle^ qui leur ressemble^ et que ce ne sont que des modifications dont un esprit est capable*. Mais la difticulté est de savoir si les idées qui représentent quelque chose qui est hors de Fâme et qui leur ressemble en quelque façon^ comme les idées du soleil^ d'une maison^ d'un cheval;, d'une rivière, etc., ne sont que des modifications de Tâme ; de sorte que l'esprit n'ait besoin que de lui-même pour se représenter toutes les choses qui sont hors de hii.

11 y a des personnes qui ne font point de difficulté d'assurer que ràme étant faite pour penser, elle a dans elle-même, je veux dire en considérant ses propres perfections , tout ce qu'il lui faut pour apercevoir les objets ; parce qu'en effet, étant plus noble que toutes les choses qu'elle conçoit distinctement, on peut dire qu'elle les contient en quelque sorte éminemment ^ comme parle l'École , c'est-à-dire d'une manière plus noble et plus relevée qu'elles ne sont en elles-mêmes. Ils prétendent que les choses supérieures comprennent en cette sorte les perfections des inférieures. Ainsi, étant les plus nobles des créatures qu'ils connaissent, ils se flattent d'avoir dans eux-mêmes d'une manière spirituelle tout ce qui est dans le monde visible, et de pouvoir, en se modifiant diversement, apercevoir tout ce que l'esprit humain est capable de connaître. En un mot, ils veulent que l'âme soit comme un monde intelUgible qui comprend en soi tout ce que comprend le monde matériel et sensible , et même infiniment davantage.

Mais il me semble que c'est être bien hardi que de vouloir soutenir cette pensée. C'est, si je ne me trompe, la vanité naturelle , l'amour de l'indépendance et le désir de i-essembler à celui qui comprend en soi tous les êtres, qui nous

' Voy. Des vraies et fausses idées de yi. AvïmiUl.

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