LIVRE SIXIÈME
dans les cieux avec certitude^ touchant le mouvement des planètes, s'accommode parfaitement avec ce que Ton vient de dire de leur formation suivant les voies les plus simples.
11 y a bien des gens qui regardent les tourbillons de M. Descartes comme de pures chimères. Cependant rien n'est phis facile à démontrer, en supposant, 1° que tout corps mû tend à se mouvoir en ligne droite ; 2^ que les planètes ont des mouvements circulaires, deux vérités certaines par l'expérience. Car il est clair que si Jupiter, par exemple, était mû dans le vide, il irait toujours en ligne droite ; et que s'il était mû dans une matière qui ne fît pas un tourbillon ou qui ne tournât point à l'entour du soleil, non-seulement il continuerait toujours d'aller en ligne ou droite ou du moins spirale, mais il perdrait peu à peu son mouvement en le communiquant au fluide qu'il déplacerait. 11 faut donc que la matière céleste fasse un tourbillon, et que chaque planète s'y place de telle manière que son effort pour s'éloigner du soleil fasse équilibi e avec l'effort d'un égal volume de cette matière, c'est-à-dire que la hgne de son mouvement cii'culaii'e soit égale à celle de la matière dans laquelle elle nage.
Pour les étoiles fixes, l'expérience apprend qu'il y en a qui diminuent et qui disparaissent entièrement, et qu'il y en a aussi qui paraissent toutes nouvelles, et dont l'éclat et la grandeui" augmentent beaucoup. Elles augmentent ou diminuent à mesure que les tourbillons dont elles sont les centres reçoivent plus ou moins du premier élément. On cesse de les voir lorsqu'il s'y forme des taches et des croûtes, et l'on commence à les découvrir lorsque ces taches qui en empêchent l'éclat se dissipent entièrement. Toutes ces étoiles gardent toujours entre elles la même distance , puisqu'elles sont les centres des tourbillons, et qu'elles ne sont point entraînées tant qu'elles résistent aux autres tourbillons ou qu'elles sont étoiles. Elles sont toutes éclatantes comme de petits soleils, parce qu'elles sont comme lui les centres de quelques tourbillons qui ne sont point encore vaincus. Elles sont toutes inégalement distantes de la terre, quoiqu'elles paraissent aux yeux comme attachées à une voûte ; car si Ton n'a point encore lemarqué la parallaxe des plus proches avec les plus éloignées, par la dilïérente situation de la terre de six mois en six mois, c'est que cette différence de situation n'est pas assez grande, à cause de l'éloignement immense où
nous sommes des étoiles^ pour rendre cette parallaxe sensible. Peut-être que^ par le moyen des télescopes^ on en pourra remarquer quelque peu. Enfin tout ce qu'on peut observer dans les étoiles par Tusage des sens et par l'expérience n'est point différent de ce qu'on vient de découvrir par Tesprit, en examinant les rapports les plus simples et les plus naturels qui se trouvent entre les parties et les mouvements de rétendue.
Si Ton veut examiner la nature des corps qui sont ici-bas, il faut d'abord se représenter que le premier élément étant composé d'un nombre infini de figures différentes, les corps qui auront été formés par l'assemblage des parties de cet élément seront de plusieurs sortes. Il y en aura dont les parties seront branchues, d'autres dont elles seront longues, d'autres dont elles seront comme rondes, mais irrégulières en toutes façons. Si leurs parties branchues sont assez grosses, ils seront durs, mais flexibles et sans ressort, comme l'or ; si leurs parties sont moins grosses, ils seront mous ou fluides, comme les gommes, les graisses, les huiles ; mais si leurs parties branchues sont extrêmement délicates, ils seront semblables à l'air. Si les parties longues des corps sont grosses et inflexibles, ils seront piquants, incorruptibles, faciles à dissoudre comme les sels ; si ces mômes parties longues sont flexibles, ils seront insipides comme les eaux; s'ils ont des parties grossières et irrégulières en toutes façons, ils seront semblables à la terre et aux pierres. Enfin il y aura des corps de plusieurs différentes natures, et il n'y en aura pas deux qui soient entièrement semblables, parce que le premier élément est capable d'une infinité de figures, et que toutes ces figures ne se combineront jamais de la môme manière en deux différents corps. Quelques figures qu'aient ces corps, s'ils ont des pores assez grands pour laisser passer le second élément en tous sens, ils sei ont transparents comme l'air, l'eau , le verre, etc. Quelques figures qu'aient ces corps, si le premier élément en environne entièrement quelques parties, et les agitent assez fort et assez promptement pour repousser le second élément de tous côtés, ils seront lumineux comme la flamme. Si ces corps repoussent tout le second élément qui les choque, ils seront très-blancs ; s'ils le reçoivent sans le repousser, il» seront très-noirs ; enfin, s'ils le repoussent par