‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 175 sur 219 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

pouvait jeter assez haut une balle de mousquet ou un boulet de canon, ces deux corps deviendraient de petites planètes, ou bien ils seraient assez solides pour devenir comme de petites comètes qui ne pouiTaient plus s'arrêter dans le tourbillon.

Je ne prétends pas avoir sulïisamment expliqué toutes les choses que je viens de dii^e, ou avoir déduit des principes simples d'étendue, de figure et de mouvement, ce que Ton en doit infailliblement déduire. Je veux seulement faire voir la manière dont M. Descartes s'est pi'is pour découvrir les choses naturelles, afin que Ton puisse comparer ses idées et sa méthode avec celle des autres philosophes. Je n'ai point eu ici d'autre dessein ; mais je ne crains point d'assurer que si l'on veut cesser d'admirer la vertu de l'aimant, les mouvements réglés du flux et du reflux de la mer, le bruit du tonnerre, la génération des météores; enfin si l'on veut s'instruire de la physique, comme l'on ne peut mieux faire que de hre et de méditer ses ouvrages, on ne saurait rien faire si on ne suit sa méthode, je veux dire si on ne raisonne comme lui sur des idées claires, en commençant toujours par les plus simples.

Ce n'est pas que cet auteur soit infaillible, et je crois pouvoir démontrer qu'il s'est trompé en plusieurs endroits de ses ouvrages. Mais il est plus avantageux à ceux qui le lisent de croire qu'il s^est trompé, que s'ils étaient persuadés que tout ce qu'il dit fût vrai. Si on le croyait infaillible, on le lirait sans Texaminer, on croirait ce qu'il dit sans le savoir; on apprendrait ses sentiments comme on apprend des histoires , ce qui ne formerait point l'esprit. 11 avertit lui-même qu'en lisant ses ouvrages on doit prendre garde s'il ne s'est point trompé, et qu'on ne doit rien croire de ce qu'il dit que lorsqu'on y est forcé par l'évidence. Car il ne ressemble pas à ces faux savants qui, usurpant une domination injuste sur les esprits, veulent qu'on les croie sur leur parole, et qui, au lieu de rendre les hommes disciples de la vérité intérieure, en ne leur proposant que des idées claires, les soumettent à l'autorité des païens, et, par des raisons qu'ils n'entendent point, leur font recevoir des opinions qu'ils ne peuvent comprendre.

La principale chose que l'on trouve à redire dans la mam^re dont M. Descartes fait naître le soleil, les étoiles, la

terre et tous les corps qui nous environnent, c'est qu'elle paraît contraire à ce que TÉcriture sainte nous apprend de la création du monde ; et que si Von en croit cet auteur, il semble que l'univers s'est formé comme de lui-même, tel que nous le voyons aujourd'hui. A cela on peut donner plusieurs réponses.

La première, que ceux qui disent que M. Descartes est contraire à Moïse n'ont peut-être pas tant examiné TÉcriture sainte et Descartes , que ceux qui ont fait voir par leurs écrits publics que la ci'éation du monde s'accommode parfaitement avec les sentiments de ce philosophe.

Mais la principale est que M. Descartes n'a jamais prétendu que les choses se soient faites peu à peu comme il les décrit. Car dans le premier article de la quatrième partie de sa philosophie, qui est que, pour trouver les vîmes causes de ce qui est sur la terre, il faut retenir rhypothèse déjà prise^ nonobstant qu'elle soit fausse, il dit positivement le contraire en ces termes :

« Bien que je ne veuille point qu^'on se persuade que les corps qui composent ce monde visible ait jamais été produits en la façon que j'ai décrite, ainsi que j'ai ci-dessus averti, je suis néanmoins obligé de retenir ici la même hypothèse pour expliquer ce qui est sur la terre, afin que si je montre évidemment, ainsi que j'espère faire, qu'on peut par ce moyen donner des raisons très-inteUigibles et certaines de toutes les choses qui s'y remarquent, et qu'on ne puisse faire le semblable par aucune autre invention, nous ayons sujet de conclure que, bien que le monde n'ait pas été fait au commencement en cette façon, et qu'il ait été immédiatement créé de Dieu, toutes les choses qu'il contient ne laissent pas d'être maintenant de même nature que si elles avaient été ainsi produites. »

Descartes savait que, pour bien comprendre la nature des choses, il les fallait considérer dans leur origine et dans leur naissance , qull fallait toujours commencer par celles qui sont les plus simples et aller d'abord au principe ; qu'il ne fallait point se mettre en peine si Dieu avait formé ses ouvrages peu à peu par les voies les plus simples ou s'il les avait produits tout d'un coup; mais, de quelque mauière que Dieu les eût formés, que, pour les bien connaître, il fallait les considérer d'abord dans leurs principes, et prendre garde seulement dans la suite si ce qu'on avait pensé s'accordait avec ce que Dion

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