‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 196 sur 219 · LIVRE SlXIÈMÏi · texte numérisé non relu

LIVRE SlXIÈMÏi

qu'il n'y en a points et considérer a\ec attention quei corps peut rencontrer et remuer cet aimant.

On voit d'abord que ce n'est point l'aimant qu'on tient en main, puisqu'il ne touche pas celui qui est remué. Mais parce qu'il n'est remué qu'à l'approche de celui qu'ion tient en main, et qu'il ne se remue pas de lui-même, on doit conckire que, bien que ce ne soit pas l'aimant qu'on tient qui le remue, ce doit être quelques petits corps qui en sortent et qui sont poussés vers lui par l'autre aimant.

Pouj' découvrir ces petits corps, il ne faut pas ouvrir les yeux et s'approcher de cet aimant, car les sens imposeraient à la raison, et l'on jugerait peut-être qu'il ne sort rien de l'aimant, à cause qu'on n'en voit rien sortir; on ne se souviendrait peut-êti e pas qu'on ne voit pas les vents , même les plus impétueux, ni plusieurs autres corps qui produisent des effets extraordinaires. Il faut se tenir ferme à ce moyen trèsclair et très-intelligible, et examiner avec soin tous les effets de l^aimant, afin de décou^^rir comment il peut pousser sans cesse hors de lui ces petits corps sans qu'il diminue; car les expériences que l'on fera déa9uvriront que ces petits corps, qui sortent par un côté, rentrent incontinent par l'autre, et elles serviront à exphquer toutes les difficultés que Ton peut former contre la manière de résoudre cette question. Mais il faut bien remarquer qu'on ne devrait pas abandonner ce moyen, quand même on ne pourrait répondre à quelques difficultés appuyées sur l'ignorance où l'on est de beaucoup de choses.

Si l'on ne souhaite pas d'examiner d'où vient que les aimants se repoussent lorsqu'on leur oppose les mêmes pôles, mais plutôt d'où vient qu'ils s'approchent et qu'ils se joignent l'un à l'autre lorsqu'on présente le pôle septentrional de l'un au pôle méridional de l'autre, la question sera plus difficile et un seul moyen ne suffira pas pour la résoudie. Ce n'est point assez de connaître exactement les rapports qui sont entre les pôles de ces deux aimants, ni de recourir au moyen que l'on a pris pour la question précédente , car ce moyen semble au contraire empêcher l'effet dont on chercherait la cause. 11 ne faut point aussi recourir à aucune des choses que nous ne connaissons point clairement être les causes naturelles et oi dinaires des mouvements corporels , ni nous délivrer de la difficulté de la question par Tidée vague et indéterminée d'une qualité ocŒlte dans les aimants, par laquelle ils s'attirent l'un

DE Lk MÉTHODE. — li^ PARIE.

l'autre ; car l'esprit ne peut concevoir clairement qu'un corps en puisse attirer un autre.

L'impénétrabilité des corps fait clairement concevoir que le mouvement se peut communiquer par impulsion , et l'expérience prouve , sans aucune obscurité , qu'effectivement il se communique par cette voie. Mais il n'y a aucune raison ni aucune expérience qui démontre clairement le mouvement d'attraction ; car, dans les expériences qui semblent les plus propres à prouver cette es[)èce de rnouvement, on reconnaît visiblement^ lorsqu'on en découvre la cause véritable et certaine , que ce qui paraissait se faire par attraction ne se fait que par impulsion. Ainsi il ne faut point s'arrêter à d'autre communication de mouvement qu'à celle qui se fait par im- * pulsion^ puisque cette manière est certaine et incontestable, et qu'il y a du moins quelque obscurité dans les autres qu'on pourrait imaginer. Mais , quand on pourrait même démontreiqu'il y a dans les choses purement corporelles d'autres principes de mouvement que la rencontre des corps, on ne pour-* rait raisonnablement rejeter celui-ci ; l'on doit même sjy arrêter préférablement à tout autre, puisqu'il est le plus clair et le plus évident, et qu'il paraît si incontestable, qu'on ne craint point d'assurer qu'il a été reçu de tous les peuples et dans tous les temps.

L'expérience fait connaître qu'un aimant qui nage librement sur l'^au s'approche de celui qu'on tient en sa main lorsqu'on lui présente un certain côté ; il faut donc conclure qu'il est poussé vers lui. Mais , comme ce n'est pas l'aimant que Ton tient qui pousse celui qui nage, puisque celui qui nage s'approche de celui que l'on tient, et que cependant celui qui nage ne se remuerait point si l'on ne lui présentait celui que l'on tient, il est évident qu'il faut recourir au moins à deux moyens pour expliquer cette question , si l'on veut la résoudre par le principe reçu de la communication des mouvements.

LIVBE SIXIEME.

L'aimant c s'approche de l'aimant C; donc Tair^ ou la matière fluide et invisible qui Tenvironne, le pousse, puisqu'il n'y a point d'autre corps qui le puisse pousser, et c'est là le premier moyen. Uaimant c ne s'approche qu'à la présence de l'aimant C ; donc il est nécessaire que l'aimant C détermine l'air à pousser l'aimant c, et c'est là le second moyen. Il est * évident que ces deux moyens sont absolument nécessaires. De sorte que la difficulté est présentement réduite à joindre ensemble ces deux moyens , ce que l'on peut faire en deux manières : ou en commençant par quelque chose de connu dans l'air qui environne l'aimant c, ou en commençant par quelque chose de connu dans l'aimant C.

Si l'on connaît que les parties de l'air et de tous les corps fluides sont en continuelle agitation, l'on ne pourra doutei* qu'elles ne heurtent sans cesse contre l'aimant c qu'elles environnent; et, parce qu'elles le heurtent également de tous côtés, elles ne le poussent pas plus d'un côté que de l'autre, tant qu'il y a autant d'air d'un côté que de l'autre. Les choses étant ainsi, il est facile déjuger que l'aimant C empêche qu'il n'y ait autant de cet air dont nous parlons vei's a que vers b. Mais cela ne se peut faire qu'en répandant quelques auti es corps dans l'espace qui est entre C et c ; il doit donc sortir des petits corps des aimants pour occuper cet espace. Et c'est aussi ce que l'expérience fait von-, lorsqu'on répand de la limaille de fer * autour d'un aimant ; car cette hmaille l'cnd visibJe le cours de ces petits corps invisibles. Ainsi, ces petits corps chassant l'air qui est vers a , l'aimant c en est moins poussé par ce côté que par l'autre ; et par conséquent il doit

' Voyez les Principes de la Philosophie de Descartes , quatrième partfc

s'approcher de Taimant puisque tout corps doit se mouToir du côté d'où il est moins poussé.

Mais si Faimant c n'avait, vers le pôle a . plusieurs pores propres à recevoir les petits corps qui sortent du pôle B de l'autre aimant , et trop petits pour recevoir ceux de l'air, tant grossier que subtil, il est évident que ces petits corps étant plus agités que cet air, puisqu'ils le doivent chasser d'entre les aimants, ils pousseraient l'aimant c et l'éloigneraient de C. Ainsi, puisque Taimant c s'approche ou s'éloigne de C lorsqu'on lui présente différents pôles, il est nécessaire de conclure que les petits corps qui sortent de l'aimant C passent librement et sans repousser l'aimant c par le côté et le repoussent par le côté b. Ce que je dis d'un de ces aimants se doit aussi entendre de l'autre.

Il est visible que l'on apprend toujours quelque chose par cette manière de raisonner sur des idées claires et des principes incontestables. Car l'on a découvert que l'air qui environne l'aimant c était chassé d'entre les aimants par des corps qui sortent sans cesse de leurs pôles, et qui trouvent leur passage libre par un côté et fermé par l'autre. Et, si l'on voulait découvrir quelle est à peu près la grandeur et la figure des pores de l'aimant par lesquels ces petits corps traversent, il faudrait encore faire d'autres expériences; mais cela nous conduirait où nous ne voulons pas aller, et où nous pourrions bien nous égarer. On peut consulter sur ces questions les principes delà philosophie de M. Descartes, non pour suivre aveuglément les sentiments de ce savant philosophe, mais pour s'accoutumer à sa méthode de philosopher. Je dis seulement, pour répondre à une objection qui frappe d'abord, d'où vient que ces petits corps ne peuvent rentrer par les pores d'où ils sont sortis; qu'outre une grandeur ou une figure déterminée capable de produire cet efîct, l'inflexion des petites branches qui composent ces pores peut obéir en un sens aux petits corps qui les traversent , et se hérisser et leur fermer le passage en un autre sens. Le courant continuel de la matière subtile d'un pôle à l'autre, dans les pores de l'aimant, suffit môme pour empêcher qu'elle ne rentre par les pores dont elle est sortie ; car une partie de cette matière ne peut pas vaincre ce courant pour se faire passage dans les pores dont elle est sortie, ni dans ceux du pôle de même nom qui ont un courant contraire. De sorte qu'il ne

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