LIVRE SIXÏÈME
faut point être trop surpris de la différence des pôles de l'aimant; car cette difféience peut être expliquée en bien des manières , et il n'y a de la difficulté qu'à reconnaître la véritable.
Si Ton avait tâché de résoudre la question que l'on vient d'examiner^ en commençant par les petits corps qu'on suppose sortir de l'aimant C , on aurait trouvé la môme chose , et Ton aurait aussi découvert que l'air est composé d'une infinité de parties qui sont dans une agitation continuelle; car sans cela il serait impossible que l'aimant c pût s'approcher de Taimant C. Je ne m'arrête pas à expliquer ceci , parce que cela n'est pas difficile.
Voici une question plus composée que les précédentes^ et dans laquelle il faut faire usage de plusieurs règles. On demande quelle peut être la cause naturelle et mécanique du mouvement de nos membres.
L'idée de cause naturelle est claire et distincte, si on f entend comme je l'ai expliqué dans la question précédente ; mais le terme de mouvement de nos membres est équivoque et confus , car il y a plusieurs sortes de ces mouvements : il y en a de volontaires^ de naturels et de convulsifs. 11 y a aussi différents membres dans le corps de l'homme. Ainsi, selon la première règle, je dois demander duquel de ces mouvements on souhaite de savoir la cause. Mais si on laisse la question indéterminée , atîn que j'en use à mon choix , j'examine la question de cette sorte.
Je considère avec attention les propriétés de ces mouvements ; et parce que je découvre d'abord que les mouvements volontaires se font d'ordinaire plus piomptement que les convulsifs, j'en conclus que leur cause en peut être différente. Ainsi je puis et je dois par conséquent examiner la question par parties, car elle paraît être de longue discussion.
Je me restreins à ne considérer d'abord que le mouvement volontaire ; et parce que nous avons plusieurs paiiies qui servent à ces mouvements, je ne m'attache qu'au bi'as. Je (considère donc que le bras est composé de plusieurs muscles qui ont presque tous quelque action lorsqu'on lève de terre ou qu'on remue diversement quelque corps; mais je ne m'arrête qu'à un seul, voulant bien supposer que les autres sont à peu près formés d'une même manière. Je m'instruis de sa composition par quelque Hvre d'anatomie, ou plutôt
parla vue sensible de ses fibres et de ses tendons , que je me fais disséquer par quelque habile anatomiste à qui je fais toutes les demandes qui pourront dans la suite me fiiire naître dans Tesprit quelque moyen de trouver ce que je cherche.
Considérant donc toutes choses avec attention^ je ne puis douter que le principe du mouvement de mon bras ne dépende de raccourcissement des muscles qui le composent. Et si je veux bien^ pour ne pas m' embarrasser de trop de choses, supposer^ selon l'opinion commune^ que cet accourcissement se fait par le moyen des esprits animaux qui remplissent le ventre de ces muscles et qui en approchent ainsi les extrémités , toute la question qui regarde le mouvement volontaire sera réduite à savoir comment le peu d'esprits animaux qui sont contenus dans un bras peuvent en enfler subitement les muscles selon les ordres de la volonté avec une force suffisante pour lever un fardeau de cent pesant et davantage.
Quand on médite ceci avec quelque application^ le premier moyen qui se présente à l'imagination est d'ordinaire celui de quelque effervescence prompte et violente semblable à celle de la poudre à canon , ou de certaines liqueur s remplies de sels alcalis , lorsqu'on les mêle avec celles qui sont roides ou pleines de sel acide. Quelque peu de poudre à canon est capable, lorsqu'elle s'allume, d'enlever non-seulement un fardeau de cent livres, mais une tour et même une montagne. Les tremblements de terre qui renversent des villes et qui secouent des provinces entières se font aussi par des esprits qui s'allument sous terre à peu près comme la poudre à canon. Ainsi, en supposant dans le bras une cause de la fermentation et de la dilatation des esprits, on pourra dire qu'elle est le principe de cette f(uxe qu'ont les hommes pour faire des mouvements si prompts et si violents.
Cependant, comme on doit se défier de ces moyens qui n'entrent dans l'esprit que par les sens et dont on n'a point de connaissance claire et évidente, on ne doit pas si facilement se servir de celui-ci ; car enfin il ne suffit pas de rendre raison de la force et de la promptitude de nos mouvements par une comparaison. Cette raison est confuse , mais de plus elle est imparfaite, car on doit expliquer ici un mouvement volontaire, et la fermentation n'est pas volontaire. Le sang se fermente avec excès dans les fièvres, et l'on ne peut l'en empêcher. Les esprits s'enfiamment et s'agitent dans le cei veau.