LI VRE SIXIEME
et leui' agitation ne diminue pas selon nos désirs. Quand uu homme remue le bras en diverses façons, il faudrait, selon cette explication^ qu'il se fit un milli(»n de fermentations grandes et petites^ promptes et lentes, qui commençassent , et, ce qui est encore plus difficile à expliquer selon cette supposition^ qui finissent dans le moment qu'il le veut. 11 faudrait que ces fermentations ne dissipassent point toute leuimatière et que cette matière fût toujours prête à prendre feu. Lorsqu'un homme a fait dix lieues , combien de mille fois faut-il que les muscles qui servent à marcher se soient emplis et vidés? et combien faudrait-il d'esprits, si la fermentation les dissipait et les amortissait à chaque pas? CeLte raison est donc imparfaite pour expliquer les mouvements de notre corps qui dépendent entièrement de notre volonté.
11 est évident que la question présente consiste dans ce problème des mécaniques : Trouve}^ par des machines pneumatiques le moyen de vaincre telle force, comme de cent pesant , par une autre force si petite que l'on voudra, comme celle du poids d'une once, et que l'application de cette petite force pour produire son effet dépende de la volonté. Or ce problème est facile à résoudre et la démonstration en est claire.
On peut le résoudre par un vase qui ait deux ouvertures dont l'une soit un peu plus de 1,600 fois plus grande que Tautre^ et dans lesquelles on insère les canons de deux soufflets égaux, et que l'on applique une force 1,600 fois seulement plus grande que l'autre au soufflet de la plus grande ouverture^ car alors la force 1,600 fois plus petite vaincra la plus grande. Et la démonstration en est claire par les mécaniques, puisque les forces ne sont point justement en proportion avec les ouvertures, et que le rapport de la petite force à la petite ouverture est plus grand que le rapport de la grande force à la grande ouverture.
Mais pour résoudre ce problème par une machine qui représente mieux l'effet des muscles que celle qu'on vient de donner^ il faut souffler quelque peu dans un ballon et appuyer ensuite^ sur ce ballon à demi enflé de vent^ une pierie de 5 ou 6 cents pesant, ou, l'avant mis sur une table, le couvrir d'un ais, et cet ais d'une fort grosse pieire, ou faire asseoir un homme des plus pesants sur cet ais, en lui donnant mènic ia liberté de se retenir à queljué chose afin de résister à l'enflure du ballon ; car si quelqu'un souffle de nouveau seule-
ment avec ia bouche dans ce ballon^ il soulèvera la pien e qui le comprime ou l'homme qui est assis dessus^ pourvu que le canal par lequel le vent entre dans le ballon ait une soupape qui Tempêche de sortir lorsqu'il faut reprendre haleine. La raison de ceci est que l'omerture du ballon est si petite ou doit être supposée si petite par rapport à toute la capacité du même ballon qui résiste [)ar le poids de la pierre^ qu'une très-petite force est capable d'en vaincre une très-grande par cette manière.
Si l'on considère aussi que le souffle seul est capable de pousser une balle de plomb avec violence par le moyen des sarbacanes, à cause que la force du souffle ne se dissipe point et se renouvelle sans cesse, on reconnaîtri visiblement que la proportion nécessaire entre l'ouverture et la capacité du ballon étant supposée, le souffle seul peut vaincre facilement de très-grandes forces.
Si donc Von conçoit que les muscles entiej s ou chacune des libres qui les composent ont coriime ce ballon une capacité propj'e à recevoir les esprits animaux ; que les pores par où les esprits s'y insinuent sont peut-être encore plus petits à proportion que le col d'une vessie ou le trou d'un ballon ; que les esprits sont retenus et poussés dans les nerfs à peu pt'ès comme le souffle dans les sarbacanes, et que les esprits sont plus agités que l'air des poumons et poussés avec plus de force dans les muscles qu'il ne l'est dans les ballons, on l econnaîtra que le mouvement des esprits qui se répandent dans les muscles peut vaincre la force des plus pesants fai deaux que l'on porte ; et que si on ne peut en porter de plus pesants, le défaut de force ne vient point tant du côté des esprits que de celui des fibres et des peaux (jui composent les muscles, lesquels crèveraient si on faisait ti op d'etTort. D'ailleurs, si Ton prend garde que par les lois de Tunion de l'àme et du corps les mouvements de ces esprits, quant à leur détermination, dépendent de la volonté des hommes, on verra bien que les mouvements des bras doivent être volontaires.
11 est vrai que nous remuons noti'e bras avec mie telle promptitude, qu'il semble d'abord incroyable que l'épanchement des esprits dans les muscles qui le composent puisse être assez prompt pgm- cela. Mais nous devons considéier que ces esprits sont e.vtrêmement agités, toujouis prêts à entrer d'un muscle dans l'autre, et (ju'il n'en faut pasbea'i-