‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 208 sur 219 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

iious-mêmes;, pour nous répandre dans tout ce qui nous environne; qu'enfin elles nous représentent sans cesse les choses^ non selon ce qu''elles sont en elles-mêmes pour former des jugements de vérité^ mais selon le rapport qu'eUes ont avec nous^ pour former des jugements utiles à la conservation de notre être et de ceux avec lesquels nous sommes unis ou par la nature ou par notre volonté.

Après avoir essayé de découvrir les erreurs dans leurs causes^ et de délivrer Tesprit des préjugés auxquels il est sujet, j'ai cru qu'enfin il était temps de le préparer à la l echerche delà vérité. Ainsi j'ai expliqué dans le sixième livre les moyens qui me semblent les plus naturels pour augmenter J'attention et Tétendue de Fesprit, en montrant l'usage que l'on peut faire de ses sens, de ses passions et de son imaginalion^ pour lui donner toute la force et toute la pénétration dont il est capable. Ensuite j'ai établi certaines règles qu'il faut nécessairement observer pour découvrir quelque vérité que ce soit ; je les ai expliquées par plusieurs exemples pour les rendre plus sensibles^ et j'ai choisi ceux qui m'ont paru les plus utiles ou qui renfermaient des vérités plus fécondes et plus générales, afin qu'on les lût avec plus d'application et qu'on se les l'endît plus sensibles et plus familières.

Peut-être qu'on reconnaîtra par cet essai de méthode la nécessité qu'il y a de ne raisonner que sur des idées claires et évidentes, et dont on est intérieurement convaincu que toutes les nations en conviennent, et de ne passer jamais aux choses composées avant que d'avoir suffisamment examiné les simples dont elles dépendent.

Que si l'on considère qu'Aristote et ses sectateurs n'ont point obsei'vé les règles que j'ai expliquées, comme l'on en doit être convaincu tant par les preuves que j'en ai apportées que par la connaissance des opinions des plus zélés défenseurs de ee philosophe, peut-être qu'on méprisera sa doctrine, malgré toutes les impressions avantageuses que nous en donnent ceux qui se laissent étourdir pai" des mots qu'ils n'entendent point.

Mais si l'on prend garde à la manière de philosopher de M. Descartes, on ne pourra douter de sa solidité ; car j'ai suffisamment montré qu'il ne raisonne que sur des idées claires et évidentes, et qu'il commence par les choses les plus simples avant que de passer aux plus composées qui en dépen-

DB LA MÉTHODE.— Il* PARTIE.

denl. Ceux qui liront les ouvrages de ce savant homme se convaincront pleinement de ce que je dis de lui^ pourvu qu'ils les lisent avec toute l'application nécessaire pour les comprendre, et ils sentiront une secrète joie d'être nés dans un siècle et dans un pa^'S assez heureux pour nous délivrer de la peine d'aller chercher dans les siècles passés parmi les païens, et dans les extrémités de la terre parmi les barbares ou les étrangers, un docteur pour nous instruire de la vérité, ou plutôt un moniteur assez fidèle pour nous disposer à en être instruits.

Néanmoins, comme on ne doit pas se mettre fort en peine de savoir les opinions des hommes, quand même on serait convaincu d'ailleurs qu'ils auraient découvert la vérité, je serais bien fâché que l'estime que je parais avoir ici pour M. Descartes préoccupât pej sonne en sa faveur, et que Ton se contentât de lire et de retenir ses opinions, sans se soucier d'être éclairé de la lumière de la vérité. Ce serait alors préférer Thomme à Dieu, le consulter à la place de Dieu, et se contenter des réponses obscures d'un philosophe qui ne nous éclaire point, pour éviter la peine qu'il y a d'interroger par la méditation celui qui nous répond et qui nous éclaire tout ensemble.

C'est une chose indigne que de se rendre partisan de quelque secte que ce soit, et que d'en regarder les auteurs comme s'ils étaient infaillibles. Aussi M. Descartes, voulant plutôt rendre les hommes disciples de la vérité que sectateurs entêtés de ses sentiments, avertit expressément : Qu'on n'ajoute point du tout foi à ce qu'il a écrit . et qu'on îi'en reçoive que ce que la force et l'évidence de la raison pourra contraindre d'en croire^ Il ne veut pas, comme quelques philosophes, qu'on le croie sur sa parole; il se souvient toujours qu'il est homme, et que, ne répandant la lumière que par réflexion, il doit tourner les esprits de ceux qui veulent être éclairés comme lui vers la raison souveraine, qui seule peut les rendre plus parfaits par le don de l'intelligence.

La principale utilité que l'on peut tirer de l'application à l'étude est de se rendre l'esprit plus juste, plus éclairé, plus pénétrant et plus propre à découvrir toutes les vérités que l'on souhaite de savoir. Mais ceux qui lisent les philosophes pour en retenir les opinions et pour les débiter aux auties,

' A la fia d« ses Principes.

688 LIVliK SIXIEME. DE LÂ METHODE.— 11^ PARTIE.

ue s'approchent point de celui qui est la vie et la nounitui e de râme ; leur esprit s'affaiblit et s'aveugle par le commerce qu'ils ont avec ceux qui ne peuvent ni les éclairer ni les fortifier ; ils se remplissent d'une fausse érudition dont le poids les accable et dont Téclat les éblouit ; et^ s'imaginant devenir fort savants lorsqu'ils se remplissent la tête des opinions des anciens philosophes, ils ne font pas réflexion qu'ils se rendent disciples de ceux que saint Paul dit être devenus fous en s attribuant le nom de sages : Dicentes se esse sapientes^ stulti facti sunt.

La méthode que j'ai donnée peut, ce me semble, beaucoup servir à ceux qui veulent faire usage de leur raison, ou recevoir de Dieu les réponses qu'il donne à tous ceux qui savent bien l'interroger ; car je crois avoir dit les principales choses qui peuvent fortifier et conduire l'attention de l'esprit, lacfuelle est la prière naturelle que l'on fait au véritable maître de tous les hommes pour en recevoir quelque instruction.

Mais comme cette voie naturelle de rechercher la \érité est fort pénible, et qu'elle n'est ordinairement utile que pour résoudre des questions de peu d'usage, et dont la connaissance sert plus souvent à flatter notre orgueil qu'à perfectionner notre esprit, je crois, pour finir utilement cet ouvrage, devoir dire que la méthode la plus courte et la plus assurée pour découvrir la vérité, et pour s'unir à Dieu de la manière la plus pure et la plus parfaite qui se puisse, c'est de vivre en véritable chrétien ; c'est de suivre exactement les préceptes de la vérité éternelle, qui ne s'est unie avec nous que pour nous réunir avec elle ; c'est d'écouter plutôt notre foi que notre raison, et tendi e à Dieu, non tant par nos foi'ces naturelles, qui depuis le péché sont toutes languissantes, que par le secours de la foi, par laquelle seule Dieu veut nous conduire dans cette lumière immense de la vérité qui dissipera toutes nos ténèbres ; car enfin il vaut beaucoup mieux» comme les gens de bien, passer quelques années dans l'ignol'an ce de certaines choses et se trouver en un moment éclairés pour toujours, que d'acquérir par les voies naturelles avec beaucoup d'application et de peine une science fort imparfaite et qui nous laisse dans les ténèbres pendant toute l'éternité.

l IN.

TABLE

Prépacb, . , . . • .

LIVKK PREMIEK.

I>ES SKNS.

Chap. I. l. De la nature et des propriétés de l'entendement. — U. De la nature et des propriétés de la volonté, et ce que c'est que

la liberté

II. I. Des jugements et des raisonnements. — 11. Qu'ils dépendent de la volonté. — III. De l'usage qu'on doit faire de sa liberté à leur égard. — IV. Deux règles générales pour éviter l'erreur et le péché. — V. Rétlexions nécessaires

sur ces règles

Ilh I. Réponse à quelques objections. — II. Remarques sur ce

qu'on a dit de la nécessité de l'évidence

IV. 1. Des causes occasionnelles de l'erreur, et qu'il y en a cinq principales. — II. Dessein général de tout l'ouvrage, et dessein particulier du premier livre. ... . . .

V. I. Deux manières d'expliquer comment nos sens sont corrom-

pus par le péché. — II. Que ce ne sont pas nos sens , mais notre liberté qui est la véritable cause de nos erreurs. — m. Règle pour ne se point tromper dans l'usage de ses sens.

VI. 1. Des erreurs de la vue à l'égard de l'étendue en ssoi. —

II. Suite de ces erreurs sur des objets invisibles. — 111. Des erreurs de nos yeux touchant l'étendue considérée par rapport , . . . .

Vil. I; Des erreurs de nos yeux touchant les figures. ^^11. Nous n'avons aucune connaissance des plus petites. — III. Que la connaissance que nous avons des plus grandes n'est pas exacte. — IV. Explication de certains jugements naturels qui nous empêchent de nous tromper. — V. Que ces mêmes jugements nous trompent dans des rencontres particulières.

VII l. 1. Que nos yeux ne nous apprennent point la grandeur ou la vitesse du mouvement considéré en soi. — 11. Que la durée qui est nécessaire pour connaître le mouvement ne nous est pas connue. — III. Exemple des erreurs de nos yeux touchant le mouvement elle repos

TABLE

IX. Continuation du même sujet, — [. Preuve générale des erreurs de notre vue touchant le mouvement. — 11, Qu'il est nécessaire de connaître la distance des objets pour juger de la grandeur de leur mouvement. — lll. Examen des moyens pour reconnaître les distances 65

X Des erreurs touchant les qualités sensibles. — 1. Distinction de l'âme et du corps. — II. Explication des organes des sens. — m. A quelle partie du corps l'âme est immédiatement unie. — lY. Ce que les objets font sur le corps. — V. Ce qu'ils produisent dans l'âme , et les raisons pour lesquelles l'âme n'aperçoit point les mouvements des fibres du corps. — VI. Quatre choses que l'on confond dans chaque sensation 7"

Xi. I. De l'erreur où l'on tombe touchant l'action des objets contre les fibres extérieures de nos sens. — II. Cause dç cette er-

reur.— lll. Objection et réponse 80

Xn. I. Des erreurs touchant les mouvements des fibres de nos sens. — II. Que nous n'apercevons pas ces mouvements , ou que nous les confondons avec nos sensations. — III. Expérience qui le prouve. — IV. Trois sortes de sensations. — V. Les erreurs qui les accompagnent 8i

XMI. 1. De la nature des sensations. — II. Qu'on les connaît mieux qu'on ne croit. — III. Objection et réponse. — IV. Pourquoi Ton s'imagine ne rien connaître de ses sensations. — V. Qu'on se trompe de croire que tous les hommes ont les mêmes sensations des mêmes objets. — VI. Objection et l'éponse. 87

XIV. I, Des faux jugements qui accompagnent nos sensations, et que nous confondons avec elles. — II. Raisons de ces faux jugements. — 111. Que l'erreur ne se trouve point dans nos sensations , mais seulement dans ces jugements. ... 96

XV. Explication des erreurs particulières de la vue , pour servir

d'exemple des erreurs générales de nos sens 101

XVI. 1. Que les erreurs de nos sens nous servent de principes gé-

néraux et fort féconds pour tirer de fausses conclusions , lesquelles servent de principes à leur tour. — II. Origine des différences essentielles. — lll. Des formes substantielles. — IV. De quelques autres erreurs de la philosophie de l'école 105

XVIl. I. Autre exemple tiré de la morale, lequel fait voir que nos sens ne nous offrent que dé faux biens. — II. Qu'il n'y a que Dieu qui soit notre bien. — III. Origine des erreurs des épicuriens et des stoïciens 107

XVHl. I. Que nos sens nous portent à l'erreur en des choses même qui ne sont point sensibles. — II. Exemple tiré de la conversation des hommes. — lll. Qu'il ne faut point s'arrêter aux

manières sensibles 110

XIX Deux autres exemples. — 1. Le premier, de nos erreurs touchant la nature des corps. — II. Le second , de celles qui

regardent les qualités de ces mêmes corps i l

XX. Conclusion de ce premier livre. — I. Que nos sens ne nous sont donnés que pour notre corps. — U. Qu'il faut douter de ce qu'ils nous rapportent. — lll. Que ce n'est pas peu de douter comme il faut li''

CABLE

LIVRR DEUXIÈME.

DR l'imagination. — PRRMIBRK PARTIE.

Chap. 1. I. Idée générale de l'imagination. — II. Qu'elle renferme deux facultés, Tune active et l'autre passive. — Ul. Cause générale des changements qui arrivent à l'imagination des hommes, et le fondement de ce second livre. .... 118

II. I. Des esprits animaux , et des changements auxquels ils sont

sujets en général. — II. Que le chyle va au cœur, et qu'il apporte du changement dans les esprits. — III. Que le vin en fait autant 122

III. Que l'air qu'on respire cause aussi quelque changement dans

les esprits 12b

iY. l. Du changement des esprits causé par les nerfs qui vont au cœur et aux poumons. — IL De celui qui est cai'^é par les nerfs qui vont au foie , à la rate , et dans les viscères. ~ III. Que tout cela se fait contre notre volonté , mais

que cela ne se peut faire sans une providence 127

V. I. De la liaison des idées de l'esprit avec les traces du cerveau. — II. De la liaison réciproque qui est entre ces traces- — III. De la mémoire. — IV. Des habitudes. . . . 133 VI. I. Que les fibres du cerveau ne sont pas sujettes à des changements si prompts que les esprits. — IL Trois différents

changements dans les trois différents âges lAo

VIL L De la communication qui est entre le cerveau d'une mère

et celui de son enfant. — IL De la communication qui est entre notre cerveau et les autres parties de notre corps , laquelle nous porte à l'imitation et à la compassion. — III. Explication de la génération des enfants monstrueux , et de la propagation des espèces. — ÏV. Explication de quelques dérèglements d'esprit et de quelques inclinations de la volonté. — V. De la concupiscence et du péché origi-

nel. — VI. Objections et réponses 146

Vlll. I. Changements qui arrivent à l'imagination d'un enfant qui sort du sein de sa mère , par la conversation qu'il a avec sa nourrice , sa mère , et d'autres personnes. — IL Avis pour les bien élever l64

DEUXIÈIMB PARTIE.

Chap. I. I. Dl l'imagination des femmes. — IL De celle des hommes. —

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