POUR SOUTENIR
ce qu'il y v de ldi dans le journal des savants du 18 juin 1691
Pour prouver que la nature du corps ne consiste pas dans l'étendue, je m'étais servi d'un argument expliqué dans le Journal des Savants du 18 juin IG92, dont le fondement est qu'on ne saurait rendre raison par la seule étendue de l'inertie naturelle des corps, c'est-à-dire de ce qui fait que la matière résiste au mouvement, ou bien de ce qui fait qu'un corps qui se meut déjà ne saurait emporter avec soi un autre qui repose sans en être retardé. Car l'étendue en elle-même étant indifférente au mouvement et au repos, rien ne devrait empêcher les deux corps d'aller de compagnie avec toute la vitesse du premier, qu'il tâche d'imprimer au second. A cela on répond dans le Journal du 16 juillet de la même année (comme je n'ai appris que depuis peu) qu'effectivement le corps doit être indifférent au mouvement et au repos, supposé que son essence consiste à être seulement étendu; mais que néanmoins un corps qui va pousser un autre corps en doit être retardé (non pas à cause de I étendue, mais à cause de la force), parce que la même force qui était appliquée a un des corps est maintenant appliquée à tous les deux. Or, la force qui meut un des corps avec une certaine vitesse doit mouvoir les deux ensemble avec moins de vitesse. C'est comme si l'on disait, en antres termes, que le corps, s'il consiste dans retendue, doit être indifférent au mouvement; mais qu'effectivement n \ étant pas indifférent , puisqu'il résiste à ce qui lui en doit donner,
EXTRAIT D'UNE LETTRE. i.M
il faut, outre la notion de l'étendue, employer celle de la force. Ainsi, cette réponse m'accorde justement ce que je veux. Et en effet, ceux qui sont pour le système des causes occasionnelles se sont déjà fort bien aperçus que la force et les lois du mouvement qui en dépendent ne peuvent être tirées de la seule étendue. Et comme ils ont pris pour accordé qu'il n'y a que de l'étendue, ils ont été obligés de lui refuser la force et l'action et d'avoir recours à la cause générale, qui est la pure volonté et action de Dieu. En quoi l'on peut dire qu'ils ont très-bien raisonné exhypothesi. Mais l'hypothèse n'a pas encore été démontrée; et comme la conclusion paraît peu convenable en physique, il y a plus d'apparence de dire qu'il y a du défaut dans l'hypothèse (qui d'ailleurs souffre bien d'autres difficultés) et qu'on doit reconnaître dans la matière quelque chose de plus que ce qui consiste dans le seul rapport à l'étendue, laquelle, tout comme l'espace, est incapable d'action et de résistance, qui n'appartiennent qu'aux substances. Ceux qui veulent que l'étendue même soit une substance, renversent l'ordre des paroles aussi bien que des pensées. Outre l'étendue, il faut avoir un sujet qui soit étendu, c'est-à-dire une substance à laquelle il appartienne d'être répétée ou continuée. Car l'étendue ne signifie qu'une répétition ou multiplicité continuée de ce qui est répandu ; une pluralité, continuité et coexistence îles parties; et par conséquent elle ne suffit point pour expliquer la nature même de la substance répandue ou répétée, dont la notion est antérieure à celle de sa répétition.