SUR UNE RÉFORME DE LA PHILOSOPHIE PREMIÈRE
veloppement de laquelle je destine une science spéciale, la dynamique, jette le plus grand jour sur la notion de substance. La force active ou agissante n'est pas la puissance nue de l'école; il ne faut pas l'entendre en effet, ainsi que les scolastiques, comme une simple faculté ou possibilité d'agir, qui, pour être effectuée ou réduite à l'acte, aurait besoin d'une excitation venue du dehors, et comme d'un stimulus étranger. La véritable force active renferme l'action en elle-même; elle est entéléchie, pouvoir moyen entre la simple faculté d'agir et l'acte déterminé ou effectué; elle contient et enveloppe l'effort; elle se détermine d'elle-même à l'action, et n'a pas besoin d'y être aidée, mais seulement de n'être pas empêchée. L'exemple d'un poids qui tend la corde à laquelle il est suspendu, ou celui d'un arc tendu, peut éclaircir cette notion. En effet, bien que la gravité ou la force d'élasticité puissent et doivent être expliquées mécaniquement par le mouvement de l'élher, néanmoins la dernière raison du mouvement dans la matière est la force déposée dans la création, mise en chaque corps, mais limitée et empêchée diversement dans la nature par le conflit des corps. Et cette puissance d'agir, je dis qu'elle est dans toute substance, et qu'il en naît toujours quelque action; au point que ni la substance spirituelle, ni même la substance corporelle, ne cesse jamais d'agir; et c'est ce que ne paraissent pas avoir assez compris ceux qui ont fait consister l'essence des corps ou dans la seule extension ou même dans l'impénétrabilité, et qui se sont imaginé que le corps est dans un repos parfait. 11 paraîtra par nos méditations que la substance créée ne reçoit pas d'une autre substance créée la puissance même d'agir, mais seulement une limitation et détermination de son propre effort préexistant et de sa vertu active. Je ne parle pas ici des antres avantages qu'on y trouvera pour la solution de ce difficile problème de l'action mutuelle des substances.