Lettres entre Leibniz et Clarke, p. 765 et passim
xxxiv INTRODUCTION.
nance : il allègue encore la diversité, reconnue par l'expérience, entre les choses sensibles ; et la conscience de notre individualité n'est-elle pas, en faveur de ce principe, une autre présomption plus décisive, mais mal démêlée par Leibniz? La volonté est ce qui nous constitue; elle fait de chaque homme une personne, une personne distincte et discernable qui s'oppose tout ce qui n'est pas elle, à qui appartiennent en propre tous ses actes, et qui par eux ne se confond avec, rien d'autre. Là est peut-être, à l'insu de Leibniz lui-même, la véritable racine de son principe.
Au milieu des monades infinies en nombre qui forment cet univers infini, est l'homme placé entre Dieu et la nature. L'homme se connaît, et directement il ne connaît que lui; mais ce petit monde où il est enfermé et qu'il constitue à lui seul, est le miroir de l'univers et le grand monde en abrégé. Tout ce qu'il conçoit en dehors et au delà de lui-même, il le conçoit d'après lui par la vertu et sous la direction des principes innés, dont la logique lui sert à exprimer les infaillibles conséquences. Donc, et pour le redire encore, la nature humaine, manifestée à l'homme par la conscience, est comme la matière dont il construit le monde. Débuter par elle, ce n'est pas suivre l'ordre réel des choses, qui commence à Dieu d'où tout émane; ce n'est pas non plus reproduire l'ordre habituel des expositions de Leibniz, qui a coutume de s'élever graduellement de la nature à l'homme et à Dieu; mais c'est prendre le vrai point de départ du système, et allumer le phare qui en éclaire tout l'horizon.
« J'existe, dit Leibniz ', est une des énonciations premières con- » nues au moins dans l'ordre naturel de nos connaissances. » Et ailleurs : « .le connais sans preuves par la simple peireplion ou » expérience, que les choses dont j'ai conscience en moi-même >< existent, c'est-à-dire d'une part que j'ai des pensées diverses, » ensuite que les divers phénomènes ou apparences qui sont dans » ma pensée existent. » Bien entendu que cette existence, connue sans (neuves, qui n'est qu'une vérité de fait, mais la première de toutes, est l'existence de l'àme. Leibniz esl el reste cartésien sur ce point. L'immédiate distinction de l'âme et du corps est, dans cette école