AVANT-PROPOS
gne de son sentiment, quand je juge nécessaire d'empêcher que sou
autorité ne prévaille sur la raison en quelques points de conséquence. En effet, quoique l'auteur de Y Essai dise mille belles choses que j'applaudis, nos systèmes diffèrent beaucoup. Le sien a plus de rapport à Aristote, et le mien à Platon, quoique nous nous éloignions en bien des choses l'un et l'autre de la doctrine de ces deux anciens. 11 est plus populaire, et moi je suis forcé quelquefois d'être un peu plus acroamalique et plus abstrait ; ce qui n'est pas un avantage à moi, surtout écrivant dans une langue vivante. Je crois cependant qu'en faisant parler deux personnes, dont l'une expose les sentiments tirés de YEssaiàe cet auteur, et l'autre y joint mes observations, le parallèle sera plus au gré du lecteur que ne le seraient des remarques toutes sèches dont la lecture aurait été interrompue à tout moment par la nécessité de recourir à son livre pour entendre le mien. 11 sera bon de confronter encore quelquefois nos écrits et de ne juger de ses sentiments que par son propre ouvrage, quoique j'en aie conservé ordinairement les expressions. Il est vrai que la sujétion (pie donne le discours d autrui, dont on doit suivre le fil en faisant des remarques . a fait que je n'ai pu songer à attraper les agréments dont le dialogue est susceptible ; mais j'espère que la matière réparera le défaut de la façon.
Nos différends sont sur des objets de quelque importance. Il s'agit de savoir si lame en elle-même est vide entièrement comme des tablettes ou l'on n'a encore rien écrit {tabula rasa), selon Aristote et l'auteur de l'Essai, et si tout ce qui y est tracé vient uniquement des sens et de l'expérience, ou si l'âme contient originairement les principes de plusieurs notions et doctrines que les objets externes réveillent seulement dans les occasions, comme je le crois avec Platon et même avec l'école, et avec tous ceux qui prennent dans celte signification le passage de saint Paul (Rom. Il, !•"> , où il marque que la loi de Dieu est écrite dans lés cœurs. Les stoïciens appelaient ces principes notions communes, prolepses^ c'est-à-dire des assomptions fondamentales, ou ce qu'on prend pour accordé par avance. Les mathématiciens les appellent cotions communes (fcoivà; àwoîz?). Les philosophes modernes leur donnent d'autres beaux noms, et .Iules Sealiger particulièrement les nommait seminà œïefnitàiis ; item Zopyra, comme voulant dire des feux vivants, des traits huni-