‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 27 sur 117 · I! \\ \M - PROPOS · texte numérisé non relu

I! \\ \M - PROPOS

On sent assez, en faisant tant soit peu de réflexion-; que cela est raisonnable, et qu'un saut d'un état a un autre infiniment différent ne saurait être naturel. Je m'étonne qu'en quittant la nature sans sujet, les écoles aient voulu s'enfoncer exprès dans des diiiicultés très-grandes , et fournir matière aux triomphes apparents des esprits forts, dont toutes les raisons tombent tout d'un coup par cette explication des choses, ou il n'y a pas plus de difficulté à concevoir la conservation des âmes ou plutôt, selon moi, de I animal; que celle qu'il y a dans le changement de la chenille en papillon, et dan? la conservation de la pensée dans le sommeil, auquel Jésus-Christ a divinement bien comparé la mort. Aussi ai-je déjà dit qu'aucun sommeil ne saurait durer toujours; et il durera moins ou presque point du tout aux âmes raisonnables, qui sont toujours destinées à conserver la souvenance et le personnage qui leur a été donné dans la cité de Dieu, et cela, pour être mieux susceptibles des récompenses et des châtiments. J'ajoute encore qu'en général aucun dérangement des organes visibles n'est capable de porter les choses à une entière confusion dans ranimai, ou de détruire tous les organes, et priver l'âme de tout son corps organique et des restes ineffaçables de toutes les traces précédentes. Mais la facilité qu'on a eue de quitter l'ancienne doctrine des corps subtils, joints aux anges (qu'on confondait avec la corporalilé des anges même ., et 1 introduction de prétendues intelligences séparées dans les créatures (à quoi, celles qui font rouler les deux d'Aristole ont contribué beaucoup), et enfin l'opinion mal entendue, ou l'on a été, qu on ne pouvait conserver les âmes dc> bêtes sans tomber dans la métempsycose, ont fait, à mon avis, qu'on a négligé la manière naturelle d'expliquer la conservation de rame. Ce qui a fait bien du tort à la religion naturelle, et a fait croire à plusieurs que notre immortalité n'était qu'une grâce miraculeuse de Dieu, dont encore notre célèbre auteur parle avec quelque doute, comme je dirai tantôt. Mais il serait à souhaiter (pie tous ceux qui sont de ce sentiment en eussent parlé aus-i sagement et d'aussi bonne foi que lui; car il est a craindre que plusieurs, qui parlent de l'immortalité par grâce, ne le font que pour sauver les apparences, et approchent dans le fond de ces averroïstes el de quelques mauvais quiétistes, qui s'imagihenl une

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absorption et réunion de lame à l'océan de la Divinité, notion dont peut-être mon système seul fait bien voir l'impossibilité.

Il semble aussi que nous différons encore par rapport a la matière. en ce que l'auteur juge que le vide est nécessaire pour le mouvement, parte qu'il croit que les petites parties de la matière sontroides. J'avoue que >i la matière était composée de telles paries, le mouvement dans le plein serait impossible, comme si une chambre était pleine d'une quantité de petits cailloux, sans qu'il \ eût la moindre place vide. -Mais on n'accorde point celte mi; , ■ tion. dont il ne parait pas aussi qu'il y ait aucune raison : quoique cet habile auteur aille jusqu'à croire que la roideur ou la cohésion de? petites parties fait L'essence du corps* 11 faut plutôt concevoir i espace comme plein d'une matière originairement fluide, susceptible de toutes les divisions, et assujettie même actuellement à d divisions et subdivisions à l'infini; mais avec cette différence pourtant, qu'elle est divisible et divisée inégalement en différents endroits, a cause des mouvements qui j sont déjà plus ou moins conspirant?: ce qui l'ait qu'elle a partout un degré de raideur aussi bien que de Quidité, et qu'il n'y a aucun corps qui suit dur ou fluide au suprême degi é, c'est-à-dire qu'on n'y trouve aucun atome d'une dureté insurmontable, ni aucune masse entièrement indifférente a la division. Atis~i l'ordre de la nature, et particulièrement la loi de la continuité, détruit également l'un et l'autre.

J'ai fait voir aussi que la cokésion qui ne serait pas elle-même l'effet de l'impulsion ou du mouvement causerait une (nul Uni. prise a la rigueur. Car s il \ avait un corps originairement roide . par exemple, un atome d'Épicure , qui aurait une partie avaucée on forme de crochet puisqu'on peut se figurer des atomes de toute sorte de figures . ce crochet poussé tirerait avec lui le reste de cd atome, c'est-à-dire la partie qu'on ne pousse point, et qui ne tombe point dans la ligne de l'impulsion. Cependant notre habile auteur est lui-même contre ces tractions philosophiques, telles qu'on U attribuait autrefois à la crainte du vide: et il les réduit aux impulsions, soutenant avec les modernes qu'une partie de la matière n'opère immédiatement sur l'autre qu'en la poussant de près; en quoi je crois qu'ils ont raison, parce qu'autrement il n'y a rien d'intelligible dans l'opération.

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Il faut pourtant que je ne dissimule point d'avoir remarqué une manière de rétractation de notre excellent auteur sur ce sujet, et je ne saurais m'empècher de louer en cela sa modeste sincérité, autant que j'ai admiré son génie pénétrant en d'autres occasions. C'est dans la réponse à la seconde lettre de feu Mgr l'évêque do Woreesler, imprimée en 1699, p. 108 , où, pour justifier le sentiment qu'il avait soutenu contre ce savant prélat, savoir, que la matière pourrait penser, il dit entre autres choses : « J'avoue que » j'ai dit (livre 2 de l'Essai concernant l'entendement, ch. 8 , § 11) » que le corps opère par impulsion et non autrement. Aussi était-ce » mon sentiment quand je l'écrivis; et encore présentement je ne » saurais concevoir une autre manière d'agir. Mais depuis j'ai été «convaincu par le livre incomparable du judicieux M. Ntivlofl, » qu'il y a trop de présomption de vouloir limiter la puissance de » Dieu par nos conceptions bornées. La gravitation de la matière » vers la matière par des voies qui me sont inconcevables, est non- » seulement une démonstration que Dieu peut, quand bon lui semble, » mettre dans les corps des puissances et manières d'agir qui sont » au-dessus de ce qui peut être dérivé de noire idée du corps, ou » expliqué par ce que nous connaissons de la matière; mais c'est » encore une instance incontestable qu'il l'a fait effectivement. C'est » pourquoi j'aurai soin que dans la prochaine édition de mon livre » ce passage soit redressé. » Je trouve que dans la version française de ce livre, faite sans doute sur les dernières éditions, on l'a mis ainsi dans ce £ Il : « Il est visible, au moins autant que nous » pouvons le concevoir, que c'est par impulsion, et non autrement, » (pie les corps agissent les uns sur les autres; car il nous est ini- » possible de comprendre que le corps puisse agir sur ce qu'il ne » touche pas, ce qui est autant, que d'imaginer qu'il puisse agir où » il n'est pas. »

Je ne puis que louer celte piété modeste de notre célèbre auteur, q\ii reconnaît que Dieu peut faire au delà de ce que nous pouvons entendre, et qu'ainsi il peut y avoir des mystères inconcevables dans les articles de la foi; mais je ne voudrais pas qu'on fût obligé de recourir aux miracles dans le cours ordinaire de la nature, et d'admettre des puissances et opérations absolument inexplicables. Autrement, a la faveur de ce que Dieu peut faire, on

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