‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 34 sur 117 · Mais ce qui est bien pis, ce consentement universel ne se · texte numérisé non relu

Mais ce qui est bien pis, ce consentement universel ne se

trouve guère, non pas môme par rapport à ces deux célèbres principes spéculatifs (car nous parlerons par après de ceux de pratique) , (pie tout ce qui est est; et qu'il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps : car il y a une grande partie du genre humain à qui ces deux propositions, qui passeront sans doute pour vérités nécessaires et pour des axiomes chez vous, ne sont pas même connues.

Théophile. Je ne fonde pas la certitude des principes innés sur le consentement universel; car je vous ai déjà dit. Philalèthe, que

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mon avis est qu'on doit, travailler à pouvoir démontrer tous les axiomes qui ne sont point primitifs. Je vous accorde aussi qu'un consentement fort général , mais qui n'est pas universel, peut venir d'une tradition répandue par tout le genre humain, comme l'usage de la fumée du tabac a été reçu presque par tous les peuples en moins d'un siècle, quoiqu'on ait trouvé quelques insulaires qui, ne connaissant pas même le feu , n'avaient garde de fumer. C'est ainsi que quelques habiles gens , même parmi les théologiens, mais du parti d'Arminius, ont cru que la connaissance de la Divinité venait d'une tradition très-ancienne et fort générale; et je veux croire, en effet , que l'enseignement a confirmé et rectifié cette connaissance. 11 parait pourtant que la nature a contribué à y mener sans la doctrine ; les merveilles de l'univers ont fait penser à un pouvoir supérieur. On a vu un enfant né sourd et muet marquer de la vénération pour la pleine lune, et l'on a trouvé des nations qu'on ne voyait pas avoir appris autre chose, et d'autres peuples craindre des puissances invisibles. Je vous avoue, mon cher Philalèthe, que ce n'est pas encore l'idée de Dieu, telle que nous avons et que nous demandons ; mais cette idée même ne laisse pas d'être dans le fond de nos âmes, sans y être mise, comme nous verrons. Et les lois éternelles de Dieu y sont en partie gravées d'une manière encore plus lisible et par une espèce d'instinct. Mais ce sont des principes de pratique, dont nous aurons aussi occasion de parler. Il faut avouer cependant, que le penchant que nous avons à reconnaître l'idée de Dieu est dans la nature humaine. Et quand on en attribuerait le premier enseignement à la révélation , toujours la facilité que les hommes ont témoignée à recevoir cette doctrine vient du naturel de leurs âmes. Mais nous jugerons dans la suite , que la doctrine externe ne fait qu'exciter ici ce qui est en nous. Je conclus qu'un consentement assez général parmi les hommes est un indice et non pas une démonstration d'un principe inné, mais que la preuve exacte et décisive de ces principes consiste à faire voir que leur certitude ne vient que de ce qui est en nous. Pour répondre encore a ce que vous dites contre l'approbation générale qu'on donne aux deux grands principes spéculatifs, qui sont pourtant des mieux établis, je puis vous dire que, quand même ils ne seraient pas connus, ils ne laisseraient pas d'être innés, parce qu'on les reconnaît dès qu'on les a entendus. Mais j'ajouterai encore que, dans le fond, tout le monde les connaît et qu'on se sert à tout moment du principe de contradiction, par exemple, sans le regarder distinctement. Il n'y a point de barbare qui, dans une affaire qu'il tro:i\e sérieuse, ne soit choqué de la conduite d'un menteur qui se con-

trédit. Ainsi on emploie ces maximes sans les envisager expressément. Et c'est à peu près comme on a virtuellement dans l'esprit les propositions supprimées dans les enthymèmes, qu'on laisse ù l'écart, non-seulement au dehors, mais encore dans notre pensée.

§ 5. Philalèïhe. Ce que vous dites de ces connaissances virtuelles et de ces suppressions intérieures me surprend ; car de dire qu'il y a des vérités imprimées dans l'âme qu'elle n'aperçoit point, c'est, ce me semble, une véritable contradiction.

Théophile. Si vous êtes clans ce préjugé, je ne m'étonne pas que vous rejetiez les connaissances innées. Mais je suis étonné comment il ne vous est pas venu dans la pensée que nous avons une infinité de connaissances dont nous ne nous apercevons pas toujours , pas môme lorsque nous en avons besoin ; c'est à la mémoire de les garder et à la réminiscence de nous les représenter, comme elle fait souvent au besoin, mais non pas toujours. Cela s'appelle fort bien souvenir (subvenire) , car la réminiscence demande quelque aide. Et il faut bien que dans cette multitude de nos connaissances nous soyons déterminés par quelque chose à renouveler l'une plutôt que l'autre, puisqu'il est impossible de penser distinctement tout à la fois à tout ce que nous savons.

Philalèthe. En cela je crois que vous avez raison ; et cette affirmation trop générale, que nous nous apercevons toujours de toutes les vérités qui so?it dans notre âme , m'est échappée sans que j'y aie donné assez d'attention. Mais vous aurez un peu plus de peine à répondre à ce que je m'en vais vous représenter. C'est que si on peut dire de quelque proposition en particulier qu'elle est innée, on pourra soutenir par la môme raison que toutes les propositions qui sont raisonnables, et que l'esprit pourra jamais regarder comme telles, sont déjà imprimées dans l'âme.

Théophile. Je vous l'accorde à l'égard des idées pures, que j'oppose aux fantômes des sens; et à l'égard des vérités nécessaires ou de raison , que j'oppose aux vérités de fait. Dans ce sens on doit dire que loule l'arithmétique et toute la géométrie sont innées et sont en nous d'une manière virtuelle, en sorte qu'on les y peut trouver en considérant attentivement et rangeant ce qu'on a déjà dans l'esprit, sans se servir d'aucune vérité apprise par l'expérience ou par la tradition d'autrui, comme Platon l'a montré dans un dialogue où il introduit Socrate menant un cnfanl à des vérités abstruses par les seules interrogations, sans lui rien apprendre, On peut donc se former ces sciences dans son cabinet et mémo à yeux clos, sans apprendre par la vue ni môme par l'attouchement les vérités dont on a besoin: quoiqu'il soit vrai qu'on n'envisagerait

pas les idées dont il s'agit, si l'on n'avait jamais rien vu ni touché. Car c'est par une admirable économie de la nature que nous ne saurions avoir des pensées abstraites qui n'aient point besoin de quelque chose de sensible, quand ce ne serait que des caractères tels que sont les figures des lettres et les sons ; quoiqu'il n'y ait aucune connexion nécessaire entre tels caractères arbitraires et telles pensées. Et si les traces sensibles n'étaient point requises , l'harmonie préétablie entre l'âme et le corps, dont j'aurai occasion de vous entretenir plus amplement, n'aurait point lieu. Mais cela n'empêche point que l'esprit ne prenne les vérités nécessaires de chez soi. On voit aussi quelquefois combien il peut aller loin sans aucun aide, par une logique et arithmétique purement naturelles ; comme ce garçon suédois qui , cultivant la sienne, va jusqu'à faire de grands calculs sur-le-champ dans sa tète, sans a\oir appris la manière vulgaire de compter ni même à lire et à écrire, si je me souviens bien de ce qu'on m'en a raconté. 11 est vrai qu'il ne peut pas venir à bout des problèmes à rebours, tels que ceux qui demandent les extractions des racines. Mais cela n'empêche point qu'il n'eu! pu encore les tirer de son fonds par quelque nouveau tour d'esprit. Ainsi cela prouve seulement qu'il y a des degrés dans la difficulté qu'on a de s'apercevoir de ce qui est en nous. Il y a des principes innés qui sont communs et fort aisés à tous; il y a des théorèmes qu'on découvre aussi d'abord et qui composent des sciences naturelles, qui sont plus étendues dans l'un que dans l'autre. Enfin dans un sens plus ample , qu'il est bon d'employer pour avoir des notions plus compréhensibles et plus déterminées , toutes les vérités qu'on peut tirer des connaissances innées primitives se peuvent encore appeler innées, parce que l'esprit les peut tirer de son propre fonds, quoique souvent ce ne soit pas une chose aisée. Mais si quelqu'un donne un autre sens aux paroles, je ne veux point disputer des mots.

Philalèthe. Je vous ai accordé qu'on peut avoir dans l'âme ce qu'on n'y aperçoit pas, car on ne se souvient pas toujours à point nommé de tout ce que l'on sait; mais il faut toujours qu'on l'ait appris, et qu'on l'ait connu autrefois expressément. Ainsi, si on peut dire qu'une chose est dans l'âme, quoique l'âme ne l'ait pas encore connue, ce ne peut être qu'à cause qu'elle a la capacité ou faculté de la connaître.

Théophile, Pourquoi cela ne pourrail-il avoir encore une autre cause, telle que serait celle-ci , (pie l'âme peut avoir cette chose en elle sans qu'on s'en soit aperçu"? car puisqu'une connaissance acquise y peut être cachée par la mémoire, comme vous on conve-

nez, pourquoi la nature ne pourrait-elle pas y avoir aussi caché quelque connaissance originale? Faut-il que tout ce qui est naturel à une substance qui se connaît, s'y connaisse d'abord actuellement? Une substance telle que notre âme ne peut et ne doit-elle pas avoir plusieurs propriétés et affections qu'il est impossible d'envisager tout d'abord et tout à la fois? C'était l'opinion des Platoniciensque toutes nos connaissances étaient des réminiscences, et qu'ainsi les vérités que l'âme a apportées avec la naissance de l'homme , et 'qu'on appelle innées , doivent être des restes d'une connaissance expresse antérieure. Mais cette opinion n'a nul fondement, et il est aisé déjuger que l'âme devait déjà avoir des connaissances innées dans l'état précédent (si la préexistence avait lieu), quelque reculé qu'il pût être, tout comme ici : elles devraient donc aussi venir d'un autre état précédent, où elles seraient enfin innées ou au moins concréées; ou bien il faudrait aller à l'infini et faire les âmes éternelles, auquel cas ces connaissances seraient innées en effet, parce qu'elles n'auraient jamais de commencement dans lame; et si quelqu'un prétendait que chaque état antérieur a eu quelque chose d'un autre plus antérieur qu'il n'a point laissé aux suivants, on lui répondrait qu'il est manifeste que certaines vérités évidentes devraient avoir été de tous ces états; et de quelque manière qu'on se prenne , il est toujours clair dans tous les états de l'âme , que les vérités nécessaires sont innées et se prouvent par ce qui est interne , ne pouvant point être établies par les expériences, comme on établit par là les vérités de fait. Pourquoi faudrait-il aussi qu'on ne put rien posséder dans l'âme dont on ne se fût jamais servi? Avoir une chose sans s'en servir, est-ce la même chose que d'avoir seulement la faculté de l'acquérir? si cela était, nous ne posséderions jamais que des choses dont nous jouissons : au lieu qu'on sait, qu'outre la faculté et l'objet, il faut souvent quelque disposition dans la faculté ou dans l'objet ou dans tous les deux, pour que la faculté s'exerce sur l'objet.

philalèthe. A le prendre de cette manière-là, on pourra dire qu'il y a des vérités gravées dans l'âme que l'âme n'a pourtant jamais connues, et que même elle ne connaîtra jamais ; ce qui nie paraît étrange.

Théophile. Je n'y vois aucune absurdité, quoique aussi on ne puisse point assurer qu'il y ait de telles vérités. Car des choses plus relevées que celles que nous pouvons connaître dans ce présent cours de vie se peuvent développer un jour dans nos âmes, quand elles seront dans un autre état.

philalèthe. Mais supposé qu'il y ait des vérités qui puissent

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être imprimées dans l'entendement sans qu'il les aperçoive, je ne vois pas comment,, par rapport à leur origine, elles peuvent différer des vérités qu'il est seulement capable de connaître.

Théophile. L'esprit n'est pas seulement capable de les connaître, mais encore de les trouver en soi; et s'il n'avait (pie la simple capacité de recevoir les connaissances ou la puissance passive pour cela, aussi indéterminée que celle qu'a la cire de recevoir des figures et la table rase de recevoir des lettres, il ne serait pas la source des vérités nécessaires, comme je viens de montrer qu'il l'est : car il est incontestable que les sens ne suffisent pas pour en faire voir la nécessité, et qu'ainsi l'esprit a une disposition (tant active que passive) pour les tirer lui-même de son fonds, quoique les sens soient nécessaires pour lui donner de l'occasion et de l'attention pour cela et pour le porter plutôt aux unes qu'aux autres. Vous voyez donc, monsieur, que ces personnes très-habiles d'ailleurs qui sont d'un autre sentiment, paraissent n'avoir pas assez médité sur les suites de la différence qu'il y a entre les vérités nécessaires ou éternelles et entre les vérités d'expérience, comme je l'ai déjà remarqué, et comme toute notre contestation le montre. La preuve originaire des vérités nécessaires vient du seul entendement, et les autres vérités viennent des expériences ou des observations des sens. Notre esprit est capable de connaître les unes et les autres, mais il est la source des premières; et quelque nombre d'expériences particulières qu'on puisse avoir d'une vérité universelle, on ne saurait s'en assurer pour toujours, par l'induction, sans en connaître la nécessité par la raison.

philalèthe. Mais n'est-il pas vrai que si ces mots, être dans l'entendement, emportent quelque chose de positif, ils signifient être aperçu et compris par l'entendement ?

Théophile. Ils nous signifient tout autre chose : c'est assez que ce qui est dans l'entendement y puisse être trouvé et que les sources ou preuves originaires des vérités dont il s'agit ne soient que dans l'entendement : les sens peuvent insinuer, justifier et confirmer ces vérités, mais non pas en démontrer la certitude immanquable et perpétuelle.

>j II. PhIlalèthe. Cependant tous ceux qui voudront prendre la peine de réfléchir avec un peu d'attention sur les opérations de l'entendement trouveront que ce consentement que l'esprit donne sans peine à certaines vérités dépend de la faculté de l'esprit humain.

Théophile. Fort bien, mais c'est ce rapport particulier de l'esprit humain à ces vérités qui rend l'exercice de la faculté aisé et nn-

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turclà leur égard, el qui fait qu'on les appelle innées. Ce n'est donc pas une faculté nue qui consiste dans la seule possibilité de les entendre : c'est une disposition, une aptitude, une préformation qui détermine notre Ame et qui fait qu'elles en peuvent être tirées; tout comme il y a de la différence entre les figures qu'on donne à la pierre ou au marbre indifféremment, et entre celles que ses veines marquent déjà ou sont disposées à marquer si l'ouvrier en profite.

PniLALÈTiiE. Mais n'est-il point vrai que les vérités sont postérieures aux idées dont elles naissent"? < >r les idées viennent des sens.

Théophile. Les idées intellectuelles, qui sont la source des vérités nécessaires, ne viennent point des sens , et vous reconnaissez qu'il y a des idées qui sont dues à la réflexion de l'esprit lorsqu'il réfléchit sur soi-même. Au reste, il est vrai que la connaissance expresse des vérités est postérieure (tempore vel natura) à la connaissance expresse des idées; comme la nature des vérités dépend de la nature des idées, avant qu'on forme expressément les unes et les autres, elles vérités où entrent les idées qui viennent des sens dépendent des sens, au moins en partie. Mais les idées qui viennent des sens sont confuses, et les vérités qui en dépendent le sont aussi, au moins en partie ; au lieu que les idées intellectuelles et les vérités qui en dépendent sont distinctes, et ni les unes ni les autres n'ont point leur origine des sens , quoiqu'il soit vrai que nous n'y penserions jamais sans les sens.

Philalèthe. Mais, selon vous, les nombres sont des idées intellectuelles, et cependant il se trouve que la difficulté y dépend de la formation expresse des idées; par exemple : un homme sait que ls et 19 sont égaux à 37, avec la même évidence qu'il sait que I et 2 sont égaux à 3; mais pourtant un enfant ne connaît pas la première proposition sitôt que la seconde, ce qui vient de ce qu'il n'a pas sitôt formé les idées que les mots.

Théophile. Je puis vous accorder que souvent la difficulté qu'il y a dans la formation expresse des vérités dépend de celle qu'il y a dans la formation expresse des idées. Cependant je crois que dans votre exemple il s'agit de se servir des idées déjà formées. Car ceux qui ont appris à compter jusqu'à 10 et la manière de passer plus avant par une certaine réplication de dizaines, entendent sans peine ce que c'est que IS, 19, 37, savoir: I, i OU 3 fois 10, avec S, ou 9, ou 7 : niais pour en tirer que 18 plus 19 fait 37 il faut bien plus d'attention que pour connaître que l plus un sont 3, ce qui dans le fond n'est que la définition de 3.

§ 10. Piiiiu.i-.THi:. Ce n'es! pas un privilège attaché aux nombres

Slli L'OTliM'LMIlVI itl\i\LV J.IV. I. 3i

ou aux idées que vous appelez intellectuelles de fournir des propositions auxquelles on acquiesce infailliblement dès qu'on les entend. On en rencontre aussi dans la physique et dans toutes les autres sciences, et le? sens mêmes en fournissent. Par exemple, cette proposition : Deux corps ne peinent pas être en un même lieu à la fois, est une vérité dont on n'est pas autrement persuadé que des maximes suivantes : « 11 est impossible qu'une chose soit et ne » soit pas en môme temps; le blanc n'e?t pas le rouge: le carré » n'est pas un cercle ; la couleur jaune n'est pas la douceur. »

Théophile. Il y a de la ditférence entre ces propositions. La première, qui prononce que la pénétration des corps est impossible, a besoin de preuve. Tous ceux qui croient des condensations et des raréfactions véritables et prises à la rigueur, comme les péripatéticiens et feu monsieur le chevalier Digby, la rejettent en effet ; sans parler des chrétiens, qui croient la plupart que le contraire, savoir, la pénétration des dimensions, est possible à Dieu. Mais les autres propositions sont identiques, ou peu s'en faut; et les identiques ou immédiates ne reçoivent point de preuve. Celles qui regardent ce que les sens fournissent, comme celle qui dit que la couleur jaune n'est pas la douceur, ne font qu'appliquer la maxime identique générale à des cas particuliers.

Philalèthe. Chaque proposition qui est composée de deux diilérentes idées dont lune est niée de l'autre, par exemple, que le carré n'est pas un cercle, qu'être jaune n'est pas être doux, sera aussi certainement reçue comme indubitable, dus qu'on en comprendra les termes, que cette maxime générale : 77 est impossible qu'une chose suit et ne soit pas en même temps.

Théophile. C'est que l'une savoir, la maxime générale) est ie principe, et l'autre (c'est-à-dire la négation d'une idée d'une autre opposée) en est l'application.

Philalèthe. 11 me semble plutôt que la maxime dépend de cette négation, qui en est le fondement : et qu'il est encore plus aisé d'entendre que ce qui est lu même chose n'est pas différent, que la maxime qui rejette les contradictions. Or, à ce compte, il faudra qu'on reçoive pour vérités innées un nombre infini de propositions de cette espèce qui nient une idée de l'autre, sans parler des autres vérités. Ajoutez à cela qu'une proposition ne pouvant être innée, à moins que les idées dont elle est composée ne le soient. il faudra supposer que toutes les idées que nous avons des couleurs, des sons, des goûts, des figures, etc., sont innées.

Théophile. Je ne vois pas bien comment ceci : Ce qui est la même chose n'est pas différent, -"il l'origine du principe de cou-

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tradictioa et plus aisé ; car il me parait qu'on se donne plus de liberté en avançant qu'A n'est point B qu'en disant qu'A n'est point non A. Et la raison qui empêche A d'être B est que B enveloppe non A. Au reste cette proposition : Le doux ri est pas Vanter, n'est point innée, suivant le sens que nous avons donné à ce terme de vérité innée. Car les sentiments du doux et de l'amer viennent des sens externes. Ainsi c'est une conclusion mêlée (hybrida conclusio), où l'axiome est appliqué à une vérité sensible. Mais quant à cette proposition : Le carré n'est pas un cercle, on peut dire qu'elle est innée; car, en l'envisageant, on fait une subsoinption ou application du principe de contradiction à ce que l'entendement fournil lui -même dès qu'on s'aperçoit que ces idées, qui sont innées, renferment des notions incompatibles.

§ 19. Philalèthe. Quand vous soutenez que ces propositions particulières et évidentes par elles-mêmes, dont on reconnaît la vérité dès qu'on les entend prononcer (comme que le vert n'est pas le rouge) sont reçues comme des conséquences de ces autres propositions plus générales, qu'on regarde comme autant de principes innés; il semble que vous ne considérez point, monsieur, que ces propositions particulières sont reçues comme des vérités indubitables de ceux qui n'ont aucune connaissance de ces maximes plus générales.

Théophile. J'ai déjà répondu à cela ci-dessus : on se fonde silices maximes générales, comme on se fonde sur les majeures qu'on supprime lorsqu'on raisonne par enthymèmes: car quoique bien souvent on ne pense pas distinctement en raisonnant, non plus qu'a ce qu'on fait en marchant et en sautant, il est toujours vrai que la force de la conclusion consiste en partie dans ce qu'on supprime et ne saurait venir d'ailleurs, ce qu'on trouvera quand on voudra la justifier.

§ 20. Philalèthe. Mais il semble que les idées générales et abstraites sont plus éfrangères à notre esprit que les notions et les vérités particulières : donc ces vérités particulières seront plus naturelles à l'esprit que le principe de contradiction, dont vous voulez qu'elles ne soient (pie l'application.

Théophile. Il est vrai que nous commençons plutôt de nous apercevoir des vérités particulières, comme nous commençons par les idées plus composées et plus grossières : mais cela n'empêche point que l'ordre de la nature ne commence par le plus simple, et que la raison des vérités plus particulières ne dépende des plus générales, dont elles ne sont que les exemples. Et quand on veut considérer ce qui est en nous virtuellement et avant toute aperception, on a raison de commencer par le plus simple. Car les pria-

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cipes généraux entrent dans nos pensées, dont ils font l'âme et la liaison. Ils y sont nécessaires comme les muscles et les tendons le sont pour marcher, quoiqu'on n'y pense point. L'esprit s'appuie sur ces principes à tous moments, mais il ne vient pas si aisément à les démêler et à se les représenter distinctement et séparément; parce que cela demande une grande attention à ce qu'il fait, et la plupart des gens peu accoutumés à méditer n'en ont guère. Les Chinois n'ont-ils pas comme nous des sons articulés ? et cependant s'étant attachés à une autre manière d'écrire, ils ne se sont pas encore avisés de faire un alphabet de ces sons. C'est ainsi qu'on possède bien des choses sans le savoir ?

§ 21 . Philalèthe. Si l'esprit asquiesce si promplement à certaines vérités, cela ne peut-il point venir de la considération même de la nature des choses, qui ne lui permet pas d'en juger autrement, plutôt que de ce que ces propositions sont gravées naturellement dans l'esprit?

Théophile. L'un et l'autre est vrai. La nature des choses et la nature de l'esprit y concourent. Et puisque vous opposez la considération de la chose à l'aperception de ce qui est gravé dans l'esprit, celte objection même fait voir, monsieur, que ceux dont vous prenez le parti n'entendent par les vérités innées que ce qu'on approuverait naturellement, comme par instinct et même sans le connaître que confusément. Il y en a de cette nature, et nous aurons sujet d'en parler; mais ce qu'on appelle la lumière naturelle suppose une connnaissance distincte, et bien souvent la considération de la nature des choses n'est autre chose que la connaissance de la nature de notre esprit et de ces idées innées, qu'on n'a point besoin de chercher au dehors. Ainsi j'appelle innées les vérités qui n'ont besoin que de cette considération pour être vériliées. J'ai déjà répondu, £ 5, à l'objection £22, qui voulait que lorsqu'on dit que les notions innées sont implicitement dans l'esprit, cela doit signifier seulement qu'il a la faculté de les connaître; car j'ai fait remarquer qu'outre cela il a la faculté de les trouver en soi et la disposition à les approuver quand il y pense comme il faut.

S 2. Philalèthe. Il semble donc que vous voulez, monsieur, que ceux à qui on propose ces maximes générales pour la première fois n'apprennent rien qui leur soit entièrement nouveau. Mais il est clair qu'ils apprennent premièrement les noms, et puis les vérités et même les idées dont ces vérités dépendent.

Théophile. 11 ne s'agit point ici des noms, qui sont arbitraires en quelque façon, au lieu que les idées et les vérités sont naturelles. Mais quant à ces idées et vérités, \ou: : ous attribuez, mon-

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