‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 4 sur 117 · V"\- Méditât, de cognit., déjà cité, et Nouv. Essais · texte numérisé non relu

V"\- Méditât, de cognit., déjà cité, et Nouv. Essais

INTRODUCTION. xi

et la spéculation rationnelle n'en saurait revêtir une autre plus, simple et mieux appropriée à sa nature.

Ainsi , clans l'entendement humain , des notions simples , primitives et adéquates; leur possibilité, c'est-à-dire leur vérité, démontrée à priori par le grand principe, lui-même indémontrable , de la contradiction : Le même ne peut pàS à la fois être et n'être p&s'; et pour tirer de ces vérités premières des connaissances infaillibles, la logique de l'école ou au-dessus d'elle, cette caractéristique universelle que Leibniz avait rêvée dans sa jeunesse et rêvait encore à la fin de sa vie ', voilà la source, sinon de toute vérité , au moins de toute vérité universelle, démonstrative et nécessaire. Dans cette imparfaite esquisse de la méthode de Leibniz, qui ne reconnaît les règles cartésiennes, élevées à une précision supérieure, avec le même dédain des sens et du réel , avec la même confiance dans l'entendement et dans ses intuitions pures.

Ce n'est pas tout : la logique, appuyée sur l'intuition, et réglée par le principe suprême de la contradiction, suffit bien à la découverte du vrai; mais toute seule, elle ne conduit pas au réel. Le vrai, c'est le possible, le réel, c'est Y actuel; celui-là est ce que Dieu pense éternellement; celui-ci est ce qu'il a créé, le monde qu'il a choisi entre tous les possibles pour l'amener à l'existence par le décret de sa volonté toute-puissante. Comment donc l'esprit humain démêlera-t-il entre les possibles qu'il conçoit, celui que Dieu a fait passer à l'acte? Encore par la raison, encore à la lumière d'un principe à priori qui domine, éclaire, et règle l'expérience, le principe de la raison suffisante, des causes finales, de la cuw-enance ou de l'ordre, toutes expressions équivalentes et qui toutes cachent, sous des formes diverses, la notion à priori de la

sagesse et de la bonté divines.

Dieu a choisi entre les possibles; et lequel a-t-il choisi? apparemment le meilleur, puisqu'il est sage et bon. Et quel est le meilleur? apparemment encore celui où il y a le plus d'ordre, d'harmonie, de perfection et de beauté. Que l'esprit de l'homme se pé-

1. Voy. De calculo philosophico ; — Fundamenta calculi ratiocinât ; et beaucoup d'autres opuscules relatifs au même objet.

xii INTRODUCTION.

nètre donc profondément de ce principe, que tout est bien, que tout est beau, que tout est régulier et ordonné; et puis, que cherchant entre les possibles, il essaie à démêler le meilleur, c'est-àdire celui où il y aura le plus de convenance, de simplicité féconde, et en un mot de beauté, et il aura, s'il y parvient, pénétré le secret de Dieu, pour qui l'ordre et la beauté , dont il nous a donné quelque sentiment , ne sont pas autres que pour nous. « On voit » par là comment la véritable physique doit être puisée effective- » ment à la source des perfections divines. »

Donc, même dans l'explication de la nature, l'expérience n'a qu'une fonction secondaire. Subordonnée à la raison, elle peut quelquefois mettre sur la voie des découvertes, et toujours elle en vérifie la valeur, parce que l'hypothèse, donnée à priori comme possible, se justifie à posteriori par sa conformité avec le réel. Mais ce que l'expérience vérifie, elle ne le donne pas; c'est des causes finales, c'est de la considération d'un être agissant avec sagesse qu'il faut tout déduire; la cause finale a suffi pour deviner les lois de la lumière; et « l'art d'instituer les expériences lui — » même et de s'en servir, s'appuie sur de certaines raisons, en tant » qu'il ne dépend pas du hasard et de la fortune '. » L'induction, l'induction toute seule^t réduite à l'addition d'un nombre, quelque grand qu'il soit, de cas particuliers, est donc impuissante à rien fonder, et ne produit pas même de certitude morale 2. « Et le » fondement de la vérité des choses contingentes et singulières est » dans le succès, qui fait que les phénomènes des sens sont liés «justement comme les vérités intelligibles le demandent. *>

Au reste, il ne faut pas attendre dans cet ordre de vérités , la certitude absolue- et démonstrative. La vérité possible est éternellement dans l'entendement de Dieu , et comme lui elle est nécessaire et éternelle. La vérité actuelle, ce qui est, dépend de sa volonté, et est l'effet de son choix ; or, son choix est sage, mais libre. Le contraire n'est pas absurde; et s'il choisit infailliblement le meilleur, ce qu'il ne choisit pas, pour ne pas devenir actuel, n'en reste pas moins possible. Donclesloisde la nature sont contingentes :

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