‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 42 sur 117 · N<»1 \ EAl \ ESSAIS · texte numérisé non relu

N<»1 \ EAl \ ESSAIS

rait aussi à une compression ultérieure. .l'avoue cependant, de l'autre côté, que quand on remarquerait quelque petit changement de volume clans l'eau, on pourrait l'attribuer à l'air qui y est enfermé. Sans entrer maintenant dans la discussion, si l'eau pure n'est point comprimable elle-même, comme il se trouve qu'elle est dilatable quand elle évapore, cependant je suis dans le fond du sentiment de ceux qui croient que les corps sont parfaitement impénétrables, et qu'il n'y a point de condensation ou raréfaction qu'en apparence. Mais ces sortes d'expériences sont aussi peu capables de le prouver que le tuyau de Toricelli ou la machine de Guéricke sont suffisantes pour prouver un vide parfait.

Philalèthe. Si le corps était raréfiable et comprimable à la rigueur, il pourrait changer de volume ou d'étendue; mais cela n'étant point, il sera toujours égal au même espace, et cependant son étendue sera toujours distincte de celle de l'espace.

Théophile. Le corps pourrait avoir sa propre étendue , mais il ne s'ensuit point qu'elle fût toujours déterminée ou égale au même espace. Cependant, quoiqu'il soit vrai qu'en concevant le corps on conçoit quelque chose de plus que l'espace, il ne s'ensuit point qu'il y ait deux étendues, celle de l'espace et celle du corps ; car c'est comme lorsqu'on concevant plusieurs choses à la fois, on conçoit quelque chose de plus que le nombre, savoir, res numeratas : et cependant il n'y a point deux multitudes: l'une abstraite, savoir, celle du nombre ; l'autre concrète, savoir, celle des choses nombrées. On peut dire de même qu'il ne faut point s'imaginer deux étendues : Tune abstraite, de l'espace; l'autre concrète, du corps, le concret n'étant tel que par l'abstrait. Et, comme les corps passent d'un endroit de l'espace à l'autre, c'est-à-dire qu'ils changent d'ordre entre eux, les choses aussi passent d'un endroit de l'ordre ou d'un nombre à l'autre, lorsque, par exemple, le premier devient le second et le second devient le troisième, etc. En ellet, le temps et le lieu ne sont que des espèces d'ordres, et dans ces ordres la place vacante (qui s'appelle vide à l'égard de l'espace), s'il y en avait, marquerait la possibilité seulement de ce qui manque avec son rapport actuel.

Philalèthe. Je suis toujours bien aise que vous soyez d'accord avec moi dans le fond, (pie la matière ne change point de volume. Mais il semble que vous allez trop loin en ne reconnaissant point ileux étendues, etque vous approchez des cartésiens, qui ne distinguent point l'espace de la matière. Or, s'il se trouve des gens qui n'aient pas ces idées distinctes (de l'espace et de la solidité qui le remplit), n un.- les i unlbndenl et n'en fus: enl qu'une, je ne vois i a.-

SUR i/i:.mi;mm;\ii:m humain. i.i\. m. 73

comment, ces personnes puissent s'entretenir avec les autres. l!s sont comme un aveugle serait à l'égard d'un autre homme qui lui parlerait de l'écarlate, pendant que cet aveugle croirait qu'elle ressemble au son d'une trompette.

Théophile. Mais je tiens en même temps que les idées de I étendue et de la solidité ne consistent point dans un je ne sais quoi, comme celle de la couleur de l'écarlate. Je distingue l'étendue et la matière, contre le sentiment des cartésiens. Cependant je ne crois point qu'il y a deux étendues, et, puisque ceux qui disputent sur la différence de l'étendue et de la solidité conviennent de plusieurs vérités sur ce sujet, et ont quelques notions distinctes, ils y peuvent trouver le moyen de sortir de leur différend ; ainsi, la prétendue difïérence sur les idées ne doit point leur servir de prétexte pour rendre les disputes éternelles, quoique je sache que certains cartésiens, très-habiles d'ailleurs, ont coutume de se retrancher dans les idées qu'ils prétendent avoir. Mais, s'ils se servaient du moyen que j'ai donné autrefois pour reconnaître les idées vraies et fausses, et dont nous parlerons aussi dans la suite, ils sortiraient d'un poste qui n'est point tenable.

Page 1