‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 53 sur 117 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De lu durée et de l'expansion considérées ensemble.

S i. Phelalèthe. On admet plus aisément une durée infinie du temps qu'une expansion infinie du lieu, parce que nous concevons une durée infinie en Dieu, et que nous n'attribuons l'élendue qu'à la matière qui est lime, et appelons les espaces au delà de l'univers imaginaires. Mais ( § 2 ) Salomon semble avoir d'autres pensées lorsqu'il dit en parlant de Dieu : Les deux et les cieux des deux ne peuvent le contenir; et je crois pour moi que celui-là se fait une trop haute idée de la capacité de son propre entendement qui se ligure de pouvoir étendre ses pensées plus loin que le lieu oti Dieu existe.

Théophile. Si Dieu était étendu, il aurait des parties, mais la durée n'en donne qu'à ses opérations. Cependant, par rapporta l'espace, il faut lui attribuer l'immensité, qui donne aussi des parties et de l'ordre aux opérations immédiates de Dieu. Il est la source des possibilités comme des existences, des unes par son essence, des autres par sa volonté. Ainsi l'espace comme le temps n'ont leur réalité que de lui, et il peut remplir le vide quand bon lui semble. C'est ainsi qu'il est partout à cet égard.

§'H. Philalèthe. Nous ne savons quels rapports les esprils ont avec l'espace, ni comment ils y participent; mais nous savonsqu'ils participent de la durée.

Théophile. Tous les esprits finis sont toujours joints a quelque corps organique, et ils se représentent les autres corps par rapport au leur. Ainsi leur rapport à l'espace est aussi manifeste que celui des corps. Au reste, avant que de quitter cette matière, j'ajoulerai une comparaison du temps et du lieu à celles que vous avez données; c'est que s'il y avait un vide dans l'espace (comme par exemple si une sphère était vide au dedans) on en pourrait déterminer la grandeur; mais s'il y avait dans le temps un vide, c'est-à-dire une durée sans changements, il serait impossible d'en déterminer la longueur. D'où vient qu'on peut réfuter celui qui dirait que deux corps entre lesquels il y a du vide se touchent; car deux pôles opposés d'une sphère vide ne se sauraient toucher, la géométrie le défend, I. :i

niais on no pourrait point réfuter celui qui dirait que deux mondes dont l'un est après l'autre , se touchent quant à la durée , en sorte que l'un commence nécessairement quand l'autre finit, sans qu'il y puisse avoir d'intervalle. On ne pourrait point le réfuter, dis-je, parce que cet intervalle est indéterminable. Si l'espace n'était qu'une ligne et si le corps était immobile, il ne serait point possible non plus de déterminer la longueur du vide entre deux corps.

Page 1