CHAPITRE VI
^ : Philalèthk. Toute notre connais- - - s gé-
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racières chinois ne sont significatifs que par la volonté des hommes (ex instituto).
§ 3. Phii.aletiie. Je crois, que votre pensée s'exécutera un jour, tant cette écriture me parait agréable et naturelle ; et il semble qu'elle ne serait pas de petite conséquence pour augmenter la perfection de notre esprit et pour rendre nos conceptions plus réelles. Mais , pour revenir aux connaissances générales et à leur certitude, il sera à propos de remarquer qu'il y a certitude de vérité, et qu'il y a aussi certitude de connaissance. Lorsque les mots sont joints de telle manière dans des propositions qu'ils expriment exactement la convenance ou la disconvenance telle qu'elle est réellement, c'est une certitude de vérité ; et la certitude de connaissance consiste à apercevoir la convenance ou la disconvenance des idées en tant qu'elle est exprimée dans des propositions : c'est ce que nous appelons ordinairement être certain d'une proposition.
Théophile. En effet, cette dernière sorte de certitude suffira encore sans l'usage des mots, et n'est autre chose qu'une parfaite connaissance de la vérité; au lieu que la première espèce de certitude ne parait être autre chose que la vérité même.
8 i. Piiilalèthe. Or, comme nous ne saurions être assurés de la vérité d'aucune proposition générale, à moins que nous ne connaissions les bornes précises de la signification des termes dont elle est composée, il serait nécessaire que nous connussions l'essence de chaque espèce, ce qui n'est pas malaisé à l'égard des idées simples et des modes. Mais dans les substances où une essence réelle , distincte de la nominale, est supposée déterminer les espèces, l'étendue du terme général est fort incertaine, parce que nous ne connaissons pas celte essence réelle; et, par conséquent, dans ce sens nous ne saurions être assurés d'aucune proposition générale faite sur le sujet de ces substances. .Mais lorsqu'on suppose que les espèces des substances ne sont autre chose que la réduction des individus substantiels en certaines sortes, rangées sous divers noms généraux , selon qu'elles conviennent aux différentes idées abstraites que nous désignons par ces noms-là. on ne saurait douter si une proposition bien connue comme il faut est véritable ou nom.
Théophile. Je ne sais, monsieur, pourquoi vous revenez encore à un point assez contesté entre nous, et que je croyais vidé. Mais enfin j'en suis bien aise, parce que vous me donne/ une occasion fort propre, ce me semble , à vous désabuser de nouveau, .levons dirai donc que nous pouvons être assurés, par exemple, de mille vérités qui regardent l'or, ou ce corps dont l'essence interne se fait connaître par la plus grande pesanteur con une ici-bas, ou par la plus
SI lî L'ENTENDEMENT HUMAIN. LïV, IV 321
grande ductilité, ou par d'autres marques; car nouspouvons dire que
le corps de la plus grande ductilité connue est aussi le plus pesant de tous les corps connus. Il est vrai qu'il ne serait point impossible que tout ce qu'on a remarqué jusqu'ici dans l'or se trouvât un jour en deux corps discernables par d'autres qualités nouvelles , et qu'ainsi ce ne fût plus la plus basse espèce, comme on le prend jusqu'ici par provision. Il se pourrait aussi qu'une sorte demeurant rare et l'autre étant commune , on jugeât à propos de réserver le nom de vrai or à la seule espèce rare , pour la retenir dans l'usage de la monnaie par le moyen de nouveaux essais qui lui seraient propres. Après quoi l'on ne doutera point aussi que l'essence interne de ces deux espèces ne soit différente ; et quand même la définition d'une substance actuellement existante ne serait pas bien déterminée à tous égards f comme en effet celle de l'homme ne l'es! pas à l'égard de la ligure externe), on ne laisserait pas d'avoir une infinité de propositions générales sur son sujet, qui suivraient de la raison et des autr.es qualités que l'on reconnaît en lui. Tout ce que l'on peut dire sur ces propositions générales, c'est qu'en cas qu'on prenne l'homme pour la plus basse espèce et le restreigne à la race d'Adam , on n'aura point de propriétés de l'homme de celles qu'on appelle in quarto modo, ou qu'on puisse énoncer de lui par une proposition réciproque ou simplement convertible, si ce n'est par provision, comme' en disant : L'homme est le seul animal raisonnable. Et, prenant l'homme pour ceux de notre race, le provisionnel consiste à sous-entendre qu'il est le seul animal raisonnable de ceux qui nous sont connus; car il se pourrait qu'il y eût un jour d'autres animaux à qui fût commun avec la postérité des hommes d'à présent tout ce que nous y remarquons jusqu'ici , mais qui fussent d'une autre origine. C'est comme si les Australiens imaginaires venaient inonder nos contrées : il y a de l'apparence qu'alors on trouverait quelque moyen de les distinguer de nous. Mais, en cas que non , et supposé que Dieu eût défendu le mélange de ces races et que Jésus-Christ n'eût racheté que la noire, il faudrait tâcher de faire des marques artificielles pour les distinguer entre elles. Il y aurait sans doute une différence interne; mais, comme elle ne se rendrait point rcconnaissable, on serait réduit à la seule dénomination extrinsèque de la naissance , qu'on lâcherait d'accompagner d'une marque artificielle durable , laquelle donnerait une dénomination intrinsèque et un moyen constant de discerner notre race des autres. Ce sont des fictions que tout cela, car nous n'avons point besoin de recourir à ces distinctions , étant les seuls animaux raisonnables de ce globe. Cependant ces Relions
servent à connaître la nature des idées des substances et des vérités générales à leur égard. Mais si l'homme n'était point pris pour la plus basse espèce ni pour celle des animaux raisonnables de la race d'Adam, et si, au lieu de cela, il signifiait un genre commun à plusieurs espèces qui appartient maintenant à une seule race connue , mais qui pourrait encore appartenir à d'autres distinguables, ou par la naissance, ou même par d'autres marques naturelles, comme, par exemple, aux feints Australiens; alors, dis-je, ce genre aurait des propositions réciproques, et la définition présente de l'homme ne serait point provisionnelle. Il en est de même de l'or ; car, supposé qu'on en eût un jour deux sortes discernables , l'une rare et connue jusqu'ici, et l'autre commune et peut-être artificielle, trouvée dans la suite des temps ; alors, supposé que le nom de l'or doive demeurer à l'espèce présente , c'est-à-dire à l'or naturel et rare, pour conserver par son moyen la commodité de la monnaie d'or, fondée sur la rareté de cette matière , sa définition connue jusqu'ici par des dénominations intrinsèques n'aurait été que provisionnelle, et devra être augmentée par les nouvelles marques qu'on découvrira pour distinguer l'or rare ou de l'espèce ancienne de l'or nouveau artificiel. Mais, si le nom de l'or devait demeurer alors commun aux deux espèces, c'est-à-dire si par l'or on entend un genre dont jusqu'ici nous ne connaissons point de sous-division et que nous prenons maintenant pour là plus basse espèce (mais seulement par provision , jusqu'à ce que la subdivision soit connue), et si l'on en trouvait quelque jour une nouvelle espèce, c'est-à-dire un or artificiel aisé à faire et qui pourrait devenir commun; je disque dans ce sens la définition de ce genre ne doit point être jugée provisionnelle, mais perpétuelle. Et même, sans se mettre en peine des noms de l'homme ou de l'or, quelque nom qu'on donne au genre ou à la plus basse espèce connue, et quand même on ne leur en donnerait aucun, ce qu'on vient de dire serait toujours vrai des idées, des genres ou dis espèces, et les espèces ne seront définies que provision nellement quelquefois par les définitions des genres. Cependant il sera toujours permis et raisonnable d'entendre qu'il y a une essence réelle interne appartenant, par une proposition réciproque, soit au genre, soit aux espèces, laquelle se fait connaître ordinairement, par les marques externes. J'ai supposé jusqu'ici que 'la race ne dégénère ou ne change point; mais si la même race passait dans une autre espèce, on serait d'autant plus obligé de recourir à d'autres marques et dénominations intrinsèques ou extrinsèques sans s'attacher à la race.
g 7. PhilalÈTHE. Les idées complexes, que les noms que nous
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donnons aux espèces des substances justifient, sont des collections des idées de certaines qualités, que nous avons remarqué coexister dans un soutien inconnu que nous appelons substance. Mais nous ne saurions connaître certainement quelles autres qualités coexistent nécessairement avec de telles combinaisons, à moins que nous pussions découvrir leur dépendance à l'égard de leurs premières qualités.
Théophile. J'ai déjà remarqué autrefois (pie le même se trouve dans les idées des accidents, dont la nature est un peu abstruse, comme sont par exemple les figures de géométrie; car lorsqu'il s'agit, par exemple, de la figure d'un miroir, qui ramasse tous les rayons parallèles dans un point comme foyer, on peut trouver plusieurs propriétés de ce miroir avant que d'en connaître la construction; mais on sera en incertitude sur beaucoup d'autres affections qu'il peut avoir, jusqu'à ce qu'on trouve en lui ce qui répond a la constitution interne des substances, c'est-à-dire la construction de cette figure du miroir, qui scia comme la clef de la connaissance ultérieure.
Philalèthe. Mais quand nous aurions connu la constitution intérieure de ce corps, nous n'y trouverions que la dépendance que les qualités premières, ou que vous appelez manifestes, en peuvent avoir: c'est-à-dire on connaîtrait quelles grandeurs, figures et forces mouvantes en dépendent; mais on ne connaîtrait jamais la connexion qu'elles peuvent avoir avec les qualités secondes ou confuses, c'est-à-dire avec les qualités sensibles, comme les couleurs, les goûts, etc.
Théophile, ('est que vous supposez encore que ces qualités sensibles, ou plutôt les idées que nous en avons, ne dépendent point des ligures et mouvements naturellement, mais seulement fin bon plaisir de Dieu qui nous donne ces idées. Vous paraissez donc avoir oublié, monsieur, ce que je vous ai remontré plus d'une fois contre cette opinion , pour vous faire juger plutôt que ces ii(rc<< sensitives dépendent du détail des figures et mouvements et les expriment exactement, quoique nous ne puissions pas y démêler ce détail dans la confusion d'une trop grande multitude et petitesse des actions mécaniques qui frappent nos sens. Cependant si nous étions parvenus à la constitution interne de quelques corps, nous verrions aussi quand ils devraient avoir ces qualités, qui seraient réduites elles-mêmes à leurs raisons intelligibles; quand même il ne serait jamais dans notre pouvoir de les reconnaître sensiblement dans ces idées sensitives, qui sont un résultat confus des actions des corps sur nous, comme maintenant que nous axons la parfaite
;;>i M>1 VEAUX ESSAIS
analyse du vert, en bleu et jaune, et n'avons presque plus rien à demander à son égard que par rapport à «es ingrédients, nous ne sommes pourtant point capables de démêler les idées du bleu et du jaune dans notre idée sensitive du vert, pour cela même que c'est une idée confuse. C'est à peu près comme on ne saurait démêler l'idée des dents de la roue, c'est-à-dire de la cause, dans la perception d'un transparent artificiel que j'ai remarqué chez les horlogers, fait par la prompte rotation d'une roue dentelée, ce qui en fait disparaître les dents et paraître à leur place un transparent continuel imaginaire, composé des apparences successives des dents et de leurs intervalles, mais où la succession est si prompte que notre fantaisie ne la saurait distinguer. On trouve donc bien ces dents dans la notion distincte de cette transparence , mais non pas dans cette perception sensitive confuse, dont la nature est d'être et de demeurer confuse; autrement, si la confusion cessait (comme si le mouvement était si lent qu'on en pourrait observer les parties et leur succession), ce ne serait plus elle : c'est-à-dire, ce ne serait plus ce fantôme de transparence. Et comme on n'a point besoin de se figurer que Dieu par son bon plaisir nous donne ce fantôme, et qu'il est indépendant du mouvement des dents de la roue et de leurs intervalles, et comme au contraire on conçoit que ce n'est qu'une expression confuse de ce qui se passe dans ce mouvement , expression, dis-je, qui consiste en ce que des choses successives sont confondues dans une simultanéité apparente; ainsi il est aise de juger qu'il en sera de même à l'égard des autres fantômes sensitifs dont nous n'avons pas encore une si parfaite analyse, comme des couleurs, des goûts, etc.; car, pour dire la vérité, ils méritent ce nom de fantômes plutôt que celui de qualités ou même d'idées. Et il nous suffirait à tous égards de les entendre aussi bien que celte transparence artificielle, sans qu'il suit raisonnable ni possible de prétendre d'en savoir davantage; car de vouloir que ces fantômes confus demeurent, et que cependant on \ démêle les ingrédients par la fantaisie même , c'est se contredire, c'est vouloir avoir le plaisir d'être trompé par une agréable perspective, et vouloir qu'en même temps l'œil voie la tromperie, ce qui serait la gâter. C'est un cas enfin où nihil plus ayas quam si des operam, ut cum ratiune insanias. Mais il arrive souvent aux hommes de chercher nodum in scirpo, et de se faire des difficultés OÙ il n \ en a point , en demandant ce qui ne se peut et se plaignant par après de leur impuissance et des bornes de leurs lumières.
g s. l'ii:i.\i.)'.n.ii.. Tvut or est fixe; c'est une proposition dont
SUR L'EMhMJLML.YI IILMM.N. LJV. IV. .i'j
nous ne pourrons pas connaître certainement la vérité. Car si l'or
signifie une espèce de choses distinguée par une essence réelle que la nature lui a donnée, on ignore quelles substances particulières sont de cette espèce; ainsi on ne saurait l'affirmer avec certitude, quoique ce soit de l'or. Et si l'on prend l'or pour un corps doué d'une certaine couleur jaune, malléable, fusible, e! plus pesant qu'un autre corps connu . il n'est pas difficile de connaître ce qui est ou n'est pas or: mais avec tout cela, nulle autre qualité ne peut être affirmée ou niée avec certitude de l'or, que ce qui a avec cette idée une connexion ou une incompatibilité qu'on peut découvrir. Or, la tixité n'ayant aucune connexion connue avec la couleur, la pesanteur et les autres idées simples que j'ai supposées faire l'idée complexe que nous avons de l'or, il est impossible que nous puissions connaître certainement la vérité de cette proposition, que tout-or est iixe.
TiiKOPiiiLK. Nous savons presque aussi certainement que le plus pesant de tous les corps connus ici-bas est fixe que nous savons certainement qu'il fera jour demain. C'est parce qu'on l'a expérimenté cent mille fois; c'est une certitude expérimentale et de fait, quoique nous ne connaissions point la liaison de la fixité avec les autres qualités de ce corps. Au reste, il ne faut point opposer deux choses qui s'accordent et qui reviennent au même. Quand je pense à un corps qui est en même temps jaune, fusible et résistant a la coupelle, je pense à un corps dont l'essence spécifique, quoique inconnue dans son intérieur, lait émaner ces qualités de son fonds et se fait connaître confusément au moins par elles. Je ne vois rien de mauvais en cela, ni qui mérite qu'on revienne si souvent a la charge pour l'attaquer.
ij 10. PuiLALKTHE C'est assez pour moi maintenant que cette connaissance de la fixité du plus pesant des corps ne nous soit point connue par la convenance ou disconvenance des idées. Et je crois pour moi que, parmi les secondes qualités des corps et les puissances qui s'y rapportent . on n'en saurait nommer deux dont la coexistence nécessaire ou l'incompatibilité puisse être connue certainement, hormis les qualités qui appartiennent au même sens et s'excluent nécessairement l'une l'autre, comme lorsqu'on peut dire que ce qui est blanc n'est pas noir.
Théophile. Je crois pourtant qu'on en trouverait peut-être : par exemple, tout corps palpable, ou qu'on peut sentir par l'attouchement, est visible. Tout corps dur fait du bruit quand on le frappe dans l'air. Les tons O.^s cordes ou des lils sont en raison sousdcublee des poids qui causent leur tension. Il est vrai que ce que
vous demandez ne réussit qu'autant qu'on conçoit des idées distinctes, jointes aux idées sensilives confuses.
§ i I . Phïlalèthe. Toujours ne faut-il point s'imaginer que les corps ont leurs qualités par eux-mêmes indépendamment d'autre chose. Une pièce d'or, séparée de l'impression et de l'influence de tout autre corps , perdrait aussitôt sa couleur jaune et sa pesanteur; peut-être aussi deviendrait-elle friable et perdrait sa malléabilité. L'on sait combien les végétaux et les animaux dépendent de la terre, de l'air et du soleil ; que sait-on si les étoiles fixes fort éloignées n'ont pas encore de l'influence sur nous?
Théophile. Cette remarque est très-bonne; et quand la contexture de certains corps nous serait connue , nous ne saurions assez juger de leurs effets sans connaître l'intérieur de ceux qui les touchent et les traversent.
v< l.j. Philalèthe. Cependant notre jugement peut aller plus loin que notre connaissance. Car des gens appliqués à faire des observations peuvent pénétrer plus avant, et, par le moyen de quelques probabilités , d'une observation exacte et de quelques apparences réunies a propos , faire souvent de justes conjectures sur ce que l'expérience ne leur a pas encore découvert; mais ce n'est toujours que conjecturer.
Théophile. Mais si l'expérience justifie ces conséquences d'une manière constante, ne trouvez-vous pas qu'on puisse acquérir des propositions certaines par ce moyen : certaines, dis-je , au moins autant que celles qui assurent, par exemple, que le plus [esant de nos corps est fixe, et que celui qui est le plus pesant après lui est volatile; car il me semble que la certitude [morale, s'entend, ou physique . mais" non pas la nécessité (ou certitude métaphysique . de ces propositions qu'on a apprises par l'expérience seule et non pas par l'analyse et la liaison des idées, est établie parmi nous et avec raison?