‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 108 sur 401 · LIVRE I, CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE LU

gieux ou religieuse y entroit par cas fortuit, on ncttoiroit curieusement tous les lieux par lesquels auroient passé. Et, parce que, es religions de ce inonde, tout est compassé, limité, et reiglé par heures, fut décrété que là ne seroit horologe, ny quadrant aucun. Mais, selon les occasions et opportunités, seroient toutes les œuvres dispensées. Car, disoit Gargantua, la plus vraie perte du temps qu'il sceust, estoit de compter les heures. Quel bien en vient il ? VA la plus grande resverie du monde estoit soy gouverner au son d'une cloche, et non au dicté de bon sens et entendement.

Item, pareequ'en iceluy temps on ne mettoit en religion des femmes, sinon celles que estoient borgnes, boiteuses, bossues, laides, défaites , folles , insensées, maleficiées, et tarées; ny les hommes, sinon catarrés, mal nés, niais, et empesche de maison * ( A propos, dist le moine, une femme qui n'est ny belle, ny bonne, à quoy vault toile2? A mettre en religion, dist Gargantua. Yoire, dist le moine, et à faire des chemises), fut ordonné que là ne seroient receuz, sinon les belles, bien formées, et bien naturées ; et les beaux, bien formés, et bien natures.

Item, parce que es convens des femmes n'entroient les hommes, sinon à l'emblée, et clandestinement, fut décrété que jà3 ne seroient là les femmes, au cas que n'y fussent les hommes; ny les hommes, au cas que n'y fussent les femmes.

Item, parce que tant hommes que femmes, une fois receuz en religion, après l'an de probation, estoient forcés et astraincts y demourer perpétuellement leur vie durante, fut

1 Gêne, fardeau pour la maison.

2 Nous rétablissons ici la leçon de l'éd. ant. à 1535 et de celles de 1535 et de F. Juste, qu'aucun éditeur n'a reproduite.

On sait que toile , tvant que sa nrononciatiou eût été fixée , se prormçait toile et telle. Ce dernier usage s'est maintenu dans nos patois. On lit dans Coquillart :

S'habiller à la mode nouvelle; Porter moitié drap , moitié toile.

Eabelais joue ici sur ces mots :

x quoi vaut-elle?

A quoi vaut toile?

La réponse du moine , « a faire des chemises, » perd tout son sel, si l'on ne maintient pas l'ancienne leçon.

3 Désormais.

280 GAKGAiNTUA.

estably que tant hommes que femmes là receuz sortiroient quand bon leurs s^mbleroit franchement et entièrement.

Item, parce que ordinairement les religieux faisoient trois vœux, savoir est de chasteté, pauvreté , et obédience , fut constitué que là honorablement on peult estre marié, que chascun fust riche, et vesquist en liberté. Au regard del'aage légitime, les femmes y estoient receues depuis dix jusques à quinze ans: les hommes depuis douze jusques à dix et huit.

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