‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 114 sur 401 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Gomment estoit le manoir des Tlielcmitcs ••

Au milieu de la basse court estoit une fontaine magnifique, de bel alabastre. Au dessus, les trois Grâces, avec cornes d'abondance. Et jettoient l'eau par les mamelles, bouche, oreilles, yeulx, et autres ouvertures du corps. Le dedans du logis sus ladite basse court estoit sus gros pilliers de cassidoine2 et porphyre, à beaux arcs d'antique. Au dedans desquelz estoient belles galeries longues et amples , ornées de peintures, de cornes de cerfs , licornes, rhinocéros, hippopotames, dents de éléphants, et autres choses spectables3. Le logis des dames comprenoit depuis la tour Artice jusques à la porte Mesembrine. Les hommes occupoient le reste. Devant ledit logis des dames, afin qu'elles eussent i'esbatement, entre les deux premières tours au dehors, estoient les lices4, l'hippodrome, le théâtre, et natatoires5, avec les bains mirifiques à triple solier6, bien garnis de tous assortimens, et foison d'eau de myrte 7.

Jouxte la rivière estoit le beau jardin de plaisance. Au milieu d'iccluy, le beau labirynthe. Entre les deux autres tours estoient les jeux de paulme et de grosse balle. Du costé

1 On pourrait relever des analogies entre cette description et ce que l'on connaît des châteaux célèbres «lu temps , notamment celui de Saint-Maur des Fossés, appartenant au al du Bellay, dont Eabe-

iais parle avec éloge dans son Epître en tête du liv. IV. On y voyait les stalties des trois Grâces, une fauconnerie, vénerie, etc. — Suivant Ant. Leroy, Thélème n'ét?'1

autre que Fontevrault : « Potuisset Putherbœus thelemiticus innuere dubitantibus istam non aliam esse quain Fontebraldan conventus descriptionem. » (Lib. II, p. 304 .

2 Calcédoine.

8 Curieuses.

* Les cirques.

5 Bassins pour la natation.

6 Etage ou plutôt gradin.

1 Édit. nnt. à 1535 et de 1535.

GAKGANTU4.

de la tour Criere estoit le vergier, plein de tous arbres fructiers, toutes ordonnées en ordre quineunce. Au bout estoit le grand parc, foisonnant en toute beste sauvagine1. Entre les tierces tours estoient les butes pour l'arquebuse, l'arc, et l'arbalestc. Les offices bors la tour Hesperie, à simple estaige. L'escurie au delà des offices. La fauconnerie au devant d'icelles , gouvernée par asturciers 2 bien expers en l'art. Et estoit annuellement fournie par les Candiens, Vénitiens, et Sarmates de toutes sortes d'oiseaux paragons 3, aigles, gerfaux, autours, sacres, laniers, faucons, esparviers, emerillons , et autres ; tant bien faits et domestiqués que, partans du chasteau pour s'esbatre es champs, prenoient tout ce que rencontroient. La vénerie estoit un peu plus loing, tirant vers le parc \

Toutes les salles, chambres et cabinetz estoient tapissés en diverses sortes, selon les saisons de l'année. Tout le pavé estoit couvert de drap verd. Les hetz estoient de broderie.

En chascune arrière chambre estoit un miroir de cristallin 5, enchâssé en or fin, autour garny de perles ; et estoit de telle grandeur qu'il pouvoit véritablement représenter toute la personne. A l'issue des salles du logis des dames estoient les parfumeurs et testonneurs 6 : par les mains desquelz passoient les hommes, quand ilz visitoient les dames. Iceux fournissoient par chascun matin les chambres des dames, d'eau rose, d'eau de naphe 7, et d'eau d'ange8 : et à chascune la précieuse cassolette vaporante 9 de toutes drogues aromatiques.

1 Bêtes sauvages. « Les habitants du pays.fournissoient les Hosties de force sauvagine. » Thevet, Cosmographie, tonu II, p. 1011.

* Asturciarii , dresseurs d'autours, fauconniers.

3 D'oiseaux modèles, comme on dirait maintenant.

4 Dans la direction du parc.

3 De cristal.

6 Coiffeurs. La Fontaine a employé le verbe testonner dans ce sens.

7 De fleur d'orange.

8 L'eau d'ange s'obtenait de 1<»

distillation de la fleur et de la feuille de myrte.

9 Exhalant les parfums

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