‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 120 sur 401 · LIVRE I, CHAPITRE LVItf · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE LVItf

De leurs subjects se verront assaillis-,

Et le devoir d'honneur et révérence

Perdra pour lors tout ordre et différence.

Car ilz diront que chascun en son tour

Doibt aller haut, et puis faire retour.

Et sur ce point aura tant de meslées ,

Tant de discords, venues, et allées,

Que nulle histoire, où sont les grands merveille* .

ÏNe fait récit d'émotions pareilles.

Lors se verra maint homme de valeur,

Par l'esguillon de jeunesse et chaleur,

Et croire trop ce fervent appétit,

Mourir en fleur et vivre bien petit.

Et ne pourra nul laisser cest ouvrage ,

Si une fois il y n*et le courage,

Qu'ii n'ait emply, par noises et debatz ,

Le ciel de bruit, et la terre de pas.

Alors auront non moindre autorité

Hommes sans foy, que gens de vérité :

Car tous suivront la créance et estude

De l'ignorante et sotte multitude ;

Dont le plus lourd sera receu pour juge.

O dommageable et pénible déluge !

Déluge (dis je), et à bonne raison ;

Car ce travail ne perdra sa saison,

Ny n'en sera délivrée la terre ,

Jusques à tant qu'il ne sorte à grand erre

Soudaines eaux : dont les plus attrempés

En combattant seront pris et trempés,,

Et à bon droit : car leur cœur, adonné

A ce combat, n'aura point pardonné,

Mesme aux troupeaux des innocentes bestes.

Que, de leurs nerfs, et boyaux desbonnestes

Il ne soit fait, non aux dieux sacrifice ,

Mais aux mortelz ordinaire service

Or, maintenant, je vous laisse penser

Comment le tout se pourra dispenser,

Et quel repos, en noise si profonde,

Aura le corps de la machine ronde.

Les plus heureux, qui plus d'elle tiendront,

Moins de la perdre et gaster s'abstiendronî,

GARGANTUA

Et tascheront, en plus d'une manière , A l'asservir et rendre prisonnière , En tel endroit que la pauvre défaite N'aura recours qu'à celuy qui l'a faite. Et, pour le pis de son triste accident. Le clair soleil, ains qu'estreen occide.-ït lairra * espandre obscurité sur elle, Plus que d'eclipse, ou de nuyt naturelle: Dont en un coup perdra sa liberté, Et, du haut ciel, la faveur et clarté ; Ou, pour le moins, demeurera déserte.

Mais elle, avant ceste ruyne et perte Aura long temps montré sensiblement Un violent et si grand tremblement, Que lors Ethna ne fut tant agitée , Quand sur un lilz de Titan fut jettée : Ne plus soudain ne doibt estre estimé Le mouvement que fit Inarimé, Quand Tiphoeus si fort se despita, Que dans la mer les monts précipita.

Ainsi sera en peu d'heures rangée A triste estât, et si souvent enangee , Que mesmes ceux qui tenue l'auront, Aux. survenans occuper la lairront2.

Lors sera prés le temps bon et propice De mettre fin à ce long exercice.

Car les grands eaux, dont oyez deviser Feront chascun la retraicte adviser :

Et toulesfois, devant le partement, On pourra voir en l'air apertement L'aspre chaleur d'une grand flamme esprise, Pour mettre à fin les eaux et l'entreprise. Reste, en après ces accidens parfaicts3,

1 Laissera.

- Laisseront.

3 En place de ces derniers vers, on lit dans les plus anciennes éditions :

Reste en après qu'iceux trop obligés , l'enés, lassés, travaillés, affligés,

Par le saint vueil de l'etenie. Seigneur, De ces travaux soiont refaits en bon heu: La verra Ion par certaine science Le bien et fruict qui sont de patience : Car cil qui plus de peine aura souffert Auparavant, du lot pour lors offert Plus recepvra. 0 qu'est à révérer Cil qui pourra en fin persévérer 1

Ed. de 1535 et autres.

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