‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 121 sur 401 · LIVRE I, CHAPiTîU, LVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPiTîU, LVIII

Que les csleus joyeusement refaits Soient de tous biens, et de manne céleste , VA dabondant , par recompense honneste Enrichis soient. Les autres en la fin Soient dénués. C'est la raison, afin Que, ce travail en tel point terminé.

Un chascun ait son sort prédestina.

Tel l'ut l'accord. O qu'est à révérer Cil qui en fin pourra persévérer !

La lecture de cestuy monument parachevée, Gargantua souspira profondement, et dist es assistans : Ce n'est de maintenant que les gens reduicts à la créance evangelique sont persécutés. Mais bien heureux est celuy qui ne sera scandalise, et qui tousjours tendra ua but, au blanc que Dieu par son cher filz nous a prefix l, sans par ses affections charnelles estre distraict ny diverty2.

Le moine dit : Que pensez vous en vostre entendement estre par cest énigme designé et signifié? Quoy? dist Gargantua, le decours3 et maintien de vérité divine. Par saint Goderan4 (dist le moine) telle n'est mon exposition. Le stille est de Merlin 5 le prophète . Donnez y allégories et intelli-

1 Fixé d'avance.

2 Détourné.

3 La marche.

* Il y a deux Godegranc ( Chrodogangus), l'un évêque de Séez , l'autre évêque de Metz

Nous ne trouvons rien dans les vies de ces deux saints qui puisse justifier ici le choix de leur nom.

Un savant du Poitou, M. Poey d'Avant , propriétaire des ruines de l'abbaye de Maillezais , nous a appris que le tombeau d'un Godcran, évêque de Saintes et abbé de Maillezais au xie siècle , avait été découvert dans ces ruines en 1833 :

il nous a même montré l'anneau pastoral trouvé parmi les débris des ossements de cet évêque.

Nous n'hésitons pas à croire, avec M. Poey d'Avant, que le Goderan du moine est bien celui de Maillezais. Il est vrai que nous ne trouvons point les preuves de sa canonisation. Mais il est à présumer que Goderan étant présenté par les traditions de Maillezais comme un saint homme , Rabelais né se sera fait aucun scrupule de le canoniser.

5 Rabelais joue ici sur le nom de Merlin. Le poëte Saint-Gelais , contemporain de Rabelais , était appelé Mellin et Merlin de Saint- Gelais. Cette pièce de vers, qui lui est empruntée (Voy. ses Œuvres .

Lyon, 1574, p. 213), étant écrite dans un style prophétique , notre auteur semble a dessein la confondre

GARGANTUA

gencestant graves que voudrez; et j ravassez, vous et tout le monde, ainsi que voudrez. De ma part, je n'y pense1 autre sens enclos qu'une description du jeu de paulme sous obscures paroles. Les suborneurs des gens sont les faiseurs de parties, qui sont ordinairement amis. Et, après les deux chasses faites, sort hors le jeu celuy qui y estoit, et l'autre y entre. On croit le premier qui di3t si l'esteuf est sus ou sous la corde. Les eaux gont les sueurs. Les cordes des raquettes sont faites de boyaux de moutons ou de chèvres. La machine ronde est la pelotte ou l'esteuf. Après le jeu, on se refraichit devant un clair feu, et change l'on de chemise. Et voluntiers banquette l'on, mais plus joyeusement ceux qui ont gaigné. Et grand chère.

avec le prophète Merlin , qui vivait au vc siècle.

1 Cette fin est beaucoup plus courte dans l'édit. ant. à 1535 et dans celle de 1535. Voici ce que nous lisons dans ces deux anciennes éditions :

s Je pense que c'est la descrip-

tion du jeu de paulme , et que la machine ronde est l'esteuf, et ces nerfs et boijaux de bestes innocentes sont les raquettes , et ces gens eschaufes et débat ans sont les joueurs.

La fin est que, après avoir bien tra~ vaille , s'en vont repaistre et rand chiere. o

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