CHAPITRE V
i Des faits du noble Pantagruel en son jeune aage.
Ainsi croissoit Pantagruel de jour en jour, et profitoit à ▼eue d'oeil, dont son père s'esjouissoit par affection naturelle. Et luy fit faire, comme il estoit petit, une arbaleste pour s'esbatre après les oisillons, qu'on appelle de présent la grande arbaleste de Chantelle * .
Puis l'envoya à l'escole pour apprendre et passer son jeune aage. De fait vint à Poictierspour estudier, et y profita beaucoup : auquel lieu voyant que les escoliers estoient aucunes fois de loisir, et ne savoient à quoy passer temps, il en eut compassion. Et un jour prit, d'un grand rochier qu'on nomme Passelourdin , une grosse roche, ayant environ de douze toises en carré, et d'espaisseur quatorze pans, et la mit sur quatre pilliers au milieu d'un champ, bien à son aise ; afin que lesdits escoliers, quand ilz ne sauroient autre chose faire, passassent temps à monter sur ladite pierre, et là banqueter à force flaccons, jambons, et pastés, et es- ;rire leurs noms dessus avec un cousteau; et, de présent, l'appelle on la Pierre levée. Et, en mémoire de ce, n'est aujourd'huy passé aucun en la matricule de ladite université de Poictiers, sinon qu'il ait beu en la fontaine caballine de
1 En place de ces mots, qu'on I qui en a fait l' Histoire , Moulins, appelle de présent la grande arba- I 1862, in-4°, constate, p. 49, que leste de Chantelle, on lit dans l'éd. j c'était, au moyen âge, un arsenal de C. Nourry : « Qui est de présent | renommé, et qu'on y fabriquait noen la grosse tour de Bourges. » tamment « d'énormes arbalètes ou
Chantelle est une petite ville du mangonneaux, montés sur des affûts. Bourbonnais. M. l'abbé Boudant, dans lesquels s'engageait la flèche.»