‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 157 sur 401 · LIVRE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII

du momie. Ne metzton cœur à vanité : car ceste vie est transitoire, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sois serviable à tous tes prochains, et les aime comme toy mesmes. Révère tes précepteurs, fuis les compagnies des gens esquelz tu ne veulx point ressembler, et, les grâces que Dieu t'a données, icelles ne reçois en vain. Et quand tu cognoistras que auras tout le savoir de par delà acquis, retourne vers moy, afin que je te voye et donne ma bénédiction avant que de mourir.

Mon filz, la paix et grâce de Nostre Seigneur soit avec toy, amen. De Utopie *, ce dix septiesme jour du mois de mars,

Ton père,

GARGANTUA

Ces lettres receues et veues, Pantagruel prit nouveau courage, et fut enflambc2 à profiter plus que jamais; en sorte que, le voyant estudier et profiter, eussiez dit que tel estoit Sun esprit entre les livres comme est le feu parmy les bran- <!es3, tant il l'avoit infatigable et strident.

1 Un matérialiste ou un athée n'auraient jamais pu dicter à Gargantua une pareille lettre. (Voyez l'admirable appréciation qu'en a donnée M. Guizot dans les Annales d'éducation, t. III, p. 251.) Mal

que jamais roi ne donnerait à son fils d'aussi nobles conseils?

2 Enflammé , excité.

3 Bruyères , broussailles , d'où sans doute est venu brandon. Le mot brandes est resté dans le pa-

heureusement la lettre est datée tois du Poitou , de la Saintonge , du de Utopie. Eabelais a-t-il donc pensé ' Berry, et d'autres provinces encore.

PANTAGRUEL

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