LIVRE 1, CHAPITRE V
faisons les platz netz. J'ay la parole de Dieu en bouche : Sitio1. La pierre dite asbestos n'est plus inextinguible que la soif de ma paternité. L'appétit vient en mangeant, disoit Augest on Mans 8 : la soif s'en va en beuvant. Remède contre la soif? Il est contraire à celuy qui est contre morsure de chien : courez tousjours après le chien, jamais ne vous mordera; beuvez tousjours avant la soif, et jamais ne vous adviendra. Je vous y prends. Je vous resveille. Sommelier éternel, garde nous de somme. Argus àvoit cent yeulx pour voir : cent mains fault à un sommelier, comme avoit Briareus, pour infatigablement verser. Mouillons, hay, il fait bea* seicher. Du blanc, verse tout, verse de par 3e diable : verse deçà, tout plein. La langue me pelle. Lans tringue3 : à toy, compaing, de hait, de hait. La, la, la, c'est morfiaillé4 cela. 0 lacryma Christi! c'est de la Devinierc5 : c'est vin pineau. 0 le gentil vin blanc ! et, par mon ame, ce n'est que vin de tafetas6. lien, hen, il est à une oreille7, bien drappé et de
1 J'ai soif.
* Leçon de l'éd. deF. Juste 1542.
Rabelais veut-il désigner Jérôme de Hangest, ardent ennemi des novateurs, mort au Mans en 1538?
Dans les éd. postérieures, on lit « Angeston : mais, n
3 Pays, camarade, bois. — Trink, landsmann.
* C'est bien avalé (argot).
5 Propriété de Rabelais.
6 En 1315, l'empereur Alexandre visitait l'officine du plus célèbre distillateur de Paris. Tout en dégustant le nectar qui lui fut présenté : « Monsieur N... (dit-il), ce
n'est pas de la liqueur c'est du
velours en bouteille. — S. M. se rencontrait avec Rabelais , probablement sans le savoir.
7 Cette expression doit s'expliquer par la céramique.
Horace dit(Carm.,lib.I, od.IXj :
Depr.oine qundrinuin Sabina O Thaliarche, merum diota.
Diota, o((otov, vas u^rimque an-
satum. Chez les Romains, on mettait
le bon vin dans des cruches à deux
anses, ou à deux oreilles.
Fortiguerra (Ricciardetto, XXX,
82, v. 4) nous montre que de son
temps on appelait aussi le bon vin
du vin à deux oreilles :
E del Casscro anccr m'arreca un pozzo Cli'egliè perDio da l'uno e i'altro orecchio.
Chez nous , le bon vin était à une , oreille non à deux, parce que les cruchons où on le mettait avaient une seule anse. — On lit dans la Légende de Faifeu :
Si à l'hostel y avoit de bon vin.
Croire bien i'ault qu'au tervice divin Ne le meitoient; mais luy tiroient l'oreille. Puis emportoient chascun une bouteille.
Roger de Collerye dit aussi :
Gentilz suppostz aujourd'huy je conseille Pour éviter d'avoir la boucha fade Qu'en ung preau au dessoubz d'une trcili A ces flacons vous tirerez VoreiUe.
( Cr\j pour les clercs du Chastelet. )
Chez les Percherons, c'est encore
dans des cruchons à une oreille que,
par privilège, on met le nectar du
pays < le poire, première qualité).
GARGANTUA
bonne laine1. Mon compagnon, courage ! Pour ce jeu nous ne volerons2 pas, car j'ay fait un levé3. Ex hoc in hoc''. 11 n'y a point d'enchantement. Chaseun de vous l'a veu. Je y suis maistre passé. A brum, a brum, je suis prestre Macé 5. 0 les beuveurs ! 0 les altérés ! Page, mon amy, emplis icy et couronne le vin 6, je te prie. A la cardinale. Natura abhorret vacuum1. Diriez vous qu'une mousche y eust beu? A la mode de Bretaigne. Net, net, à ce pyot. Avaliez, ce sont herbes8.
1 Allusion aux expressions du marchand de drap dans la Farce de Patelin.
2 Nous ne serons pas volés.
3 Du coude.
4 De ceci en cela, du verre «lans l'estomac; comme parlent les es camoteurs, quand ils l'ont passer une muscade d'un gobelet dans un autre.
5 Cette équivoque entre maistre Passé et prestre Macé, est trèsprobablement à l'adresse du moine René Macé, continuateur de la chronique de Crétin. En outre, nous ferons remarquer qu'au seizième
siècle Macé était synonyme de sim~ pie, niais.
On lit dans Coquillart :
.... ung Macé goguelu.
Je un pauvre Jenin ou Macé.
6 Verse à rouges bords, à la cardinale. — KprjTYÎpaç èireerTÉtyavTo tïoto'Ïo (Homère). — Vina coronant (Virgile).
7 La nature a horreur du vide.
8 En Languedoc et en Dauphiné, quand un malade répugne à prendre une potion, on lui dit, suivant Le Duchat : « Avalez, ce sont herbes. » C'est-à-dire herbes médicinales qui vmis feront du bien.