‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 166 sur 401 · LIVRE II, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE X

N'est ce le mieulx ouir par leur vive voix leur débat, que lire ces babouyneries icy, qui ne sont que tromperies, cautelles diaboliques de Cepola1, et subversions de droit? Car je suis seur que vous et tous ceux par les mains desquelz a passé le procès, y avez machiné ce qu'avez peu, pro et contra : et, au cas que leur controverse estoit patente, et facile à juger, vous l'avez obscurcie par sottes et desraisonnables raisons, et ineptes opinions de Accurse, Balde, Bartole, de Castro, de Imola, Hippolytus, Panorme, Bertachin, Alexander, Curtius, et cesautresvieuxmastins,quijamaisn'entendirent la moindre loy des Pandectes, et n'estoient que gros veaulx de disme 2, ignorans de tout ce qu'est nécessaire à l'intelligence des loix. Car (comme il est tout certain) ilz n'avoient cognoissance de langue ny grecque ny latine, mais seulement de gothique et barbare. Et, toutesfois, les loix sont premièrement prises des Grecs, comme vous avez le tesmoignage de Ulpian, l. posteriori, de origine juris. Et toutes les loix sont pleines de sentences et motz grecs: et, secondement, sont rédigées en latin le plus élégant et aorné qui soit en toute la langue latine, et n'en excepterois voluntiers ny Salluste, ny Varron, ny Ciceron, ny Senecque, ny Tite Live, ny Quintilian. Comment donc eussent peu entendre ces vieux resveurs le texte des loix, qui jamais ne virent bon livre de langue latine, comme manifestement appert à leur stile, qui est stile de ramonneur de cheminée, ou de cuysinier et marmiteux, non de jurisconsulte?

Davantage, veu que les loix sont extirpées du milieu de philosophie morale et naturelle, comment l'entendront ces tblz, qui ont par Dieu moins estudié en philosophie que ma mulle? Au regard des lettres d'humanité et cognoissance des antiquités et histoires, ilz en estoient chargés comme un cra-

1 Barthélémy Cepola, auteur <l'un livre intitulé : Cautclœ juris.

C'est un traité de subtilités juridiques.

- Les préleveurs de dîmes choi-

sissaient toujours les meilleures pièces. Cette expression vient confirmer le sens que nous avons donné au mot moissonniers , page 228 de cette édition.

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paud de plumes,, et en usent comme un crucifix d'un pifre !, dont, toutesfois les droits sont tous pleins; et sans ce, ne peuvent estre entenduz, comme quelque jour je monstreray plus appertement par escrit. Par ce, si voulez que je cognoisse de ce procès, premièrement faites moy brusler tous papiers, et secondement faites moy venir les deux gentiiz hommes personnellement devantmoy : et quand je les auray ouvj je vous en diray mon opinion, sans fiction ny dissimulation quelconques.

A quoy aucuns d'entre eux contredisoient, comme vous savez que, en toutes compagnies, il y a plus de folz que de sages, et la plus grande partie surmonte tousjours la meilleure, ainsi que dit Tite Live, parlant des Carthaginiens 2. Mais leditdu Douhet tint au contraire virilement, contendant que Pantagruel avoit bien dit; que ces registres, enquestes, replicques, dupliques, reproches, salvations et autres telles diableries, n estoient que subversion de droit et allongement de procès, et que le diable les emporteroit trestous s'ilz ne procedoient autrement, selon équité philosophique et evangelicque. Somme, tous les papiers lurent bruslés,etles deux gentiiz hommes personnellement convoqués.

Et lors Pantagruel leur dist : Estes vous ceux qui avez ce grand différent ensemble? Ouy, dirent ilz, monsieur. Lequel de vous est demandeur? C'est moy, dist le seigneur de Baisecul. Or, mon amy, contez moy de point en point vostre affaire, selon la vérité : car, par le corps Dieu, si vous en men-

1 Ces mots se trouvent dans l'éd.

de C. Nourry, de Marnef, de Fr.

Juste, 1534. Ils auront sans doute paru irrévérencieux , et on ne les rencontre plus dans les autres éditions. Du reste on peuf les entendre de deux manières. Un crucifix ou un crucifié est dans l'impossibilité de se servir d'un pifre ou fifre [pfeiffer, allem.).Maisnous serions tentés de croire que , par une interversion qui lui est familière, l'au-

teur a voulu dire : « Comme un pifre d'un crucifix , » c'est-à-dire peu ou point. Un pifre, c'était un gourmand et un ivrogne, souvent même un hérétique qui faisait peu usage du crucifix. Voy. Du Cange , Piffarus et Pifli.

2 On lit en effet dans Tite -Live (XXI, 4) : « Pauci ac ferme optimus quisque Hannoni adsentiebantur, sed (ut plerumque fit) major pars meliorem vicit. »

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