‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 181 sur 401 · LIVIŒ II, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVIŒ II, CHAPITRE XV

p. us. Le pauvre renard csmouchoit fort bien et de ça, et de là, et dedans, et dehors; mais la faulse vieille vesnoit et vcssoit puairt comme cent diables. Le pauvre renard estoit bien mal à son aise ; car il ne savoitde quel costé se virer, pour évader le parfum des vesses de la vieille; et, ainsi qu'il se tournoit, il vit qu'au derrière estoit encores un autre pertuis, non si grand que celuy qu'il esmouchoit, dont luy vcnoit ce vent tant puant et infect. Le lyon finalement retourne, portant de mousse plus que n'en tiendroient dix et huit balles, et commença en mettre dedans la playe, avec un baston qu'il apporta, et y enavoit ja bien mis seize balles et demie, et s'esbahyssoit que diable ceste playe est parfonde; il y entreroitde mousse plus de deux charretées, et bien puis que Dieu le veult, et tousjours fourroit dedans ; mais le renard l' ad visa : 0 compère lyon, mon amy, je te prie, ne metz icy toute la mousse , gardes en quelque peu ; car il y a encores icy dessous un autre petit pertuis, qui put comme cinq cens diables. J'en suis empoisonné de l'odeur, tant il est punais.

Ainsi fauldroit garder ces murailles des mousches, et mettre esmoucheteurs à gaiges.

Lors dist Pantagruel : Comment sçais tu que les membres honteux des femmes sont à si bon marché? Car en ceste ville il y a force preudes femmes, chastes et pucelles. Et ubi prenus l? dist Panurge. Je vous en diray non pas mon opinion, mais vraye certitude et asseurance. Je ne me vante pas d'en avoir embourré quatre cens dix et sept, depuis

du nom de Don Pietro : « Vice roy de Naples qui avoit apporté en Italie l'invention des esmouchoirs ». M.

Baudement n'a trouvé, en fait de prince auquel les désignations de Eabelais et de Huet puissent s'appliquer, que don Pietro ou Pedro, infant de Castille , nommé vice-roi de Naples. d'autres disent gouverneur (le 15 octobre 1423), par son frère Alphonse V, roi d'Aragon. Or voici ce qu'on raconte de cet Al • phonse V. Nous laissons parler l'au-

BABKI \IS. — T. I.

teur des Rabelais de Huel : « Une mouche étant venue à se poser sur son nez pendant qu'un député italien lui débitait un discours , il endura, pour n'en rien perdre et ne pas troubler l'orateur, qu'elle y demeurât jusqu'à la fin. » En fallaitil davantage à Eabelais pour placer dans cette famille « un esmoucheteur à gaiges » ?

1 Où les prenez-vous?

Et ubi prenus qui ne l'omble?

[Ancien Théâtre français , publié par Jaruiet, tome I, p. 230.)

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que suis en ceste ville, et n'y a que neuf jours, voire de mangeresses d'images et de théologiennes1. Mais, à ce matin, j'ay trouvé un bon homme qui, en un bissae, tel comme celuy d'Esopet, portoit deux petites fillettes, de l'aagc de deux ou trois ans au plus; l'une devant, l'autre derrière. Il me demanda l'aumosne, mais je luy fis response que j'avois beaucoup plus de coudions que de deniers.

Et après luy demande : Bon homme, ces deux fillettes sont elles pucelles? Frère, dist il, il y a deux ans que ainsi je les porte; et au regard de ceste cy devant, laquelle je voy continuellement, en mon adviselle est pucelle : toutesfois je n'en voudrois mettre mon doigt au feu. Quant est de celle que je porte derrière, je n'en sçay sans faulte rien.

Vrayement, dist Pantagruel, tu es gentil compagnon, je te veulx habiller de ma livrée. Et le fit vestir galantement, selon la mode du temps qui couroit : excepté que Panurge voulut que la braguette de ses chausses fust longue de trois pieds, et carrée, non ronde : ce que fut fait, et la faisoit bon voir. Et disoit souvent que le monde n'avoit encores cogneu l'émolument et utilité qui est de porter grande braguette : mais le temps leur enseigneroit quelque jour comme toutes choses ont esté inventées en temps.

Dieu gard de mal, disoit il, le compagnon à qui la longue braguette a sauvé la vie ! Dieu gard de mal à qui la longue braguette a valu pour un jour cent soixante mille et neuf escus ! Dieu gard de mal qui, par sa longue braguette, a sauvé toute une ville de mourir de faim! Et, par Dieu, je ieray un livre de la commodité des longues braguettes, quand j'auray un peu plus de loysir. De fah% sn composa un beau et grand livre, avec les figures; mais iî n'est encores imprimé, que .ie saiche.

1 Ces derniers mois, que nous lisons dans les éditions de Claude Nourry, de Marnef et de Fran-

çois Juste, Lyon. 1534, n'ont pas été reproduits dans les éditions modernes.

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