‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 180 sur 401 · LIVRE II, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XV

vriucs se y vinssent i'rotcr; vous en verriez (par Dieu) incontinent distiller de ce benoist fruict de grosse vérole, menu comme pluye. Sec au nom des diables! Davantage, la fouldre ne tomberoit jamais dessus. Car pourquoy? ilz sont tous benitz ou sacrés.

Je n'y voy qu'un inconvénient. Ho, ho, ha, ha, ha, dist Pantagruel. Et quel? C'est que les mousches en sont tant friandes que merveilles, et se y cueilleroient1 facilement, et y feroient leurs ordures, et voyla l'ouvrage gasté et le pape 2 diffamé. Mais voicy comment l'on y remedieroit. Il fauldroit très bien les esmoucheter avec belles queues de renards, ou bons gros vietz dazes de Provence. Et à ce propos, je vous veulx dire (nous en aliant pour souper) un bel exemple3 que met Frater de cornibus, libro de compotationibus mendicantium.

Au temps que les bestes parloient (il n'y a pas trois jours) un pauvre lyon, parla forest de Bievre se pourmenant, et disant ses menus suffrages4, passa par dessous un arbre, auquel estoit monté un villain charbonnier, pour abatre du bois. Lequel, voyant le lyon, luy jetta sa coignée, et le blessa énormément en une cuisse. Dont le lyon, cloppant, tant courut et tracassa par la forest, pour trouver aide, qu'il rencontra un charpentier, lequel voluntiers regarda sa playe, la nettoya le mieux qu'il peust, et l'emplit de mousse, luy disant qu'il esmouchast bien sa playe, que les mousches n'y fissent ordure, attendant qu'il iroit chercher de l'herbe au charpentier. Ainsi le lyon, guery, se pourmenoit par la fo-

pour le bruslement avoient esté faictes à Naples » , iî est probable ^ue le peuple confondait tous ces bandits sous le nom d'Italiens , et que ceux qu'on venait d'arrêter aux environs de Bourges (juin 1524) furent l'objet de violences du genre de celles auxquelles Rabelais fait ici allusion, et dont il fut peut-être témoin oculaire , cette époque coïncidant avec celle du to- de France universitaire que nous avons indiqué dans la Notice, p. 20.

1 (Edition de C. Nourry. ) C'està-dire s'y rassembleraient , dans l'acception du mot italien cùgliere.

2 Edition de François Juste , 1534. — Voyla l'ouvrage gasté et

ffamé (Edition de Claude Nourry)-

3 Cette fin manque dans l'édition de C. Nourry ainsi que dans celle de Marnef.

4 Prières pour la commémoration des saints.

rest, à quelle heure une vieille sempiternelle ebuschetoit, et amassoit du bois par la dite forest; laquelle, voyant le lyon venir, tomba de peur à la renverse, en telle façon que le vent luy renversa robe, cotte et chemise, jusques au dessus des espaules. Ce que voyant, le lyon accourut de pitié, voir si elle s'estoit fait aucun mal, et considérant son comment a nom, dist : 0 pauvre femme, qui t'a ainsi blessée ? Et, ce disant, apperceutun renard, lequel il appella, disant : Compère renard, hau ça, ça, et pour cause.

Quand le renard fut venu, il luy dist . Compère, mon amy, l'on a blessé ceste bonne femme icy entre les jambes bien villainement, et y a solution de continuité manifeste; regarde que la plaie est grande : depuis le cul jusques au nombril mesure quatre, mais bien cinq empans et demi. C'est un coup de coignée; je me doubte que la plaie soit vieille -, pourtant, afin que les mousches n'y prennent, esmouche la bien fort, je t'en prie, et dedans et dehors; tu as bonne queue et longue; esmouche, mon amy, esmouche, je t'en supplie, et ce pendant je vais quérir de la mousse pour y mettre. Car ainsi nous fault il secourir et aider l'un l'autre, Dieu le commande. Esmouche fort, ainsi, mon amy, esmouche bien : car, ceste playe veult estre esmouchée souvent, autrement la personne ne peut estre à son aise. Or esmouche bien, mon petit compère, esmouche; Dieu t'a bien pourveu de queue, tu l'as grande et grosse à l'advenant, esmouche fort, et ne t'ennuye point. Un bon esmoucheteur qui, en esmouchetant continuellement, esmouche de son mouchet, par mousches jamais esmouche ne sera. Esmouche, couillaud, esmouche, mon petit bedeau, je n'arresteray gueres.

Puis va chercher force mousse , et, quand il fut quelque peu loing, il s'escria, parlant au renard : Esmouche bien tousjours, compère, esmouche, et ne te fasche jamais de bien csmoucher; par Dieu, mon petit compère, je te feray estre à gaiges esmoucheteur de la reyne Marie ou bien de don Pietro de Castille1. Esmouche seulement, esmouche, et rien

1 Huet a écrit, sur un de ses exemplaires de Eabelais, en regard

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