LIVRE H, CHAPITRE XVI
de galbanum, de assa fetida, de castoreum, d'estroncs tous chaulx, et la destrempit en sanie * de bosses chancreuses; et de fort bon matin, en gressa *t oignit theologalement tout le treillis 2 de Sorbone, en sone que le diable n'y eust pas duré. Et tous ces bonnes gens rendoient là leurs gorges devant tout le monde, comme s'ilz eussent cscorché le renard, et en mourut dix ou douze de peste, quatorze en furent ladres, dix et huit en furent pouacres3 et plus de vingt et sept en eurent la vérole; mais il ne s'en soucioit mie.
Et portoit ordinairement un fouet sous sa robe, duquel il fouettoit sans remission les pages qu'il trouvoit portans du vin à leurs maistres, pour les avanger* d'aller.
En son saye avoit plus de vingt et six petites bougettes et fasques9, tousjours pleines, l'une d'un petit d'eau de plomb, et d'un petit cousteau affilé comme une aguille de peletier, dont il coupoit les bourses; l'autre, de aigrest8 qu'il jettoit aux yeulx de ceux qu'il trouvoit; l'autre, de glaterons 7 empennés de petites plumes d'oisons, ou de chappons, qu'il jettoit sur les robes et bonnetz des bonnes gens : et souvent leur en faisoit de belles cornes, qu'ilz portoient par toute la ville, aucunes fois toute leur vie. Aux femmes
et le dedans demeure plein de boue. »
Note mste de Huet.
Bonav. Desperiers a aussi parlé ( Nouv , XXIX ) d'un âne qui vous plantait en un fossé ou en quelque tarte bourbminoise .
On voit que c'était une image empruntée aux bourbiers, communs dans le Bourbonnais. Ajoutons que Taillevent a donné deux fois la recette des tartes boarbonnoises , comme d'un mets usité de son temps.
1 Pus.
2 Galeries grillées réservées aux docteurs de Sorbonne. Cette ligne de l'éd. de Nourry a été modifiée plus tard.
3 Ce mot n'a plus que le sens de malpropre , mais il désignait autiefois une maladie déterminée, selon
quelques-uns la goutte [podagra).
Elle guérit les ytropiques, Les jjcmacres , les frénétiques.
(J. de Meun , Testament.)
4 Avancer, F. Juste, 1534. — Avanger est là pour avantager, dans le sens d'avancer. Avanlagitim, avance, dans Du Cange.
Avanger se dit encore en patois poitevin , avancher en rouchi.
5 C'est-à-dire ici de petites poches.
6 Verjus.
7 C'était et c'est encore , en poitevin , en saintongeais et en d'autres patois, le nom vulgaire de la bardane, herbe dont les boutons barbus s'accrochent facilement aux vêtements.
PANTAGRUEL
aussi, par dessus leurs chapperons au derrière, aucunes foien mettoit faits en forme d'un membre d'homme.
En l'autre, un tas de cornetz tous pleins de pulces et de poux, qu'il empruntoit des guenaux de Saint Innocent, et les jettoit, avec belles petites cannes ou plumes dont on escrit , sus les colletz des plus sucrées damoiselles qu'il trouvoit, et mesmement en l'église : car jamais ne se mettoit au cœur au haut, mais tousjours demouroit en la nef entre les femmes, tant à la messe, à vespres, comme au sermon.
En l'autre, force provision de haims et claveaux1, dont il accouploit souvent les hommes et les femmes, en compagnies où ilz estoient serrés, et mesmement celles qui portoient robes de tafetas armoisy2; et, à l'heure qu'elles se vouloient départir, elles rompoient toutes leurs robes. En l'autre, un fouzil3 garny d'esmorche4, d'allumettes, de pierre à feu, et tout autre appareil à ce requis.
En l'autre, deux ou trois mirouoirs ardens, dont il faisoit enrager aucunes fois les hommes et les femmes, et leur faisoit perdre contenance à l'église : car il disoit qu'il n'y avoit qu'un antistrophe entre
et
Femme Folle à la Messe
Femme Molle à la Fesse.
En l'autre, avoit provision de fil et d'aguilles, dont il faisoit mille petites diableries.
Une fois, à T'issue du palais, à la grand salle, lorsqu'un cordelier disoit la messe de Messieurs, il luy aida à soy habiller et revestir; mais, en l'acoustrant, il luy cousit l'aulbe [avec sa robe et chemise, et puis se retira quand Messieurs de la court vindrent s'asseoir pour ouir icelle messe. Mais, quand ce fut à Vite, missa est, que le pauvre frater se voulut
1 Crochets , hameçons.
8 Ou armoisin , espèce de taffetas venant de Lyon ou d'Italie.
3 Briquet. Fusil est encore em-
ployé en ce sens dans le Lutrin.
* Amorce. Esinorche est encore très-usité en plusieurs de nos provinces.
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devestir son aulbe, il emporta ensemble et habit, et chemise, qui estoient bien cousul ensemble; et se rebrassg jusques aux espaules, monstrarit son ealibistris à tout le monde, qui n'estoit pas petit sans doubte. Et le frater tousjours tiroit ; mais tant plus se descouvroit il, jusques à ce qu'un de Messieurs de la court dist : Et quoy, ce beau père nous veult il icy faire l'offrande et baiser son cul ? L feu Saint Antoine le baise. Des lors lut ordonné que les pauvres beaux pères ne se despouilleroient piiris devant le monde, mais en leur sacristie, mesmement1 en présence des femmes : car ce leur seroit occasion du péché d'envie.
Et le monde demandoit pourquoy est ce que ces fratres avoicnt la couille [si longue]. Ledit Panurge solut 2 très bien le problesme, disant : Ce que fait les oreilles des asnes si grandes, c'est parce que leurs mères ne leur mettoient point de béguin en la teste : comme dit de AUiaco 3 en ses Suppositions. A pareille raison, ce que fait la couille des pauvres beaux pères si longue, c'est qu'ilz ne portent point de chausses foncées '', et leur pauvre membre s'estend en liberté à bride avallée5, et leur va ainsi triballant sur les genoux, comme font les patenôtres aux femmes. Mais la cause pourquoy ilz l'avoient gros à l'equipolent, c'estoit qu'en ce triballement les humeurs du corps descendent audit membre : car selon les légistes, agitation et motion continuelle est cause d'attraction.
Item, il avoit une autre poche pleine d'alun de plume 6, dont il jettoit dedans le dos des femmes, qu'il voyoit les plusacrestées7, etles faisoitdespouiller devant tout le monde ; les autres danser comme jau8 sur breze, ou bille sur tabour : les autres courir les rues, et luy après couroit, et, à celles
1 Notammeu'.j
2 Résolut.
:i Kaillerie contre Pierre d'Ailly, ceièbre théologien.
* Profondes, aynnt des fonds.
5 Bride abattue.
6 Ifc/iing poivder (Cotgrave), poudre excitant des démangeaisons.
7 Portant le plus haut la tête.
8 Jau a encore le sens de coq dans plusieurs de nos patois.
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qui se despouilloient, il mcttoit sa cappe sur le dos , comme homme courtois et gracieux.
Item, en une autre, ilavoit une petite guedoufle 1 pleine de vieille huile, et, quand il trouvoit ou femme ou homme qui eust quelque belle robe, il leur engraissoit et gastoit tous les plus beaux endroits, sous le semblant de les toucher et dire : Voicy de bon drap , voicy bon satin, bon tafetas, madame , Dieu vous doint2 ce que vostre noble cœur désire : vous avez robe neufve, nouvel amy ; Dieu vous y maintienne ! Ce disant, leur mettoit la main sur le collet, ensemble la maie tache y demouroit perpétuellement,
Si énormément engravée
En l'ame, en corps, et renommée,
Que le diable ne l'eust ostée.
Puis, à la fin leur disoit : Madame, donnez vous garde de tomber, car il y a icy un grand et sale trou devant vous.
En une autre, il avoit tout plein d'euphorbe pulvérisé bien subtilement, et là dedans mettoit un mouschenez3 beau et bien ouvré, qu'il avoit desrobé à la belle lingere du palais *, en luy ostant un pouil 5 dessus son sein, lequel toutesfois il y avoit mis. Et, quand il se trouvoit en compagnie de quelques bonnes dames, il leur mettoit sus le propos de lingerie, eî leur mettoit la main au sein, demandant : Et cest ouvrage est il de Flandre ou de Haynault f,?Et puis tiroit son mouschenez, disant : Tenez, tenez, voyez en cy de l'ouvrage ; elle est de Foutignan ou de Foutarabie; et le secouoit bien fort à leurs nez et les faisoit esternuer quatre heures sans repos. Ce pendant il petoit comme un roussin, et les femmes se
Pouillcr, pouilleux rappellent cette ancienne forme.
6 Tartuffe , maniant le fichu d'EImire :
1 Bouteille recouverte de cuir.
( Cot grave.)
2 Donne.
3 Mouchoir de poche.
4 Des galeries de la sainte Chapelle, François Juste, 1534.
8 Pou. — On prononce encore pouil dans un grand nombre de ne s provinces. I Molière, le Tarliiffe, act. III, se, 3.
Mon Dieu! que de ce point l'ouvrage est
[merveilleux !
On travaille aujourd'hui d'un air miraculeux.