‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 273 sur 401 · LIVRE III, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VIII

Tevot, le pot au kiict; ce sont les couilles, de par tous les diables d'enfer. La teste perdue, ne périt que la personne : les couilles perdues, periroit toute humaine nature. C'est ce qui meut le galant Cl. Galen, lib. I, de spermate, à bravement conclure que mieux (c'est à dire moindre mal) seroit point de coeur n'avoir, que point n'avoir de genitoires. Car là consiste, comme en un sacré repositoire, le germe conservatif de l'humain lignage. Et croirois, pour moins de cent francs, que ce sont les propres pierres, moyennans lesquelles Deucalion et Pyrrha restituèrent le genre humain, aboly par le déluge poëtique. C'est ce qui meut le vaillant Justinian *, lib. IV, de cagotis toîlendis, à mettre summum bonum in braguibus et braguetis.

Pour ceste et autres causes, le seigneur de Merville 2, essayant quelque jour un harnois neuf, pour suivre son roy en guerre (car du sien antique et à demy rouillé plus bien servir ne se pouvoit, à cause que depuis certaines années la peau de son ventre s'estoit beaucoup esloignée des roignons), sa femme considéra en esprit contemplatif que peu de soing avoit du pacquet et baston commun de leur mariage , veu

pagnardes , avaient une triste renommée en fait de bravoure.

Chacun sait que tête [testa , en latin, vase de terre cuite) était synonyme de pot au vin. On disait donc par ironie aux francs-taupins :

Sauve le pot au vin ; ce qui signifiait à la fois sauve ta tête , ta vie, et sauve la bouteille. Puis on avait bien soin d'ajouter que par teste on entendait le cruon (le cruchon , la bouteille), et non leur tëte: qu'on savait très-bien ne pas avoir besoin de leur recommander:

1 Notre auteur donne à Justinien i'épilhète de vaillant , parce qu'en effet il aurait fallu un grand courage pour décréter, du temps de Rabelais, une loi comme telle qu'il met plaisamment sur le

compte du grand législateur ro main.

2 Ce seigneur de Merville est-il, ainsi que son histoire , une invention de Eabelais? Nous aimons autant le supposer que d'écrire , comme nos prédécesseurs, des pages de conjectures sans intérêt.

Notre auteur a-t-ii voulu se moquer de quelque personnage à gros ventre, comme ceux dont parle de la Bruyère-Champier [de Re ciôa-ria) ?

« Novimus nostra memoria nobi- « lissimarum gentium viros et in « aula non infimum locumobtinen- <( tes, qiu adeo tumidum et turgi- « dum ventrem haberent, ut multis « annis non licuerit pudenda con- « templari. !»

548 PANTAGRUEL

qu'il ne l'armoit que de mailles; et fut d'advis qu'il le munist très bien et gabionnast d'un gros armet de joustes lequel estoit en son cabinet inutile, D'icelle sont écrits ces vers on tiers livre du Chiabrena des pucelles :

Celle qui vit son mari tout armé,

Fors la braguette , aller à l'escarmouche ,

Luy dist : Amy, de peur qu'on ne vous touche ,

Armez cela, qui est le plus aimé.

Quoy ! tel conseil doibt il estre blasmé ?

Je dis que non : car sa peur la plus grande

De perdre estoit, le voyant animé ,

Le bon morceau dont elle estoit friande.

Désistez donc vous esbahir de ce nouveau mien accoustre ment.

1 Un casque de parade, qui ne servait que pour les joutes.

2 les façons, les grimaces des pucelles. Le Chiabrena fait partie

raît une finesse de lîabelais qui voudrait faire croire que le Ckia brena n'est pas un livre de son in vention. Ces vers nous paraissen1

de la Bibl. St-Victor et n'a sans I du reste meilleurs que ne sont en doute jamais existé. Ceci nous • < général ceux de Rabelais. ê

Page 1