LIVRE III, CHAPITRE X
TesmoingBrutus, lequel, voulant explorer le sort de la bataille Pharsalicque, en laquelle il fut occis, rencontra ce vers, dit de Patroclus, Iîiad. XVI :
'AXXa [ie (xotp' oXor] , xai Ay]tgù; exTavsv uio:.
Par mal engroin de la Parce félonne Je fus occis, et du filz de Latonne.
C'est Apollo, qui fut pour mot du guet le jour d'icelle bataille. Aussi, par sors Virgilianes ont esté cogneues anciennement et prévues choses insignes, et cas de grande importance : voire jusques à obtenir l'empire romain, comme advint à Alexandre Severe, qui rencontra en ceste manière de sort ce vers escrit, Mneid. VI :
Tu regere imper io populos, Romane, mémento.
Romain enfant, quand viendras à l'empire , Régis le monde en sorte qu'il n'empire.
Puis fut, après certaines années, realement et de fait créé empereur de Rome.
En Adrian, empereur romain, lequel estant en dombte et peine de savoir quelle opinion de luy avoif Trajan, et quelle affection il luy portoit, prit advis par sors Virgilianes, et rencontra ces vers, Mneid. VI :
Quis procul Me autem rnmis insignis olivœ, Sacra ferens? nosco crines, incanaque menta Régis Romani.
Qui esteestuy qui là loing, en sa main, Porte rameaulx d'olive, illustrement ?
A son gris poil et sacre acoustrement, Je recognois l'antique roy romain.
Puis fut adopté de Trajan, et luy succéda à l'empire. En Claude second, empereur de Rome, bien loué, auquel advint par sort ce vers escrit, Mneid. VI .
Teriia dum Latio regnantem viderit testas.
Lorsque t'aura régnant manifesté
En Rome, et veu tel le troisiesme esté.
PANTAGRUEL
De fait il ne régna que deux ans.
A iceluy mesmes, s'enquerant de son frère Quintel, lequel il vouloit prendre au gouvernement de l'empire , advint ce vers, VI, JEneid.
Ostendent terris hune tantum fata.
Les destins seulement le montreront es terres.
Laquelle chose advint. Car il fut occis dix et sept jours après qu'il eut le maniment de l'empire.
Ce mesmes sort escheut à l'empereur Gordian le jeune.
A Claude Albin , soucieux d'entendre sa bonne adventure, advint ce qu'est escrit, JEneid. VI :
Hic rem Romanam magno turbante tumultu Sistet eques, etc.
Ce chevalier, grand tumulte advenant, L'Estat romain sera entretenant.
Des Carthagiens victoires aura belles :
Et des Gaullois, s'ilz se montrent rebelles.
En D. Claude, empereur, prédécesseur de Aurelian, auquel se guementant * de sa postérité, advint ce vers en sort, JEneid. I :
His ego nec metas rerum nec tempora pono.
Longue durée à ceux cy je prétends,
Et à leurs biens ne melz borne ne temps.
Aussi eut il successeurs, en longues généalogies.
En M. Pierre Amy2; quand il explora pour savoir s'il eschapperoit de l'embusche des farfadetz, et rencontra ce vers, /Eneid. III :
Heu! fuge crudeles terras, fuge liltus avarum.
Laisse soudain ces nations barbares, Laisse soudain ces rivages avares.
1 S'enquerant.
2 Moine du couvent de Fontenay-le- Comte , ami de Rabelais, et dont il a été amplement question dans la Notice biographique, p. 6 et suiv. Qua»d P. Amy a consulte
.les sors virgilianes pour savoir s'il échapperait aux persécutions des farfadets , il est permis de croire que dans cette expérience son frère et compagnon d'études Rabelais n tenu le livre.