‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 282 sur 401 · LIVRE III, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XII

gruel, bien courageux. Hercules ne vous combatteroit en ceste fureur : niais c'est ce que l'on dit, que le Jean en vault deux, et Hercules seul n'osa contre deux combattre. Je suis Jean ? dist Panurge. Rien, rien, respondit Pantagruel. Je pensois au jeu de lourche et tricquetrac l.

Au tiers coup, rencontra ce vers :

Fœmineo prœdx et spoliorum ardebat amore. Brusloit d'ardeur, en féminin usage , De butiner, et rober le bagage.

Il dénote, dist Pantagruel, qu'elle vous desrobera. Et je vous voy bien en point, selon ces trois sors. Vous serez coqu, vous serez battu, vous serez desrobé.

Au rebours, respondit Panurge, ce vers dénote qu'elle m'aimera d'amour perfaict. Onques n'en mentit le Satyricque, quand il dist que femme, bruslant d'amour suprême, prend quelques fois plaisir à desrober son amy2. Savez quoy ? Un gand, une aiguillette, pour la faire chercher. Peu de chose, rien d'importance. Pareillement, ces petites noisettes, ces riottes 3, qui par certains temps sourdent entre les amants, sont nouveaux refraichissemens et aiguillons d'amour. Comme nous voyons par exemple les coultelliers leurs coz * quelques fois marteller, pour mieux aiguiser les ferrements5. C'est pourquoy je prends ces trois sors à mon grand advantage. Autrement j'en appelle. Appeller, dist Pantagruel, ja-

vorace qu'une nuit il mangea sa femme. S'étant réveillé le lendemain avec une main de celle-ci dans la bouche, il s'étrangla.

1 Au jeu de lourche et du trictrac, le grand Jan ou le petit Jan. qui aujourd'hui valent quatre points, n'en \alaient probablement que deux du temps de Rabelais.

2 Le Satyricquc, c'est Juvénal qui dit, Sal. VI, y. 207 :

Nullam Hivernes quae parcat amanti.

Ardeat ipsa licet, lormentis gaudet amantis Et «poliis.

3 Petites noises et disputes.

4 Pierres à aiguiser (cos, en latin). Ce mot appartient encore à la Saintonge et au Poitou.

s Tout instrument tranchant. Ce mot est usité en Saintonge, en Poitou, en Berry, et probablement en d'autres provinces.

<i Ferrement se dit de tous les outils pour travailler à la terre , comme pelle, bêche, tranche, masse et même des serpes, haches, etc.

[Glossaire du centre de la Franc :

par M. le comte Jaubert.)

PANTAGRUEL

mais on ne peut des jugemens décidés par Sort et Fortune , comme attestent nos antiques jurisconsultes : et le ditBalde., I. vit. G. de leg. K La raison est, pource que fortune ne recognoist point de supérieur, auquel d'elle et de ses sors on puisse appeller. Et ne peut, en ce cas, le mineur estre en son entier restitué, comme apertement il dit, in l. ait Prœtor, § ult. ff. de minor.

1 Cette citation ne peut pas être prise au sérieux , bien entendu.

Mais, Eabelais mêlant toujours un peu de vrai avec le faux en pareil cas, il est bon de faire remarquer que la lex ullima de episcop. audien.

parle précisément de cas où l'on ne peut appeler. Or Eabelais aura confondu ce titre avec celui qui le suit immédiatement au code et qui traite en effet de Legibus et Constitution nièus.

uL\HE III, CHAPITRE Mil.

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