‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 29 sur 401 · LIVRE 1, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XIII

un bussatt de vin breton ', si je vous fais quinault2 en ce propos ? Ouy vrayement, dist Grandgousier.

Il n'est, dist Gargantua, point besoing torcher cul, sinon qu'il \ ait ordure. Ordure n'y peut estre, si on n'a chié : chicr donc nous fault davant que le cul torcher. 0 ! dist Grandgousier, que tu as bon sens, petit garsonnet! Ces premiers jours, je te feray passer docteur en Sorbone 3, par Dieu, car tu as de raison plus que d'aage.

Or poursuis ce propos torcheculatif, je t'en prie. Et, par nui barbe, pour un bussart, tu auras soixante pipes, j'entends de ce bon vin breton lequel point ne croist en Bretaigne,mais en ce bon pays de Verrou \

Je me torchay après, dist Gargantua, d'un couvrechief, d'un oreiller, d'une pantoufle, d'une gibbessiere, d'un panier, mais, ô le malplaisant torchecul! puis d'un chappeau. Et notez que, des chappeaux, les uns sont ras, les autres à poil, les autres veloutés, les autres tafictassés, les autres satinizés. Le meilleur de tous est celuy de poil; car il fait très bonne abstersion de la matière fécale.

Puis me torchay d'une poulie, d'un coq, d'un poullet, de la peau d'un veau, d'un lièvre, d'un pigeon, d'un cormoran, d'un sac d'advocat, d'une barbute5, d'une covphe, d'un leurre6.

1 Bussarl , en Anjou, signifie une demi-pipe. Le Duchat croit que le vin breton a été ainsi nommé parce que les Bretons s'en servaient ordinairement. Le Breton était autrefois et est encore aujourd'hui un cépage très-renommé du Chinonais.

Rabelais dit ici vin breton, comme :I dit ailleurs, vin pineau.

2 Faire quinault quelqu'un , c'était le rendre honteux , le forcer à s'avouer vaincu.

3 (Edit. ant. à 1535, de 1535 et de Dolet. ) Les autres portent en gaye science. .

* Le pays de Verron ou Vierron,

c'est toute cette langue de terre qui aboutit au confluent de la Loire et de la Vienne.

s Barbute signifiait : Armure de tête ou capuce de moine. Novilii portant capucium magnum sine cauda, quod nos vocamus barbulam. (Du Cange.) — Ce second sens est évidemment préférable

6 Leurre , de lorum , était proprement un morceau de cuir dont on se servait en fauconnerie pour rappeler les oiseaux. C'est évidemment en ce sens qu'il faut l'entendre

136 GARGANTUA

Mais, concluant, je dis et maintiens qu'il n'y a tel torche cul que d'un oizon bien dumeté1, pourveu qu'on luy tiemu la teste entre les jambes. Et m'en croyez sus mon honneur Car vous sentez au trou du cul une Volupté mirifique, tan par la douceur d'iceluy dumet que par la chaleur temperéi de l'oizon, laquelle facilement est communiquée au boyai culier et autres intestins 2, jusques à venir à la région di cœur et du cerveau.

Et ne pensez que la béatitude des heroes et semidieux, qu sont par les champs Elysiens, soit en leur asphodèle ou am broisie, ou nectar, comme disent ces vieilles icy. Elle est selon mon opinion, en ce qu'ilz se torchent le cul d'un oizon Et telle est l'opinion de maistre Jean d'Escosse 3.

1 De dumet, employé plus loin dons le sens de duvet (dumeliwi).

2 Intestines (édit. ant. à 1535 et édit. de 1535).

3 Cette dernière ligne a été ajou tée après coup. Elle n'est ni dan l'édit. ant. à 1535, ni dans celli .h 1535.

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