LIVRE III, CHAPITRE XV
traictc de la marmite claustrale. Le laboureur, c'est le bœuf qui laboure , ou a labouré : à neuf leçons, c'est à dire cuict à :perfection. Car les bons pères de religion, par certaine cabal- , listicque institution des anciens, non escrite, mais baillée de main en main, soy levans, de mon temps, pour matines, faisoient certains préambules notables avant entrer en l'église. Fiantoient aux fiantoirs, pissoient aux pissoirs, crachoient aux crachoirs; toussoient aux toussoirs mélodieusement, resvoient aux resvoirs, afin de rien immonde ne porter au service divin. Ces choses faites, dévotement se transportent en la sainte chapelle (ainsi estoit en leurs rébus nommée la cuisine claustrale), et dévotement sollicitoient que des lors fust au feu le bœuf mis pour le desjeuner des religieux frères de Nostre Seigneur. Eux mesmes souvent allumoient le feu sous la marmite. Or est que, matines ayant neuf leçons, plus matin se levoient par raison. Plus aussi multiplioient en appétit et altération aux aboys du parchemin l, que matines estant ourlées d'une ou trois leçons seulement. Plus matin se levans, par ladite caballe , plus tost estoit le bœuf au feu :
Plus y estant, plus cuict restoit,
Plus cuict restant, plus tendre estoit;
moins usoit les dents, plus delectoit le palat : moins grevoit le stomac, plus nourrissoit les bons religieux. Qui est la fin unique et intention première des fondateurs : en contemplation de ce qu'ilz ne mangent mie pour vivre, ilz vivent pour manger, et n'ont que leur vie en ce monde. Alions, Panurge. A ceste heure, dist Panurge, te ay je entendu, couillon velouté, couillon claustral et caballicque. Il me y va du propre cabal2. Le sort3, l'usure, et les interestz je pardonne. Je me
n'était pas une soupe de chien, c'est que Eabelais la fait figurer dans la iiste des mets recherchés offerts par les Gastrolâtres à leur dieu (Iiv. IV, ch. 59).
1 En aboyant (en chantant à gorge déployée) devant le parchemin , le livre du plain-chant.
2 Rabelais joue sur les mots caballique, cabal, caballe. On désignait par cabal les deniers ou le marchandises qu'on prenait d'autrm à charge d'un partage dans les bénéfices. ( Voyez Cotgrave et Monét. )
3 Le capital.
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contente des despens, puis que tant disertement nous as fait répétition sus le chapitre singulier de la caballe culinaire et monasticque. Allons, Carpalim. Frère Jean, mon baudrier, allons. Bonjour, tous mes bons seigneurs. J'avois assez song( pour boire. Allons.
Panurge n'avoit ce mot achevé, quand Epistemon à haute voix s'escria, disant : Chose bien commune et vulgaire entre les humains est, le malheur d'autruy entendre, prévoir, cognoistre, et prédire. Mais, ô que chose rare est son malheur propre prédire, cognoistre , prévoir, et entendre ! Et que prudentement le figura Esope en ses apologes, disant, chascun homme en ce monde naissant une bezace au coul porter; on sachet de laquelle davant pendant sont les faultes et maiheurs d'autruy, tousjours exposées à nostre veue et cognoissance : on sachet darriere pendant sont les faultes et malheurs propres : et jamais ne sont veues ne entendues, i'ors de ceux qui des eieulx ont le bénévole aspect.