CHAPITRE XVIII
Gomment Pantagruel et Panurge diversement exposent les vers de la sibylle de Panzoast.
Les feuilles recueillies, retournèrent Epistemon et Panurge en la court de Pantagruel , part joyeux, part faschés. Joyeux, pour le retour; faschés, pour le travail du chemin, lequel trouvèrent raboteux, pierreux et mal ordonné. De leur voyage firent ample rapport à Pantagruel, et de Testât de la sibylle. En fin luy présentèrent les feuilles de sycomore, et montrèrent l'escriture en petits vers. Pantagruel, avoir leu letotaige1, dist à Panurge en souspirant : Vous estes bien en point. La prophétie de la sibylle apertement expose ce que ja nous estoit dénoté, tant par les sors Virgilianes, que par vos propres songes : c'est que par vostre femme serez deshonoré ; que elle vous fera coqu, se abandonnant à autruy, et par autruy devenant grosse ; qu'elle vous desrobera par quelque bonne partie, et qu elle vous battra, escorchant et meurtrissant quelque membre du corps.
Vous entendez autant, respondit Panurge, en exposition de ces récentes prophéties, comme fait truie en espices2. Ne vous desplaise si je le dis. Car je me sens un peu fasché. Le contraire est véritable. Prenez bien mes motz. La vieille dit : Ainsi comme la febve n'est veue si elle n'est esgoussée, aussi ma vertu et ma perfection jamais ne seroit mise en renom, si marié je n'estois. Quantes fois vous ay je ouy disant que
1 Après avoir lu le tout. ! comme celles qu'on donnait dans
8 En friandises , en confitures , | l'origine aux magistrats.