CHAPITRE XXXIV
Gomment les femmes ordinairement appetent choses défendues.
Au temps, dist Carpalim, que j'estois ruffian i à Orléans, je n'avois couleur de rhétorique plus valable, ne argument plus persuasif envers les dames, pour les mettre aux toiles2, et attirer au jeu d'amours, que vivement, apertement, detestablement remontrant comment leurs mariz estoient d'elles jaloux. Je ne l'avois mie inventé. Il est escrit, et en avons loix, exemples, raisons, et expériences quotidianes. Ayans ceste persuasion en leurs caboches , elles feront leurs mariz coquz infailliblement, par Dieu (sans jurer), deussent elles faire ce que firent Semiramis, Pasiphaé, Egesta3, les femmes de l'isle Mandés4 en Egypte, blasonnées par Hérodote et Strabo; et autres telles mastines.
Vrayement, dist Ponocrates, j'ay ouy conter que le pape Jean XXII, passant un jour par Fonthevrault 5, fut requis par l'abbesse, et mères discrètes, leur concéder un induit, moyennant lequel se peussent confesser les unes es autres , allegantes que les femmes de religion ont quelques petites imperfections secrètes , les quelles honte insupportable leur
1 Que je menais la vie de débauché.
2 Attirer dans mes filets.
3 Fille d'un prince troyen , qui s'abandonna au fleuve Crinisus, métamorphosé en chien.
* Mendès en Egypte , dont les femmes adoraient le bouc et le dieu Pan.,
5 Édit. princeps. Dans celle de
1552, Fonthevrault a été remplacé J ge 46.
par l'abbaye de C oing nau fond.
L'on voit dans les Voyages liturgiques de Lebrun des Marettes, p. 110, qu'autrefois les religieuses de cet ordre se confessaient d'abord des péchés secrets à leur abbesse, laquelle les renvoyait à un prêti e pour en recevoir l'absolution. Voy.
aussi sur ce privilège, G. Malifiiud, Y Abbaye de Fontevrault , pa-