‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 360 sur 401 · LIVRE III, CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXXVII

A Paris, en la routisserie du petit Chastelet, au davant de l'ouvroir1 d'un routisseur, un faquin 2 mangeoit son pain à la fumée du roust, et le trouvoit ainsi parfumé, grandement savoureux. Le routisseur le laissoit faire. En fin, quand tout le pain fut baufré, le routisseur happe le faquin au collet, et vouloit qu'il luy payast la fumée de son roust. Le faquin disoit en rien n'avoir ses viandes endommagé , rien n'avoir du sien pris, en rien ne luy estre débiteur.

La fumée dont estoit question evaporoit par dehors : ainsi comme ainsi se perdoit elle; jamais n'avoit esté ouy que, dedans Paris, on eust vendu fumée de roust en rue. Le routisseur repliquoit que de fumée de son roust n'estoit tenu nourrir les faquins, et renioit, en cas qu'il ne le payast, qu'il luy osteroit ses crochetz. Le faquin tire son tribart5, et se mettoit en défense.

L'altercation fut grande. Le badault peuple de Paris accourut au débat de toutes parts. Là se trouva à propos Seigny Joan le fol citadin de Paris. L'ayant apperceu, le routisseur demanda au faquin : Veux tu sus nostre différent croire ce noble Seigny Joan? Ouy, parle Sambreguoy4, respondit le faquin. Adonc Seigny Joan, avoir leur discord entendu, commanda au faquin qu'il lui tirast de son baudrier quelque pièce d'argent. Le faquin luy mit en main un tournoys philippus 5. Seigny Joan le prit, et le mit sus son espaule gauche, comme explorant s'il estoit de poids; puis le timpoit 6 sus la paulme de sa main gauche, comme pour entendre s'il estoit de bon alloy; puis le posa sus la prunelle

cois 1er. La Nouvelle II de Bonaventure des Périers est intitulée :

des Trois folz, Caillette, Triboulei et Poli te.

1 La boutique.

2 Ce mot avait autrefois chez nous le sens qu'il a encore dans l'italien, facchino. « Fachinus, dit Du Cange, idem qui nostris porteballe. »

3 Un tribart ( autrefois l'épée

des manans) était un bâton gros et court, ainsi que nous l'avons déjà dit à la page 186. (V. Cotgrave.) * Par la face de Dieu. « Sambre pour samble, dit Du Cange, face, visage. Par la sambre Dieu, sorte de jurement.

5 Gros denier valant un sou, ou douze deniers tournois.

6 Faisait sonner. Nous avons déjà vu limpant au ch. 26.

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de son oeil droit , comme pour voir s'il estoit bien marqué. Tout ce fut fait en grand silence de tout le badault peuple, en ferme attente du routisseur, et desespoir du faquin. En fin le fit sv«s l'ouvroir sonner par plusieurs fois. Puis, en majesté presidentale, tenant sa marote au poing, comme si fust un sceptre, et affublant en teste son chaperon de martres singesses à oreilles de papier, fraizé à points d'orgues, toussant préalablement deux ou trois bonnes fois, dist à haute voix : La court vous dit que le faquin, qui a son pain mangé à la fumée du roust, civilement a payé le routisseur au son de son argent. Ordonne la dite court que chascun se retire en sa chascuniere, sans despens, et pour cause. Ceste sentence du fol parisien tant a semblé équitable, voire admirable, es docteurs susdits , qu'ilz font doubte , en cas que la matière eust esté au parlement dudit lieu, ou en la Rotte à Rome, voire certes entre les Areopagistes décidée, si plus juridiquement eust esté par eux sententié. Pourtant ad visez si conseil voulez d'un fol prendre l.

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1 Ce conte se trouve dans la 9e 1 est loin d'y présenter le charme que *es Cento Novetleanticke; mais il | lui donne Rabelais.

uvrk m, CHAPirm-: xxxvm.

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